15 - 28 janvier 1807
Varsovie, 15 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, écrivez au général Dombrowski qu'il est nécessaire qu'il se trouve à Bromberg le 20 du mois, pour réunir les deux bataillons polonais qui composent sa division et la levée de la noblesse à cheval, et les diriger d'abord sur Gniew pour s'approcher de Danzig et resserrer la garnison de cette place dont les courses alarment les Polonais de Bromberg, et combiner ses opérations avec le général Victor, qui part de Stettin avec les troupes de Bade pour se porter sur Kolberg et Danzig.
Écrivez au général Damas, qui commande les troupes du grand duché de Berg, qu'il est indispensable que le contingent de ce duché soit porté à 5,000 hommes et dirigé sur Magdeburg, où l'Empereur pense que ces 5,000 hommes seront existants au 1er mars.
Varsovie, 15 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, donnez l'ordre aux 12e, 21e, 25e et 85e régiments, composant la division Gudin, de se rendre à Varsovie; ils feront sorte d'y être arrivés le 21. Réitérez l'ordre au général du génie et au général Gudin de s'arranger pour que la caserne qui est mise à la disposition de cette division soit garnie de paille, de chaises, de fourneaux et de tous les objets nécessaires. Faites connaître au maréchal Davout qu'il doit placer l'artillerie de la division Gudin où il le jugera convenable, parce qu'il n'y a pas de quoi la nourrir ici; qu'en faisant venir ces quatre régiments à Varsovie, mon intention est qu'il soit leur porté un soin particulier; que, cependant, il dirigera ce mouvement de manière à faire passer le Bug à ces régiments, soit sur le pont, soit sur les glaces, quand ce sera possible. En général, ils ne doivent mener aucuns chevaux, car le fourrage est rare à Varsovie.
Varsovie, 15 janvier 1807
Au maréchal Davout
Mon Cousin, j'ai lu avec attention les notes que vous m'avez envoyées. J'ai sous les yeux le travail des avancements dans la Légion d'honneur, que vous me demandez pour votre corps d'armée; je ne m'en suis pas encore occupé; j'y ferai droit sous peu de jours. Envoyez-moi l'état des places vacantes dans vos trois régiments de cavalerie légère. Je vous ai fait dire de mettre deux bataillons à Ostrolenka. Faites mettre de l'infanterie à vos avant-postes, et laissez reposer la cavalerie. Il faut seulement ne pas se laisser surprendre et faire quelques reconnaissances; mais il est inutile de courir après l'ennemi. Vous pourrez venir à Varsovie aussitôt que le temps sera assez ferme pour que vous puissiez retourner librement à vos cantonnements; mais, tant que la saison sera ainsi variable, vous courriez risque de vous voir séparé de votre corps d'armée. J'ai donné ordre que la division Gudin vînt ici.
Varsovie, 15 janvier 1807
Au prince Jérôme
Mon Frère, la Silésie pourrait-elle me fournir, à compte de sa contribution, du drap pour faire 80,000 habits d'infanterie française, 80,000 culottes et 80,000 vestes à manches ? Faites-moi une note là-dessus. En combien de temps pourrait-elle me fournir cette quantité de drap, et la trouverait-on dans les boutiques de Breslau ?
Votre corps doit être actuellement à 30,000 hommes. Il doit y avoir 4,000 hommes dans Brieg, autant dans Schweidnitz; il devrait donc rester peu de ressources au prince de Pless; il n'aurait plus que les garnisons de Glatz et de Neisse; en les évaluant à 10,000hommes, ce ne serait pas plus de 6,000 disponibles qu'il aurait, et de troupes découragées. Il doit vous être beaucoup inférieur en cavalerie. Le 5e bataillon d'infanterie légère bavarois, et le 6e et le 14e de ligne bavarois, partent de Berlin pour vous joindre. Le plus court est de faire cerner Kosel, comme je l'ai ordonné, parce que cette place est peu forte, qu'on ne s'y attend pas à la voir bloquer, et qu'il est vraisemblable qu'elle fera peu de résistance. Il serait convenable de tenir entre Kosel, Brieg et Neisse un corps d'observation qui puisse menacer de couper la rentrée du prince de Pless dans Neisse, s'il en sortait pour faire des courses. Il faut envoyer là la moitié de votre cavalerie et 4,000 hommes d'infanterie, et les placer dans une bonne position à quatre lieues de Neisse. Le prince de Pless pourra craindre de se voir cerner dans la ville, et il ne fera aucun mouvement. Vu votre supériorité en cavalerie, il ne pourra plus bouger, et vous pourrez être tranquille aux blocus de Schweidnitz et de Kosel.
Si le prince de Pless voulait un armistice, je pourrais lui laisser la place et le comté de Glatz pendant trois mois, et ne pas l'inquiéter là, pourvu qu'il me livre Neisse, Brieg, Schweidnitz et Kosel. Je ne puis pas lui faire d'autre armistice. Il faut qu'au 1er mars toutes les places de la Silésie soient en mon pouvoir. Le général Oudinot, avec 10,000 grenadiers français, doit être à Kalisz; je désire qu'il y reste tranquille; mais, si vos besoins devenaient pressants, ce que je ne pense pas, il pourrait envoyer une on deux brigades à votre secours.
Varsovie, 15 janvier 1807
Au prince Jérôme
Mon Frère, il ne peut y avoir aucun armistice avec le prince d'Anhalt-Pless; il ne peut donc d'aucune manière être question de cela. Il faut faire sans délai marcher l'artillerie de Breslau sur Brieg, pour assiéger et bombarder cette place, en faire autant à Kosel. J'ai grand intérêt à avoir ces deux places. Faites-moi instruire en grand détail de la quantité de voitures qui partent et du nombre de quintaux qu'elles portent. Envoyez-moi de la farine de froment. Faites-moi connaître si l'eau-de-vie que vous m'envoyez est de l'eau-de-vie vin ou de grain.
Varsovie, 15 janvier 1807
Au général Songis
Il faudrait établir à Varsovie un atelier pour réparer les armes. Vous avez des compagnies d'ouvriers, faites-les venir ici. En attendant, réunir les armuriers de la ville et aider à la réparation des armes des corps. Cet objet devient bien important.
Varsovie, 15 janvier 1807
NOTE POUR L'INTENDANT GÉNÉRAL
La situation en subsistances est plus mauvaise qu'il y a dix jours. Il y a dix jours, j'avais 300,000 rations de pain en magasin; aujourd'hui je n'en ai plus que 198, 000.
Désormais il ne faut plus additionner le pain biscuité avec le biscuit.
Dans ce pays, le biscuit est trop cher pour qu'on le puisse considérer comme pain.
Il faut ici, ou à Praga, 300,000 rations de pain, afin que, dans aucun cas, on ne soit obligé de manger de biscuit; afin que, dans un moment d'opération, on puisse faire enlever les 300,000 rations de pain.
Il faut donc monter les manutentions de pain sur trois principes de consommation :
50,000 rations par jour pour la consommation journalière; bien entendu qu'on donnera toujours le pain biscuité le plus ancien;
20,000 rations de pain biscuité pour gagner, et porter les 200,000 aujourd'hui existantes à 300, 000;
et enfin 10, 000 rations de biscuit, équivalant pour les fours à 20,000 rations.
Cela ne formerait donc pas 100,000 rations de pain par jour à Varsovie.
Les farines ne peuvent plus manquer; les marchés, les montures, un nouveau convoi de Breslau y pourvoiront.
Il faut faire cuire à Nieporent.
Il faut donc pour tout cela 25 ou 30 fours et 200 boulangers.
Il faut aussi, en général, envoyer plus de pain qu'on n'en envoie au corps du maréchal Davout.
Le général Savary me rendra compte des prisonniers de guerre; il fera courir dans la ville des gendarmes pour arrêter les Russes.
Que veut dire : Diverses parties prenantes pour 5,000 rations ! Comment l'artillerie à pied et à cheval peut-elle en prendre 3,000 ?
Je vois qu'il n'y a rien pour le 17e d'infanterie légère, à moins qu'on n'ait porté 10e pour 17e. Je vois qu'il n'y a rien pour la division Gazan.
Il faut faire ces états par divisions; et il me semble que le magasin ne devrait pas distribuer de cette manière, et qu'il devrait y avoir un chantier pour le 5e corps; le directeur des vivres du 5e corps y serait, s'en chargerait, et ferait la distribution.
Également pour la Garde.
Il n'y aurait que l'état-major, les hommes isolés et les Polonais auxquels on en donnerait directement.
Varsovie, 15 janvier 1807
Au général Clarke
Je viens de passer la revue de la colonne du général Jordy. Vous lui avez distribué des souliers, mais de très-mauvaise qualité. Ce ne peut être que le résultat de la friponnerie de quelque commissaire des guerres. Ne laissez passer aucun homme désarmé. J'ai vu avec peine que plusieurs n'avaient pas de capotes. Visitez avec l'ordonnateur les hommes qui partent, et faites-les munir abondamment de tout ce qui peut leur manquer.
Varsovie 16 janvier 1807
Au prince Eugène
Mon fils, j’imagine que depuis le 1er décembre il y a eu 2 vaisseaux de 74 sur le chantier à Venise. J’écris au ministre de la marine Decrès de passer un marché avec le ministre de la marine et de la guerre du royaume d’Italie, par lequel le royaume d’Italie se chargera de faire construire tant de vaisseaux en tant de temps, pour le compte de la France, à tel prix. Par ce moyen, tout le détail regardera la marine du royaume d’Italie, et le vice-amiral Decrès aura seulement à Venise 1 ou 2 officiers de marine, et 2 ingénieurs à Venise pour surveiller la construction et l’instruire des progrès des travaux.
(Correspondance du prince Eugène)
Varsovie, 16 janvier 1807
A l'Impératrice
Ma bonne amie, j'ai reçu ta lettre du 5 janvier; tout ce que tu me dis de ta douleur me peine. Pourquoi des larmes, du chagrin ? N'as-tu donc plus de courage ? Je te verrai bientôt; ne doute jamais de mes sentiments; et, si tu veux m'être plus chère encore, montre du caractère et de la force d'âme. Je suis humilié de penser que ma femme puisse se méfier de mes destinées.
Adieu, mon amie; je t'aime, je désire te voir, et veux te savoir contente et heureuse.
Varsovie, 16 janvier 1807
A M. Cambacérès
Mon Cousin, j'ai reçu votre lettre du 4 janvier. Il paraît que M. Dudon (auditeur au Conseil d'État) s'est mal comporté; il y a de la lâcheté dans cette affaire. Approfondissez cela; car je ne veux point de lâches, même dans les tribunaux, et au Conseil d'État moins que partout d'ailleurs.
J'ai lu avec plaisir l'intermède joué à l'Opéra; il m'a paru qu'il y avait du mérite.
Varsovie, 16 janvier 1807
A M. de Lacépède, Grand chancelier de la Légion d'honneur
Monsieur de Lacépède, j'ai reçu votre lettre du 3 janvier. Je ne sais pas si, d'ici à quelque temps, je pourrai m'occuper du règlement que vous me proposez, parce que j'ai, pour cette maison, un projet qui mérite réflexion. Mais l'expérience a prouvé que, pour vouloir trop bien faire, on ne fait rien. Il faudra se contenter d'une organisation provisoire que vous donnerez de votre chef, et que vous ferez précéder d'un préambule où vous direz que des affaires nombreuses et importantes m'empêchent de m'occuper de l'organisation de cette maison, et qu'elle n'aura une forme définitive que lorsque j'aurai le loisir de la méditer; qu'au préalable vous avez jugé nécessaire d'établir une directrice, une sous-directrice pour diriger les études, en prenant dans l'institution de Saint-Cyr, de Mme Campan, et autres maisons semblables, ce qui vous paraîtra le plus convenable. Cela fait, vous m'enverrez les noms des dames que vous aurez choisies, pour que j'approuve leur nomination : je sens que cela peut flatter leur amour-propre. Après cela, vous m'enverrez les noms, l'âge des élèves, le certificat de vous qui constate que leurs pères sont membres de la Légion d'honneur. Je vous prie de ne pas oublier mes enfant, d'Austerlitz, dont je n'ai pu encore m'occuper; je croyais avoir quelques mois de paix et arranger tout cela. Je vois avec plaisir que la maison d'Écouen paraît vous convenir. Arrangez le tout pour le mieux. D'ailleurs, j'aime assez cette manière de faire commencer par du provisoire, parce qu'en voyant la machine se mettre en mouvement, on sent mieux l'avantage ou l'inconvénient de ce qu'on veut faire.
Varsovie, 16 janvier 1807
A M. de Champagny
Monsieur Champagny, j'ai lu avec plaisir ce qui a été chanté à l'Opéra : témoignez-en ma satisfaction à l'auteur. J'avais ordonné qu'on lui fit un cadeau pour sa pièce de Joseph. Rendez-moi compte de tout cela. Toutefois donnez-lui une gratification. En général, la meilleure manière de me louer est de faire des choses qui inspirent des sentiments héroïques à la nation, à la jeunesse et à l'armée.
Varsovie, 16 janvier 1807
A M. Fouché
J'ai reçu votre rapport du 3 janvier. Il y a eu effectivement des troubles dans la Hesse, mais tout est fini. J'y ai d'ailleurs 15,000 hommes, et j'en ai, à trois journées de là, 15,000 autres disponibles; de manière qu'il n'y a aucun point de mes derrières où je ne puisse rassembler 15 ou 20,000 hommes en quatre ou cinq jours. C'est dans ce sens que vous devez parler toutes les fois que des femmelettes ou des mirliflores voudront discuter ce qui se passe sur mes derrières.
Varsovie, 16 janvier 1807
Au vice-amiral Decrès
Les chantiers de Venise ne vont pas; il est cependant bien urgent de profiter de cette grande ressource. Le royaume d'Italie a deux vaisseaux en construction dans ce port; faites-y mettre en construction le nombre de vaisseaux que j'ai ordonné par mes dépêches précédentes. Ce ne sont point deux vaisseaux que je veux : je veux que d'ici à deux ou trois ans je puisse faire sortir dans un été une douzaine de vaisseaux, de manière à avoir là tout d'un coup une marine. Il ne faut pour cela aucune comptabilité, aucun embarras. M. Bertin correspondra pour tout avec le ministre de la marine et de la guerre du royaume d'Italie, sous les ordres duquel il est. Les rapports qu'il vous fera ne seront que des renseignements de curiosité, mais ses rapports officiels, il les fera là. Quant aux vaisseaux qui doivent être construits, pour le compte de la France, à Venise, le ministre Caffarelli les fera construire comme il l'entendra. Vous vous contenterez de faire un marché avec le royaume d'Italie, qui sera entrepreneur. Il devra vous livrer les vaisseaux armés et prêts à partir, et ayant même les vivres pour la traversée jusqu'à Toulon. Vous pourrez vous charger de fournir l'artillerie, si l'artillerie qu'employait la marine vénitienne est reconnue définitivement n'être pas bonne pour nous.
Faites deux marchés avec le royaume d'Italie, l'un pour la coque, l'autre pour l'armement, et n'ayez à Venise aucun établissement. L'armement demande beaucoup de détails; nous avons le temps d'y pourvoir. Envoyez au ministre Caffarelli un marché conforme à celui de Rochefort, de Gènes ou à un prix plus bas, si la construction est là meilleur marché. Ayez deux ingénieurs, un contre-maître et un ou deux officiers de marine, lorsque la construction sera à moitié achevée, pour vous rendre compte de l'état et du progrès des travaux. Pendant le temps que vous débattrez les prix avec le ministre Caffarelli, écrivez-lui de faire mettre deux vaisseaux sur le chantier. Voilà, je crois, le moyen le plus simple de laisser de l'unité dans l'arsenal de Venise et d'arriver à un résultat. Ne perdez pas un moment.
Varsovie, 16 janvier 1807
Au vice-amiral Decrès
Je désirerais faire construire à Venise deux vaisseaux de 74 qui marcheraient aussi bien que mes vaisseaux ordinaires, ne tireraient que 16 on 18 pieds d'eau, de manière qu'ils pourraient facilement entrer dans tous les ports du Levant, à Ancône, nième à Venise, sans être déchargés; et, pour rendre ce problème soluble, les batteries seraient en bronze, construites exprès à l'arsenal de Turin, où j'ai une grande quantité de matières. Certainement cette seule modification allègera considérablement le poids des batteries, qui pèseront moins que ce que pèserait l'artillerie en fer d'un vaisseau de 64. Enfin ces vaisseaux seront susceptibles de porter moins d'eau et moins de vivres. Il me semble qu'avec ces deux conditions le problème peut être résolu. Si vous le pensez ainsi, il est inutile de m'en écrire davantage. Je désire que vous fassiez construire deux vaisseaux de cette espèce à Venise, et que vous m'en mettiez trois sur les chantiers de Nantes, du Havre et de Dunkerque. J'ai aujourd'hui une telle quantité de canons de cuivre, une telle quantité de matières, que, si ce projet est praticable, je pourrais armer trois vaisseaux à Nantes, deux à Dunkerque, trois au Havre, ce qui me fera huit vaisseaux, qui me coûteront 7 à 800 pièces de bronze, que l'on fera faire exprès; et, outre cet avantage, j'aurai un grand avantage de navigation. Ces vaisseaux, avec ceux de Venise, me feront dix ou douze vaisseaux pouvant trouver du refuge où ne pourraient pas entrer des vaisseaux ennemis. Si mon problème ne parait pas devoir être résolu, il faut que les ingénieurs me fassent un mémoire pour répondre à cette question : Ne pourrais-je pas faire un vaisseau de 64 marchant tout aussi bien que le Spartiate et ne tirant que 16 pieds d'eau, ayant la même membrure afin qu'il puisse opposer la même résistance à l'artillerie ennemie ? S'ils répondent non, cela tiendra à des causes que je ne connais pas et qu'ils m'expliqueront. S'ils répondent oui, ne pourrais-je pas y mettre des pièces de 3, de 6, de 12 de bataille, et enfin des pièces de 24 très-légères qui ne pèseraient que 2,400. Enfin les ingénieurs établiront la limite de la force de la batterie. Vous voyez que j'en reviens toujours à la même question. Je ne peux construire à Brest que difficilement. Je construis des frégates au Havre, à Nantes; mais des frégates ne me suffisent pas. Je veux arriver à construire des vaisseaux qui ne tirent pas plus d'eau que des frégates. Notre lutte avec l'Angleterre n'est plus dans les Indes; elle est en Amérique et bientôt dans le Levant, la mer Noire, la Baltique; elle est certainement dans la Hollande. Je veux des vaisseaux qui entrent partout où entrent des frégates comme la Cornélie ou le Rhin qui soient de 74, qui marchent aussi bien que mes meilleurs vaisseaux de 74, qui soient enfin susceptibles de la même résistance. J ferais construire un échantillon d7artillerie particulier, et je consentirais à faire porter au bâtiment moins de vivres et d'eau , de sorte que le problème devint possible. Les principes que j'ai sur cette matière me font regarder mon idée comme exécutable. Si cela est, n'attendez pas ma réponse, mettez en construction deux vaisseaux au Havre deux à Lorient et deux à Dunkerque. Je vois que les petits vaisseaux anglais marchent aussi bien que les miens. Il me semble qu'en interrogeant M. Sané sur le projet que j'avais de mettre des caronades si mes vaisseaux, il m'a dit que cela était possible. Or j'y mettrai des canons qui seront aussi bons que vos canons de fer, plus longs, mais infiniment plus légers. Pour arriver à réaliser cette idée, il faut avoir beaucoup de cuivre. Entre ma campagne d'Allemagne et celle de Prusse, j'ai plus de 10,000 pièces. J'en avais dans mes places fortes de France plus de 15,000. J'ai donc 25,000 pièces de bronze, et au pis aller je mettrais dans mes places des canons de fer, qui seraient tout aussi bons.
Varsovie, 16 janvier 1807
Au général Dejean
Monsieur Dejean, vous dites que les régiments suisses ont reçu 1,300 hommes de recrutement. Ôtez-en 1,000 pour le ler régiment, il n'en restera que 300. J'ôte 1,000 hommes pour le 1er régiment, parce qu'il est en recrutement depuis trois ans. Pressez le recrutement de ces régiments. Au mois de mai on peut avoir besoin d'hommes en France, et ces régiments placés à Lille, à Rennes et à Avignon, comme je les ai disposés, seraient utiles pour la défense de Toulon, de Brest et de Boulogne.
Si l'école de Fontainebleau, l'école polytechnique et Saint-Cyr peuvent fournir des sujets, ayant l'âge et l'éducation nécessaires, vous pouvez les envoyer ici; je les recevrai avec plaisir, car il n'y a rien de si brave et de si exemplaire que cette jeunesse de Fontainebleau.
Varsovie, 16 janvier 1807
Au général Lamartillère, commandant la Garde nationale de la Gironde
Je reçois votre lettre du 26 décembre de Bordeaux. Je vois avec plaisir que votre organisation s'avance et que vous avez pleine confiance dans le zèle et la bravoure des détachements qui vont se trouver sous vos ordres. C'est pour leur donner une preuve du fond que j'y fais, que, dans mes dernières dispositions, je leur ai confié la défense de l'île d'Oléron ainsi que de l'embouchure de la Garonne et de la place de Blaye. Au printemps, seule saison où les Anglais pourront entreprendre quelque chose, je m'en rapporte à votre zèle pour donner un coup d'œil sur les places et les batteries, afin que tout soit prêt pour que, si l'ennemi se présentait, il soit reçu comme les Français ont l'habitude de le recevoir.
Varsovie, 16 janvier 1807
Au prince Eugène
Mon fils, je reçois vos lettres du 4 janvier et les états de situation de l’armée du 15 décembre. Je ne vois point pourquoi vous portez d’un coté les régiments de dragons et, d’un autre côté, les dépôts; ainsi, par exemple, vous portez le 7e régiment de dragons à la force de 210 hommes et de 489 chevaux, et, au dépôt, à 310 hommes et 174 chevaux, ce qui porterait le régiment à 510 hommes et à plus de 350 chevaux; il faut réunir les dépôts et les régiments. Il paraît que ces régiments ont fait de grandes pertes. Faites-moi faire l’état de ce qu’ils ont perdu dans le royaume de Naples. J’ai lu avec attention le rapport que vous me faites sur les corps. Je ne suis pas étonné que le 106e n’aille pas mieux; c’est la faute du colonel, il y a longtemps qu’il donne lieu à des plaintes. Je vais m’en occuper.
Faites faire au 56e des fournitures extraordinaires de ce qu’il pourrait avoir besoin; envoyez au ministre Dejean, et envoyez-moi également, l’état détaillé de ce qui est dû aux corps par masses, et pour quelles années. Il paraît qu’il serait dû beaucoup aux corps, mais il faut prendre garde qu’ils ne réclament pas plus qu’il ne leur revient.
Faites pour le 93e la même chose que pour le 56e; et, comme il faut beaucoup d’argent pour faire venir des effets de France, faites-les fournir en gratification des moyens d’Italie. Vous devez donner des ordres pour que les chevaux stationnés à Palmanova travaillent, mais non pas trop, et ne soient point traités comme des chevaux de louage, il faut leur donner de l’occupation et les faire travailler convenablement.
Donnez le commandement de vos grenadiers au général Duhesme et réservez le général Mermet pour la cavalerie. Je donne ordre au général Pérignon et aux généraux Menou et Montchoisy de m’adresser leurs états de situations tous les quinze jours, indépendamment de ceux qu’ils envoient à Paris.
(Correspondance du prince Eugène)
Varsovie, 16 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Écrivez à Paris pour que les conseils d'administration des régiments suisses accordent des fonds pour le recrutement, et recommandez que l'argent ne manque pas pour cet objet important.
Donnez ordre au général Schramm, qui est à Magdeburg, qu'aussitôt que le général qui doit commander les régiments provisoires sera arrivé, il se rende au quartier général.
Répondez au général Eblé que vous avez mis sa lettre sous mes jeux, qu'il rentrera à Magdeburg, que je le vois avec peine s'éloigner, et que je ne puis lui donner une plus grande marque de confiance que de lui donner cette place importante.
Écrivez au commandant de Kalisz de faire filer sur Varsovie les farines qui arrivent de Glogau, de faire l'impossible pour cela; que cet objet est de la plus grande importance.
Demandez au commandant de Küstrin l'état de situation de l'armement, de l'habillement et de l'instruction du détachement qui vient d'arriver dans cette place.
Donnez ordre au commandant de Bromberg de faire partir sans délai tout ce qu'il a appartenant au 17e léger, aux 21e, 34e, 40e, 64e, 88e, 100e et 103e, et de les diriger sur Varsovie.
Si le général Thuring est allé du côté de Danzig, faites-le arrêter; la conduite de cet officier devient fort extraordinaire.
Varsovie, 17 janvier 1807
A Marie Walewska
Je n'ai vu que vous, je n'ai admiré que vous, je ne désire que vous. Une réponse bien prompte pour calmer l'impatiente ardeur de
N.
Varsovie, 17 janvier 1807
Au Schah de Perse
Je t'ai offert mon amitié, et je t'ai envoyé, de l'occident de l'Europe, deux de mes fidèles serviteurs. La dépouille mortelle de l'un est restée comme un gage de sa mission; l'autre a rempli toute la sienne, et j'ai su tes dispositions envers moi, tes courageux efforts et tes succès contre les Russes. Apprends aussi mes avantages, et qu'ils t'inspirent une nouvelle confiance. J'ai quitté mon empire pour marcher au-devant de nos ennemis : leurs armées ont été détruites. Dans une marche de 500 lieues, j'ai tout soumis à mes armées; la Prusse est conquise, et les sanglantes défaites des Russes m'ont rapproché de toi. Vaincus partout, ils ont été rejetés dans leur fuite au delà du Niémen, et ils se renferment dans leurs frontières, où mon armée les poursuit. Varsovie, où je suis, fut la capitale d'un grand empire qui tint autrefois la Russie sous sa domination, et qui, un instant éclipsé, peut reprendre encore son éclat. La Pologne a ressaisi les armes, ses troupes ont déjà vaincu, et son nouveau gouvernement s'organise. De ton côté, attaque avec vigueur les ennemis que me victoires te livrent affaiblis et découragés ; reprends sur eux la Géorgie et toutes les provinces qui furent ton empire, et referme contre eux les portes caspiennes qui en gardèrent si longtemps l'entrée.
La fortune a mis un bandeau sur les yeux de tes ennemis. Déjà pressés à l'Orient et à l'Occident, ils ont osé déclarer la guerre à la
Porte Ottomane. Sans doute une puissance invisible, la même qui m'a fait vaincre et qui veille sur ta gloire, a voulu entraîner elle-même nos ennemis à leur perte, en les armant en aveugles contre les forces de trois puissants empires. Tous trois concertons-nous et formons une éternelle alliance. J'attends ton ambassadeur pour la conclure, et c'est au milieu de mes victoires que je te renouvelle les assurances de mon affection. Je te souhaite les bénédictions du ciel, un règne long et glorieux et une fin heureuse.
Écrit en notre palais impérial de Varsovie, le 17 janvier 1807, de mon règne le troisième.
Varsovie, 17 janvier 1807
ORDRE
M. de Montesquiou partira sur-le-champ. Il verra premièrement M. de Vincent pour lui demander des passe-ports, en lui disant qu'il part pour Terespol, vis-à-vis Brzesc, et de là descendre vers Kaminietz et Suczawa, pour observer les mouvements des Russes et savoir ce qui se passe en Moldavie; qu'il a voulu lui faire part de l'objet de sa mission, pour qu'il sache que c'est uniquement un voyage d'observation. Il se rendra droit à Terespol, vis-à-vis Brzesc; il restera là autant de temps qu'il jugera nécessaire pour recueillir tous les renseignements possibles sur les Russes; il les obtiendra, soit par les Polonais, soit par les Autrichiens mêmes. Il s'informera bien des mouvements (en spécifiant les dates) des corps d'Essen, qui ont dû se porter de Kaminietz sur Brzesc, et du mouvement inverse que doivent avoir fait, ces jours-ci, plusieurs divisions de Bennigsen et Buxhoevden pour se reporter sur Brzesc. Il tâchera de savoir où sont les magasins et hôpitaux des Russes, soit à Brzesc, à Kowel, ou ailleurs. Quand il aura pris tous ces renseignements, il me renverra un courrier français qu'il aura avec lui, pour me faire connaître tout ce qu'il aura appris. Il se rendra de là à Ostrow, à Chelm, à Zamosc et à Lemberg; il verra le gouverneur autrichien. Il m'expédiera de là un courrier, pour m'instruire de t&ci ce qu'il aura appris sur la route, sur les mouvements que l'ennemi peut faire sur les routes de Kowel, Dubno, Zytomirz, Kaminietz. De là il se rendra à Brody et Tarnopol et descendra jusqu'à vis-à-vis Kaminietz, d'où il m'expédiera l'officier qu'il aura amené avec lui, pour me faire connaître : 1° tous les mouvements des troupes ennemies en décembre et en janvier; 2° les mouvements des hôpitaux et des magasins; 3° enfin la force de l'armée russe en Moldavie, et tout ce qui se passe de ce côté contre les Turcs. Il se rendra de là à Suczawa, où il continuera ses observations. De là il retournera par le même chemin, pour s'informer de tout ce qu'il y aura de nouveau, et me rendra compte à Varsovie.
Varsovie, 18 janvier 1807
A l'Impératrice
Je crains que tu n'aies eu bien du chagrin de notre séparation, qui doit encore se prolonger de quelques semaines, et de ton retour à Paris. J'exige que tu aies plus de force. L'on me dit que tu pleures toujours : fi ! que cela est laid. Ta lettre du 7 janvier me fait de la peine. Sois digne de moi, et prends plus de caractère. Fais à Paris la présentation convenable, et surtout sois contente.
Je me porte très-bien, et je t'aime beaucoup; mais, si tu pleures toujours, je te croirai sans courage et sans caractère : je n'aime pas les lâches; une impératrice doit avoir du cœur partout jusque sur les petites cousines. A propos je les baise, ils (sic) doivent être bien bas, puisque tu es toujours triste.
Adieu mon amie, je te baise.
(Lettres d'amour à Joséphine)
Varsovie, 18 janvier 1807
A Marie Walewska
Vous ai-je déplu, madame ? J'avais cependant le droit d'espérer le contraire. Me suis-je trompé ? Votre empressement s'est ralenti tandis que le mien augmente. Vous m'ôtez le repos ! Oh ! donnez un peu de joie, de bonheur à un pauvre cœur tout prêt à vous adorer. Une réponse est-elle si difficile à obtenir ? Vous m'en devez deux.
N.
Varsovie, 18 janvier 1807
A M. Fouché
Il est vrai que, les magasins de Varsovie n'étant point grandement approvisionnés, l'impossibilité d'y réunir en peu de temps une grande
quantité de grains dut rendre les vivres rares; mais il est aussi absurde de penser qu'on puisse manquer de blé, de vin, de viande, de pommes de terre en Pologne, qu'il l'était de dire qu'on en manquait en Egypte. J'ai ici une manutention qui me donne 100,000 rations de biscuit par jour; j'en ai une à Thorn et des magasins à Posen, Lowicz et sur toute la ligne. J'ai pour nourrir l'armée pendant plus d'un an. Vous devez vous souvenir que, lors de l'expédition, des lettres de l'armée disaient qu'on y mourait de faim. Faites faire des articles dans ce sens. Il est tout simple qu'on ait pu manquer au moment où on poussait les Russes de Varsovie; mais les productions du pays sont telles qu'il ne peut y avoir de crainte de l'avenir.
Varsovie, 18 janvier 1807
Au prince Jérôme
Je reçois une lettre de vous, du 15 janvier, qui me paraît fort extraordinaire. Vous ne me parlez point de suspension d'armes, et je
trouve, après le rapport d'un espion, une lettre de vous au prince de Pless, dans laquelle vous lui dites qu'il y aura suspension d'armes à dater du18. Je ne conçois rien à une pareille inconséquence. Je ne veux point de suspension d'armes. Vous ne deviez pas avoir d'entrevue sans savoir si cela me convenait. Commandez votre armée, faites la guerre et soumettez la Silésie. Rien ne me serait plus funeste, et contraire à la discipline militaire, que ce que vous faites là. D'ailleurs, rend-on compte d'une affaire aussi importante en mettant copie d'une lettre au bas d'un rapport d'espion ? Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement. Si donc l'armistice était fait, vous voudrez bien déclarer sur-le-champ que je ne l'ai point approuvé, et qu'il est rompu. Il faut aussi, avant d'écrire au prince d'Anhalt, savoir le protocole que vous devez suivre; vous lui écrivez comme au frère de l'empereur d'Autriche : ne savez-vous donc pas que l'Allemagne est tapissée de petits princes qui sont ce qu'étaient nos comtes en France ? Vous ne devez pas lui écrire à la troisième personne. Mais à quoi servent les correspondances ? C'est se battre qu'il faut, et non se faire des compliments.
Varsovie, 18 janvier 1807
Au roi de Naples
Je reçois votre lettre du 29 décembre; j'y vois que vous ne gardez pas le maréchal Masséna. Vous n'avez ainsi avec vous aucun homme habitué aux grands événements. Cependant, dans l'été, un homme vous serait fort utile. Je pense donc que vous feriez bien de faire appeler directement le général Macdonald à votre service, en lui en faisant faire la proposition.
Vous verrez que j'ai ordonné qu'un détachement de 5 ou 6,000 hommes fût envoyé pour recruter vos régiments.
Varsovie, 19 janvier 1807
A l'Impératrice
Mon amie, je reçois ta lettre; j'ai ri de ta peur du feu. Je suis désespéré du ton de tes lettres, et de ce qui me revient; je te défends de pleurer, d'être chagrine et inquiète; je veux que tu sois gaie, aimable et heureuse. Respectueux compliments à la petite baronne de Kepen.
Adieu mon amie
(idem)
Varsovie, janvier 1807
A Marie Walewska
Il y a des moments où trop d'élévation pèse et c'est ce que j'éprouve. Comment satisfaire le besoin d'un cœur épris qui voudrait s'élancer à vos pieds et qui se trouve arrêté par le poids de hautes considérations paralysant le plus vif des désirs? Oh ! Si vous vouliez ! ... Il n'y a que vous seule qui puissiez lever les obstacles qui nous séparent, mon ami Duroc vous en facilitera les moyens.
Oh ! Venez ! Venez ! Tous vos désirs seront remplis. Votre patrie me sera plus chère quand vous aurez pitié de mon pauvre cœur.
Varsovie, janvier 1807
A Marie Walewska
Marie, ma douce Marie, ma première pensée est pour toi, mon premier désir est de te revoir. Tu reviendras, n'est-ce-pas ? Tu me l'as promis. Sinon, l'aigle volerait vers toi ! Je te verrai à dîner, l'ami le dit. Daigne donc accepter ce bouquet : qu'il devienne un lien mystérieux qui établisse entre nous un rapport secret au milieu de la foule qui nous environne. Exposés aux regards de la multitude, nous pourrons nous entendre. Quand ma main pressera mon cœur tu sauras qu'il est tout occupé de toi, et, pour répondre, tu presseras ton bouquet ! Aime-moi , ma gentille Marie, et que ta main ne quitte jamais ton bouquet !
Varsovie, 19 janvier 1807
A M. Fouché
Il est question, dans votre bulletin du 3 janvier, d'une demoiselle Grouthe, qui se dit fille de Louis XVI. J'imagine que vous avez pris des mesures pour que cette mauvaise farce finisse. Quand la moitié de la France a cru que Cagliostro avait été élevé dans la grande pyramide du Caire, et que cela était devenu un objet d'intérêt, que serait-ce d'une chose qui peut servir de prétexte à des malveillants ? Il est extraordinaire que le président du tribunal et le juge de paix aient été assez simples pour écouter sérieusement une pareille folle ou une marionnette remuée par quelques intrigants.
Varsovie, 19 janvier 1807
Au vice-amiral Decrès
Je ne conçois pas que, depuis que l'on paye 5,000 ouvriers à Brest, on n'en puisse fournir que 16 à 1800 pour faire un régiment.
Vous voulez désarmer cinq vaisseaux à Brest. Je vous autoriserai à cette mesure; mais il ne faudra faire cela qu'au 15 mars, pour tenir toujours nos ennemis en haleine, et, en attendant, nous n'aurons pas besoin sur terre de ces 2,000 hommes.
Varsovie, 19 janvier 1807
A M. Cambacérès
Mon Cousin, dans un rapport du 6 janvier du ministre de la police, je vois que les individus ci-après nommés sont choisis pour officiers de la garde nationale de la Seine-Inférieure : un nommé Leloureux, adjudant de légion, ayant été envoyé de Londres en l'an VIII près l'armée de Georges; un nommé Henri de Bombelles, adjudant de légion, qui a soustrait en l'an X le nommé Tamerlan à la gendarmerie; Raoul de Bombelles, mis en jugement à la commission d'Amiens comme embaucheur pour les chouans; Malartic, adjudant de Bourmont; Dauceaume d'Hodeng, adjudant de cohorte; Montmorin, Tourneroche, Martin d'Anvillers, agents de correspondance anglaise; Tougarde de Bois-Rozai et de Lillers, chefs de légion et hommes tarés. Approfondissez cela; réunissez les ministres de l'intérieur et de la police, car il est impossible de laisser ces hommes en place.
Varsovie, 19 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Écrivez au général Gobert que je n'approuve point sa conduite relativement au village où le convoi d'artillerie a été pillé. Il faut que les six principaux auteurs soient fusillés, et que, les employés qui ont protégé le pillage soient traduits à un conseil de guerre et punis sévèrement.
Faites-moi un rapport sur le colonel Dufour. Si c'est le même qui a été cité honorablement à Naples, proposez-le-moi pour général de brigade.
Je vois avec peine, par la situation de la place de Lowicz, que mes ordres ne sont point exécutés. Puisque vous devez recevoir la situation de tout ce qui s'y trouve, pourquoi n'y vois-je plus les 140 hommes qui y étaient il y a six jours ? où sont-ils ?
Demandez au général Ménard, à Küstrin, pourquoi il garde tant de monde des dépôts de l'armée ? Sont-ils malades, ou leur manque-t-il des armes ou des habillements ?
Témoignez mon mécontentement au commandant de Thorn de ce qu'il n'emploie que 400 ouvriers par jour. Donnez-lui l'ordre d'en employer désormais 3,000.
Donnez l'ordre au général Liébert de faire moudre à Posen. J'ai besoin de farine et non de froment, puisque je ne puis vivre de froment non moulu. Il faut qu'en cas de besoin je puisse faire 100,000 rations de pain; qu'il surveille la fabrication du biscuit.
Écrivez au général Songis pour lui déclarer que j'ai le plus pressant besoin de fusils. Quoique les demandes aient été faites à différentes reprises, il ne m'en arrive pas.
Témoignez mon mécontentement à M. Daru de ce que mon décret sur les hôpitaux n'est point exécuté à Lowicz, et de ce que l'apothicaire de Lowicz n'est pas payé; qu'il le fasse solder sans délai.
Il ne faut point porter le général Schramm comme gouverneur de Magdeburg : il n'est que commandant; le titre de gouverneur est différent.
Comment la légion du Nord se trouve-t-elle encore à Magdeburg au 8 janvier ? Vous exécutez mal mes ordres; elle devrait être à Stettin.
Écrivez au général Lagrange que j'ai lu sa lettre du 8 janvier; que je suis loin d'en être satisfait; que mon intention est que les deux petites villes d'Eschwege et de Hersfeld soient brûlées, ou que les soixante plus coupables de ces deux villes et des environs soient fusillés, et que le triple soit arrêté et conduit en France; que je n'ai jamais pu penser que 4,000 paires de souliers puissent être le prix de l'amnistie accordée; qu'il envoie des colonnes mobiles de 4,000 hommes vivre à discrétion dans les villes qui ont été le théâtre de l'insurrection; qu'on leur fasse connaître ma volonté, que les outrages faits à mes aigles ne peuvent être vengés que par du sang; 200 hommes au moins doivent payer de leur tête cette insurrection. L'officier qui a été leur chef doit périr. Nous sommes trop vieux dans les affaires pour croire que l'on est chef malgré soi. Rothenburg s'est aussi mal conduit; y envoyer une colonne mobile.
Écrivez au général Lasalcette que je vois avec plaisir son arrivée à Hanovre; que je n'ai point mis de contribution de chevaux à Hanovre; que la réquisition qui en a été faite fait partie du décret sur les 5,,000 dont les 300 du 15e de chasseurs font partie; que les troubles de Cassel ont mis quelque retard dans l'arrivée de ce régiment, mais qu'à l'heure qu'il est il doit être arrivé; qu'il doit être prévenu que les États de Hanovre se plaignent toujours et ne veulent pas payer; qu'ils ont eu l'impudence d'offrir 300,000 francs par mois des revenus du pays; qu'il faut qu'ils me payent 1,200,000 francs par mois, à raison de 1 00,000 écus par semaine, sinon je prendrai l'administration du pays à mon compte; leur faire sentir que cette proposition seule est raisonnable, toute autre est ridicule; qu'aussitôt que l'intendant sera arrivé, on demandera les comptes d'octobre, de novembre, de décembre et de janvier; qu'il doit me revenir au moins quatre millions.
Varsovie, 19 janvier 1807
A M. Fouché
Je reçois votre lettre du 8 janvier; la commission de la liberté individuelle m'a écrit pour relâcher le sieur Lassale. Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous le fassiez mettre en liberté, en lui faisant notifier de ne point faire imprimer des mémoires sur des questions contentieuses, de ne pas s'approcher du palais, où il n'a rien à faire, et de s'adresser aux ministres.
Je n'ai pu voir qu'avec la plus grande peine votre article Seine-inférieure; il ne faut point que les brevets de ces hommes soient expédiés. Comment est-il possible que l'on choisisse des hommes, agents de guerre civile, pour les employer dans des fonctions si importantes ? D'ailleurs, ces individus sont la plupart en surveillance. Mon intention était qu'aucun de ces hommes ne pût être employé. J'en écris en détail à M. Cambacérès.
Varsovie, 19 janvier 1807
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, je désire que vous fassiez une circulaire aux rois de Bavière, de Saxe, de Naples, de Hollande, de Wurtemberg, sur les circonstances actuelles; il sera question, dans cette communication, de l'armistice, de sa non-ratification, des circonstances où se trouve la Turquie, et des pièces qui concernent Constantinople.
Varsovie, 19 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, j'ai dans ce moment 5,300,000 francs en caisse. Mon intention est de destiner 800,000 francs à payer la gratification que j'ai accordée par mon décret, pour le mois de janvier. Je ne donne que 800,000 francs, parce que je ne comprends pas le 1er et le 6e corps et les divisions Grouchy, Sahuc et d'Hautpoul, qui seront payés par Thorn. 400,000 francs seront destinés à payer, soit à la cavalerie, soit à l'infanterie, des à-compte, en exécution de mon décret sur les masses. 800,000 francs seront employés pour payer les services administratifs de quelque dénomination que ce soit. Je compte employer les trois millions restants au payement de la solde.
Faites-moi remettre, le plus tôt possible, trois états : l'un comprendra, dans la première colonne, ce qui est nécessaire pour payer un mois de solde aux officiers et soldats de chaque corps d'armée séparément; dans la deuxième colonne, ce qui leur aurait été payé pour le mois d'octobre; dans la troisième, ce qui leur aurait été payé pour le mois de novembre; dans la quatrième, ce qui leur aurait été payé pour le mois de décembre; et dans la cinquième, ce qui leur aurait été payé pour janvier. Il me sera facile, au moyen de cet état, de voir ce qu'il me convient de leur faire payer sur ce que j'ai en caisse. Le second état présentera un projet de répartition des 400,000 francs, pour les masses. Le troisième état présentera la meilleure disposition à faire des 800,000 francs que je veux donner à l'administration; mais ces fonds ne nous rendent pas encore suffisamment riches. Neuf à dix millions doivent être à Küstrin et à Posen, et ont ordre de venir. Écrivez au général Ménard de les faire partir sans délai et de vous envoyer leur ordre de route. Écrivez au général Liébert de favoriser leur passage et de vous informer du jour où ils auront passé. Écrivez dans le même sens à Lowicz et sur toute la route, afin qu'on mette un soin particulier à aider et accélérer les transports de ces fonds.
Varsovie, 19 janvier 1807
Au prince Jérôme
Je vois avec plaisir que Brieg est pris, mais je n'en suis pas moins mécontent de votre conduite. Vous n'avez point le droit d'avoir des entrevues avec un général ennemi sans mon ordre; vous n'avez point le droit de faire d'armistice sans savoir si cela nuit à mes projets généraux. Je suis fâché que cette conduite me fasse apercevoir que vous êtes jeune. Si donc l'armistice est conclu, vous devez déclarer que je ne l'approuve pas, et que les hostilités doivent recommencer. Cernez Kosel, Schweidnitz, et, aujourd'hui que Brieg est pris, faites cerner Neisse. Comment à votre âge et avec le désir d'acquérir de la réputation pouvez-vous tant désirer un armistice ? Les personnes qui vous entourent peuvent le désirer, mais ils auraient dû vous représenter que vos devoirs ne vous permettaient pas de le conclure sans mon ordre. En un mot, je ne veux aucun armistice en Silésie, aucun pourparler avec l'ennemi, aucun parlementaire : des coups de canon. Il me faut cet hiver toutes les places de la Silésie. Avec les renforts qui vous arrivent, et l'impossibilité où sont ces places d'être secourues, il n'y a pas lieu de douter qu'elles ne soient bientôt en votre pouvoir.
Je vous ai écrit de m'envoyer un million sans délai, 120,000 quintaux de farine, des bœufs, et vous ne me parlez de rien dans votre lettre; sans doute vous ne pouviez pas faire partir les 20,000 quintaux, mais vous pouviez en faire partir 2 ou 3,000.
Je suis fâché que vous ayez cru avoir le droit d'avoir une entrevue avec un général ennemi sans mon autorisation; que cela ne vous arrive plus désormais.
Mettez sur le-champ en mouvement, de Brieg, 2,000 quintaux de farine sur Varsovie, et donnez-leur une autre direction que celle de Breslau, afin qu'ils n'encombrent pas la route.
Varsovie, 19 janvier 1807
Au général Clarke
Mon intention est qu'il y ait à Spandau 30,000 quintaux de grains et à Küstrin 100,000. J'approuve fort votre lettre à l'ordonnateur Lambert. Cet ordonnateur ne fait pas grand'chose, n'écrit rien et ne rend compte de rien. M. Estève n'écrit pas davantage. Qu'importe qu 'il ait fini ses tableaux ! Ce sont des comptes journaliers qu'il doit rendre. C'est une tête bien étroite.
Varsovie, 20 janvier 1807
Au prince Eugène
Mon Fils, le projet qu'on me propose pour Osoppo ne me satisfait pas, parce qu'il ne remplit pas les deux conditions demandées.
La première condition demandée est que 4, 5 ou 600 hommes soient suffisants pour défendre la forteresse et en protéger l'artillerie et les magasins; mais une forteresse qui n'occuperait que le plan supérieur serait incomplète, puisqu'il n'y aurait aucune possibilité de sortie, et que l'ennemi, avec moins d'hommes qu'il n'y en aurait dans la forteresse, pourrait la bloquer. On veut qu'à la rigueur elle puisse se défendre avec 4 ou 600 hommes; mais on veut aussi que, si on avait 12 à 1800 hommes, ils puissent être placés de manière à remplir leur jeu; or, s'ils n'avaient aucune sortie, ils ne rempliraient aucun jeu. D'ailleurs, on ne conçoit pas que ce soit un bon système de défense que de se percher au haut du plan supérieur, de manière que le pied du rocher ne soit vu d'aucun feu. Ainsi donc la première condition demandée est non-seulement que 4 ou 500 hommes puissent se défendre, mais encore qu'ils y soient dans tout leur jeu; et, de là, l'ordre précis donné d'éclairer par des lunettes de fortification permanente le pied de la hauteur, et par trois, quatre ou cinq batteries. On voit facilement qu'il serait impossible à l'ennemi de cheminer contre ces batteries, sous l'immense commandement et plongée que donne la hauteur. Le poste serait donc gardé toutes les fois que les quatre on cinq batteries le seraient. On voudrait encore que toutes ces batteries fussent disposées de manière que, si les garnisons se trouvaient d'une force raisonnable, elles pussent les lier par des chemins couverts et des ouvrages de campagne, et se pratiquer par là un couvert. On pense que trois flèches doivent remplir ce but.
La deuxième condition est qu'un corps de 4, 5 ou 6,000 hommes puisse y trouver refuge; mais il est évident qu'en établissant trois batteries comme on vient de le dire, 5 à 6,000 hommes ne manqueraient pas de construire quelques redoutes sous ce grand commandement, et seraient là inattaquables; et alors, enfin, rien ne l'empêcherait d'occuper la hauteur qu'on propose de fortifier; avec des moyens d'outils, d'approvisionnements et toutes les ressources qu'on trouverait dans la place, 6,000 hommes se seraient mis bientôt
l'abri de toute attaque.
Je ne veux donc point de camp retranché, parce qu'en supposant que le camp retranché pût remplir la deuxième condition, il ne remplirait pas la première, puisqu'il ne pourrait être défendu par 600 hommes. J'ai dit, en supposant qu'il remplit la deuxième condition, car il n'est pas bien prouvé que ce soit une bonne disposition militaire de placer 6,000 hommes derrière de mauvais ouvrages de campagne; ces ouvrages ayant près de 2,060 toises de développement, ces 6,000,bommes seraient sur les dents et deviendraient peu disponibles pour des sorties.
En résumé, je réitère l'ordre de me présenter trois lunettes aux trois sommets du trilatère, au niveau du terrain; les deux situées du côté du village le dominant cependant. Ces trois redoutes auront des communications avec le plateau supérieur, en auront entre elles par un chemin couvert, et seront tracées de manière que la prise de l'un n'influe en aucune manière sur la prise des autres. Avec 80 ou 100,000 francs, on remplirait le but qu'on se propose. Avec 3 ou 400 hommes, on placerait 200 hommes sur le plateau et 50 dans chaque lunette. Enfin, si on avait un plus grand nombre d'hommes, n'a-t-on pas un pourtour de près de 900 toises dans le chemin couvert inférieur qui communique aux trois lunettes ? N'a-t-on pas, dans la partie supérieure, 4 ou 500 toises de pourtour ? N'est--ce pas bien plus qu'il n'en faut pour contenir 5 à 6,000 hommes sans faire aucun travail ? Mais, dans ce cas-là, rien n'empêche le commandant de faire construire une redoute sur la hauteur voisine.
Le tracé ci-joint fera connaître notre idée; c'est à l'ingénieur à la concilier avec ce qu'Osoppo a de particulier. Ce qui a porté à le fortifier, c'est que cette position originale remplit d'elle-même les deux conditions indiquées : elle peut offrir protection à une division, en contenir les magasins, et peut être défendue par une poignée d'hommes; alors elle n'est jamais d'aucun embarras, car les places fortes sont aussi souvent très-embarrassantes, affaiblissent une armée, et sont la cause de la perte d'une bataille et d'une campagne. Mais ces idées sont étrangères à cette discussion.
En résumé, il faut trois flèches qui croisent entre elles leurs feux, aux trois sommets du trilatère au niveau du terrain, ou avec un petit commandement. Si on demande qui doit défendre ces trois flèches : elles doivent être défendues par le haut du plateau. Mais on ne s'opposerait pas à ce qu'on mit une batterie intermédiaire pour les flanquer; ce sont des détails qui dépendent des accidents du terrain.
Varsovie, 19 janvier 1807
52e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE
Le 8e corps de la Grande Armée, que commande le maréchal Mortier, a détaché un bataillon du 2e régiment d'infanterie légère sur Wollin. Trois compagnies de ce bataillon y étaient à peine arrivées, qu'elles furent attaquées avant le jour par un détachement de 1,000 hommes d'infanterie, avec 150 chevaux et 4 pièces de canon. Ce détachement venait de Kolberg, dont la garnison étend ses courses jusque-là; les trois compagnies d'infanterie légère française ne s'étonnèrent point du nombre de leurs ennemis, et lui enlevèrent un pont et ses 4 pièces de canon, et lui firent 100 prisonniers; le reste prit la fuite, en laissant beaucoup de morts dans la ville de Wollin, dont les rues sont jonchées de cadavres prussiens.
La ville de Brieg, en Silésie, s'est rendue après un siège de cinq jours. La garnison est composée de 3 généraux et de 1,400 hommes.
Le prince héréditaire de Bade a été fort dangereusement malade, mais il est rétabli. Les fatigues de la campagne, et les privations qu'il a supportées comme le simple officier, ont beaucoup contribué à sa maladie.
La Pologne, riche en blé, en avoine, en fourrages, en bestiaux, en pommes de terre, fournit abondamment à nos magasins. La seul manutention de Varsovie fait 100, 000 rations par jour, et nos dépôts se remplissent de biscuit. Tout était tellement désorganisé à notre arrivée, que pendant quelque temps les subsistances ont été difficiles.
Il ne règne dans l'armée aucune maladie. Cependant pour la conservation de la santé du soldat, on désirerait un peu plus de froid; jusqu'à présent il s'est à peine fait sentir, et l'hiver est déjà fort avancé. Sous ce point de vue, l'année est fort extraordinaire.
L'Empereur fait tous les jours défiler la parade devant le palais de Varsovie, et passe successivement en revue les différents corps de l'armée, ainsi que les détachements et les conscrits venant de France, auxquels les magasins de Varsovie distribuent des souliers et des capotes.
Varsovie, 20 janvier 1807
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, expédiez la lettre que j'écris à l'empereur d'Autriche. Mandez en même temps à M. Andréossy qu'il envoie à Widdin un secrétaire militaire de son ambassade, pour former un centre de correspondance entre Constantinople, Varsovie et Zara.
Varsovie, 20 janvier 1807
A l'Empereur d'Autriche
Monsieur mon Frère, j'ai reçu la lettre de Votre Majesté, datée du 21 décembre, que m'a remise M. le baron de Vincent. Je ne puis que la remercier des sentiments qu'elle m'exprime. Je ne partage pas moins qu'elle le désir sincère de voir la bonne harmonie, si heureusement rétablie entre nous, se maintenir, et l'Europe se pacifier. Cetter pacification aurait probablement eu lieu sans les circonstances de Constantinople, qui ont précipité l'exécution des projets que la Russie laissait entrevoir depuis un demi-siècle. J'ai dit à M. le baron de Vincent que la puissance russe, non fondée sur une armée plus ou moins forte, mais sur une influence religieuse bien prononcée à l'égard des Grecs, devait un jour resserrer les liens entre l'Autriche et la France. Toutefois Votre Majesté peut être parfaitement certaine qu'aucun refroidissement avec elle ne viendra jamais de moi, et qu'au contraire je serai toujours désireux de lui donner des marques de ma haute considération et des sentiments tout particuliers que je lui ai voués.
Varsovie, 20 janvier 1807
Au Sultan Selim
Très-haut, très-excellent, très-puissant, très-magnanime et invincible Prince, le grand Empereur des Musulmans, Sultan Selim, en qui tout honneur et vertu abondent, mon très-cher et parfait ami, Dieu veuille augmenter votre gloire et hautesse, avec fin très-heureuse. J'ai lu avec un vif intérêt la lettre de Votre Hautesse. J'ai été indigné, comme elle, de la proclamation des généraux russes; elle a pris le parti de défendre ses États : elle peut être certaine que je la seconderai de tous mes moyens. L'armée russe continue à fuir devant moi. Le moment est venu de consolider l'empire des Ottomans. Il faut que Votre Hautesse prenne toutes les mesures énergiques qu'offre la fidélité de ses peuples pour ne laisser à nos ennemis communs aucun instant de repos.
Sur ce, je prie Dieu, très-haut, très-excellent, très-puissant, très-magnanime et invincible Prince, notre très-cher et parfait ami, qu'il augmente les jours de Votre Hautesse et les remplisse de toutes prospérités, avec fin très-heureuse.
Votre très-cher et parfait ami.
Écrit en notre camp impérial de Varsovie, le 20 janvier 1807.
NAPOLÉON
Varsovie, 20 janvier 1807
Au roi d'Espagne
Monsieur mon Frère, les vœux que Votre Majesté a bien voulu m'exprimer au renouvellement de cette année me sont d'autant plus chers que je n'ai jamais douté de la sincérité de son amitié. Je désire que Votre Majesté reçoive avec un égal plaisir les assurances de la mienne. Une même cause nous unit; j'ai toujours regardé nos intérêts comme inséparables, et, dans cette vue, j'ai cherché à rendre utiles à Votre Majesté les succès que la Providence a accordés à mes armes. Je souhaite à Votre Majesté, pour elle, pour son règne, longues prospérités, et je la prie de croire aux sentiments de haute estime et d'inviolable attachement avec lesquels je suis, de Votre Majesté, le bon frère, ami et allié,
NAPOLÉON.
Varsovie, 20 janvier 1807
A la reine d'Espagne
Madame ma Sœur, j'ai reçu avec sensibilité la lettre où Votre Majesté me fait part de ses vœux pour mon bonheur et celui de ma famille; je prie Votre Majesté d'agréer aussi l'hommage des miens. Il m'est agréable de suivre pour elle, au renouvellement de l'année, un usage si conforme aux sentiments de considération et d'inviolable attachement avec lesquels je suis, de Votre Majesté, le bon frère,
NAPOLÉON.
Varsovie, 21 jantier 1807
Au prince de la Paix
Mon Cousin, la lettre de Votre Altesse, en date du 21 décembre, m'informe des mesures qu'elle a prises pour soutenir dignement les intérêts de son souverain, pour assurer en Espagne l'exécution des plans qui seraient concertés entre les deux cours.
Éloigner les Anglais du continent, y frapper leur commerce, c'est attaquer les bases de leur puissance; c'est là qu'il faut tendre avant tout. Chaque événement a sa date fixée : ils naissent l'un de l'autre; les précipiter, en changer l'ordre actuel, serait en compromette le succès.
Il vous sera honorable, Prince, d'avoir à concourir à des mesures grandes, utiles à votre souverain. Vous ne pouvez lui rendre d'importants services sans acquérir en même temps de nouveaux titres à ma bienveillance.
Varsovie, 21 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Écrire au général Lagrange que vous avez reçu sa lettre du 9; que nous savons, sur l'insurrection de la Hesse, une infinité de détails dont il ne nous a jamais parlé; qu'il ait à vous envoyer un rapport général, et qu'il vous fasse connaître les pertes que nous pourrions avoir faites.
Demander à Posen le nom des Juifs qui ont acheté des fusils aux soldats, pour les faire arrêter.
Demander au général Guérin l'état de situation des 700 hommes qui sont à son dépôt. Il n'était pas joint à sa lettre du 18.
Me faire connaître qui j'ai nommé gouverneur d'Erfurt et de l'Eichsfeld; si je n'ai nommé personne, me proposer quelqu'un.
Écrire au général Songis de faire établir ici une salle d'armes, et de faire mettre en état les 6,000 fusils qui arrivent dans ce mois.
Charger un officier de visiter les hôpitaux pour s'assurer si les salles d'armes sont établies dans chaque hôpital; prendre des mesures pour que les fusils des hôpitaux soient en état et huilés. Plus de la moitié des hôpitaux de l'armée étant à Varsovie, cette mesure peut être d'une grande utilité.
Donner ordre au général Guérin, à Lowicz, d'établir un atelier d'armuriers pour faire les réparations les plus urgentes aux fusils de son dépôt; en informer le général Songis, qui accordera quelques sommes pour ces dépenses.
Donner ordre au même de faire partir pour Varsovie les détachements des 12e de ligne, 2le de ligne, 25e et 85e, des 100e, 103e, 21e léger, 28e idem, 34e, 40e, 64e, 88e et 17e léger, qu'il a à son dépôt, en les faisant marcher bien en ordre, de choisir une église ou un lieu couvert afin de faire exercer les conscrits qui passent à son dépôt, et de s'y rendre fréquemment lui-même afin de s'assurer qu'on pousse leur instruction autant que possible.
Je ne conçois pas comment le détachement du 32e de ligne vient à Varsovie. C'est la faute des généraux qui commandent à Küstrin et à Posen.
Recommandez au général qui commande à Posen de ne laisser partir de cette ville que des hommes armés, et de ne point diriger sur Varsovie ceux du 1er et du 6e corps.
Écrire au général Clarke de laisser acheter des chevaux pour la remonte de la cavalerie bavaroise, pourvu qu'il soit sûr que c'est réellement pour le service de l'armée bavaroise.
Accorder au général Lefranc la permission de se rendre en France.
Je ne puis que témoigner mon mécontentement au major général de ce que mes ordres ne s'exécutent pas. Il vient d'arriver ici un convoi de capotes pour le 9e d'infanterie légère. Si l'on écrivait aux commissaires des guerres et aux commandants d'armes, on ne dirigerait pas toujours sur Varsovie ce qui doit en être envoyé à quatre-vingts lieues. Les bagages du 32e de ligne viennent également d'arriver à Varsovie.
Varsovie, 22 janvier 1807
A M. Cambacérès
Mon Cousin, je reçois votre lettre du 11. Je suis surpris que bulletins ne vous soient pas encore arrivés. Le général Lamartillière prendra des mesures pour que les côtes de la Gironde ne soient pas ravagées par quelques péniches anglaises. Je suis d'ailleurs bien aise de ces entreprises, qui tiennent tout le monde en alerte.
Varsovie, 22 janvier 1807
DÉCRET
ARTICLE ler. - Le gouverneur général de Berlin fera traduire à une commission militaire les employés attachés à l'armée ou autres individus prévenus de vols et de dilapidations, soit dans les magasins de l'armée, soit dans les fournitures à faire pour l'armée, afin d'y être jugés conformément aux lois militaires.
ART. 2. - Notre ministre de la guerre, major général, est chargé de l'exécution du présent décret.
Varsovie, 22 janvier 1807
53e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE
On a trouvé à Brieg des magasins assez considérables de subsistances.
Le prince Jérôme continue avec activité sa campagne de Silésie. Le lieutenant général Deroy avait déjà cerné Kosel et ouvert la tranchée. Le siége de Schweidnitz et celui de Neisse se poursuivent en même temps.
Le général Victor, se rendant à Stettin et étant en voiture avec son aide de camp et un domestique, a été enlevé par un parti de 25 chasseurs qui battaient le pays.
Le temps est devenu froid. Il est probable que sous peu de jours les rivières seront gelées. Cependant la saison n'est pas plus rigoureuse qu'elle ne l'est ordinairement à Paris. L'Empereur fait défiler tous les jours la parade et passe en revue plusieurs régiments.
Tous les magasins de l'armée s'organisent et s'approvisionnent. On fait du biscuit dans toutes les manutentions. L'Empereur vient d'ordonner qu'on établit de grands magasins et qu'on confectionnât une quantité considérable d'habillements dans la Silésie.
Les Anglais, qui ne peuvent plus faire accroire que les Russes, les Tartares, les Kalmouks, vont dévorer l'armée française, parce que, même dans les cafés de Londres, on sait que ces dignes alliés ne soutiennent point l'aspect de nos baïonnettes, appellent aujourd'hui à leur secours la dysenterie, la peste et toutes les maladies épidémiques. Si ces fléaux étaient à la disposition du cabinet de Londres, point de doute que non-seulement notre armée, mais même nos provinces et toute la classe manufacturière du continent ne devinssent leur proie. En attendant, les Anglais se contentent de publier et de faire publier, sous toute espèce de formes, par leurs nombreux émissaires, que l'armée française est détruite par les maladies. A les entendre, des bataillons entiers tombent comme ceux des Grecs au commencement du siège de Troie. Ils auraient là une manière toute commode de se défaire de leurs ennemis. Mais il faut bien qu'ils y renoncent : jamais l'armée ne s'est mieux portée; les blessés guérissent, et le nombre des morts est peu considérable. Il n'y a pas autant de malades que dans la campagne précédente; il y en a même moins qu'il n'y en aurait en France en temps de paix, suivant les calculs ordinaires.
Varsovie, 23 janvier 1807
A l'Impératrice
Je reçois ta lettre du 15 janvier. Il est impossible que je permette à des femmes un voyage comme celui-ci : mauvais chemins, chemins peu sûrs et fangeux. Retourne à Paris, sois-y gaie, contente; peut- être y serai-je aussi bientôt. J'ai ri de ce que tu me dis que tu as pris un mari pour être avec lui ; je pensais, dans mon ignorance, que la femme était faite pour le mari, le mari pour la patrie, la famille et la gloire : pardon de mon ignorance; l'on apprend toujours avec nos belles dames.
Adieu, mon amie; crois qu'il m'en coûte de ne pas te faire venir; dis-toi : c'est une preuve combien je lui suis précieuse.
Napoléon
Varsovie, 23 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, le l0e corps sera commandé par le maréchal Lefebvre Il y sera joint une brigade de cavalerie française, composée des 19e et 23e régiments de chasseurs que commande le général Duprés. Je vous ai donné hier l'ordre de faire partir pour Stettin ce qui était disponible de ces deux régiments. Le maréchal Lefebvre aura également sous ses ordres les 2e et 15e régiments d'infanterie légère, qui arriveront le 25 à Posen, et qui sont commandés par un général de brigade que le maréchal Mortier a envoyé avec ces régiments; c'est, je crois, le général Boivin.
Vous me proposerez un officier supérieur pour commander à Küstrin, et vous mettrez le général Ménard à la disposition du Maréchal Lefebvre.
Le maréchal Lefebvre enverra, par un aide de camp, l'ordre à ce général de se rendre sur-le-champ à Stettin , et d'en partir avec tous les Badois, formant à peu près 6,000 hommes, la légion du Nord 4,000, et la brigade de cavalerie française, 800, pour aller cerner la place de Kolberg. La place cernée, il s'avancera avec la cavalerie légère française, la cavalerie badoise qui sera inutile au blocus d Kolberg, et avec la légion du Nord, et les dirigera sur Danzig pour se joindre au maréchal Lefebvre.
Le maréchal Lefebvre arrivera à Bromberg. Il enverra des ordres pour que la brigade d'infanterie légère qui doit arriver le 25 à Posen, en parte le 27 pour se rendre à Bromberg. Il prendra sous ses ordres la division polonaise que commande le général Dombrowski, et s'approchera de Danzig. Il fera l'investiture de la place, aussitôt que le général Ménard sera arrivé avec sa cavalerie et la partie de l'infanterie inutile an siège de Kolberg, pour resserrer la garnison de Danzig.
Vous donnerez l'ordre au général Songis de me faire connaître s'il pourrait fournir douze pièces d'artillerie de campagne attelées, à Posen ou aux environs, pour le corps du maréchal Lefebvre. Si cela ne se peut pas, vous donnerez l'ordre que les douze pièces de canon qui sont à Berlin, attachées à la division italienne, se rendent sur-le-champ devant Danzig.
Le maréchal Lefebvre aura donc sous ses ordres le corps polonais que commande le général Dombrowski, une brigade d'infanterie française de 4,000 hommes, que commande le général Boivin, savoir les 2e et 15e d'infanterie légère, une brigade de cavalerie légère française composée des 19e et 23e de chasseurs, que commande le général Duprés, le corps de troupes badoises et la légion du Nord. Le général Dombrowski a beaucoup de cavalerie légère. Toutes ces forces munies, il doit les employer ainsi : les Badois à bloquer Kolberg, le général Ménard commandera le siège; la division polonaise du général Dombrowski, la brigade d'infanterie française, la légion du Nord et la brigade de cavalerie française, à bloquer Danzig.
Le maréchal Lefebvre commandera en personne. Il aura le général Schramm sous ses ordres. Ce général ne doit pas encore être arrivé à Posen. Vous enverrez des ordres à Küstrin et à Berlin pour qu'il se rende, par le plus court chemin, auprès du maréchal Lefebvre. Le maréchal aura des officiers du génie et d'artillerie pour l'aider dans ses opérations. Il correspondra avec le maréchal Bernadotte, qui occupe Elbing; ils doivent se soutenir réciproquement en cas d'événement. Il correspondra aussi avec le maréchal Mortier, qui va
faire le siège de Stralsund.
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Le général Dombrowski a une infanterie composée de huit bataillons : quatre de Posen et quatre de Kalisz. Il se rendra, avec les quatre bataillons de Posen et sa cavalerie, devant Danzig, sous les ordres du maréchal Lefebvre; et le général Zajonchek, avec les quatre bataillons de Kalisz, se rendra devant Graudenz, où il relèvera les Hessois, qui passeront sous les ordres du maréchal Lefebvre et se rendront devant Danzig.
Varsovie, 23 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, il faut prendre connaissance de l'organisation que le gouvernement a donnée aux troupes polonaises.
Les trois régiments formés de la cavalerie noble doivent faire partie du 10e corps, avec la division Dombrowski. Le général Zajonchek, avec les quatre bataillons de Kalisz, doit se rendre au siège de Graudenz. Ces troupes se formeront devant cette place. Faites-moi connaître la situation des troupes polonaises ici. Il convient de prendre des mesures pour qu'on ne prenne pas tous les Russes prisonniers pour des prisonniers polonais; cela empeste la ville. Il faut faire reprendre tous ceux qui ne sont pas évidemment de quelque partie de la Pologne, et les envoyer sur les dépôts.
Varsovie, 23 janvier 1807
Au prince Jérôme
Mou Frère, j'ai reçu vos lettres du 19 janvier. Je vois avec plaisir que vous avez fait partir sur-le-champ 600,000 francs, et les mesures que vous avez prises pour assurer leur passage. Après le rapport qu'on m'avait fait de Brieg, je croyais Brieg une place très-forte et Kosel une place très-faible.
Les marchandises anglaises sont celles qui ont été fabriquées en Angleterre. La modification que vous proposez ne peut être adoptée; il n'y aurait plus de marchandises anglaises. Breslau ne peut être mieux traité que Hambourg. D'ailleurs, les négociants ayant des comptes à parties doubles et n'achetant jamais qu'à crédit, il est de fait qu'aucune marchandise n'est jamais payée.
Varsovie, 23 janvier 1807
ORDRE POUR L'INTENDANT GÉNÉRAL
M. Daru me fera un rapport qui me fera connaître ma situation de recette depuis le mois d'octobre. Il mettra : sur une colonne, situation de M. Estève; dans une autre colonne, ce que M. la Bouillerie doit avoir reçu; une autre, dans quel temps tout sera à Berlin; une autre, ce qui est déjà dépensé; une autre, ce qui est en caisse.
Varsovie, 24 janvier 1807
A M. Fouché
J'ai reçu votre lettre du 12. Le froid commence à se faire sentir ici. Tout va au mieux. Je vois dans votre lettre du 12 que vous avez retenu un curé de la Vendée; vous avez très-bien fait, gardez-le en prison.
Varsovie, 24 janvier 1807
Au général Dejean
Monsieur Dejean, j'ai reçu votre rapport du 11. Les déserteurs ne peuvent se rendre que par un traité entre les deux puissances, et nous nous sommes toujours refusés à faire ce traité. Il faut pour rendre des déserteurs un décret de moi. Toutes les fois donc que l'Espagne redemandera des déserteurs, il faut que vous m'en fassiez un rapport et que vous me soumettiez un projet de décret. Agir autrement, ce serait méconnaître l'inviolabilité du territoire. Je ne vois pas d'inconvénient, au reste, que l'on fasse grâce aux déserteurs qui rentrent de bonne volonté.
Varsovie, 24 janvier 1807
Au roi de Saxe
Monsieur mon Frère, mon premier désir, en entrant dans vos États, a été de rétablir entre nous des rapports d'amitié. Je me félicite de la paix qui nous réunit; le temps ne peut que l'affermir. Nos alliés sont les mêmes, les intérêts de Votre Majesté sont devenus les miens, et notre union est encore affermie par les sentiments de confiance, d'attachement et de haute estime avec lesquels je suis, de Votre Majesté, le bon frère, ami et allié.
Varsovie, 24 janvier 1807
Au général Songis
Faites partir sans délai de Varsovie l'artillerie pour le 10e corps, de manière qu'elle arrive à Bromberg le plus tôt possible. Tâchez que cela arrive dans huit jours.
Varsovie, 23 ou 25 janvier 1807
A l'Impératrice
Je vois avec peine que tu es souffrante. J'espère que tu es à Paris; tu te remettras là. Je partage tes peines, et ne me plains pas. Mais je ne saurais vouloir te perdre en t'exposant à des fatigues et des dangers qui ne sont ni de ton sang ni de ton sexe.
Je désire que tu ne reçoives jamais à Paris Truguet. C'est un mauvais sujet; tu m'affligerais de faire autrement.
Adieu ma bonne amie; aimes-moi et soit courageuse.
Varsovie , 25 janvier 1807
ORDRES POUR L'INTENDANT GÉNÉRAL
Donner au maréchal Soult la moitié de Kowal, c'est-à-dire 2,500 quintaux, l'autre destinée pour le passage; la moitié de Gnesen, la moitié d'Inowroclaw, l'autre moitié pour le passage. Par ce moyen, le maréchal Soult aura 15,000 quintaux de seigle et de froment. Lui donner également la moitié de Klodawa; le reste pour le passage.
Donner au maréchal Augereau 5,000 quintaux à prendre à Lowicz, 5,000 quintaux qui étaient destinés pour Blonie et qu'il prendra au passage à Lowicz.
Et enfin faire un travail pour le transport, afin que tout ce qui est autour de Wyszogrod y verse en droiture. Par ce moyen, nous aurons à Plock un magasin de 15,000 quintaux, à Wyszogrod un magasin qu'il faut porter à 10,000 quintaux.
Il faut beaucoup s'occuper de Pultusk.
Il faut exiger, avant de faire le payement, que le froment qui doit être versé par l'entreprise le soit aux époques; et même il faudrait que toutes les farines fussent versées à Plock au lieu de Varsovie.
Il est très-nécessaire d'organiser la manutention de Nieporent, en y mettant un commissaire des guerres et un commandant de place, n'y pût-on faire que deux fours pour 6 ou 8,000 rations, afin d'assurer la subsistance des hommes qui ne peuvent pas passer la rivière.
Avoir aussi le plus tôt possible deux fours à Sierock, pour le même objet, car il arrive que les hommes souffrent, ou que, s'ils prennent quatre jours à Varsovie, ils les mangent en deux jours; ce ne doit pas être une chose bien difficile. Y envoyer deux brigades de boulangers et quelques quintaux de farine. Cela évitera le transport et soulagera d'autant Varsovie. On fera donc partir après-demain 500 quintaux de farine pour Sierock, qui arriveront en deux jours; ils partiront en deux convois de 250 chacun. On fera sur-le-champ choisir un magasin sur le bord de la rivière et établir de suite un four; indépendamment de ce, il y a des fours dans le pays.
Après-demain, faire la même chose pour Nieporent et y envoyer 500 quintaux de farine.
Envoyer 1,000 autres quintaux de farine à Pultusk; ce qui fera, d'ici au 30, une diminution de 2,000 quintaux de farine à Varsovie.
Prendre parmi celles de Glogau.
Enfin exiger que les blés et les farines qui doivent être versés par le marché à Pultusk le soient exactement.
Varsovie, 25 janvier 1807
INSTRUCTIONS POUR M. DE TOURNON
Il est parti aujourd'hui, 25 janvier, 250 quintaux de grains, 250 quintaux de farine, 25,000 rations de pain biscuité, 25,000 rations de biscuit et 200 bœufs. Tous ces objets sont dirigés sur Sierock; ils doivent être passés à Nieporent.
Il est parti également pour Nieporent 250 quintaux de grains, 250 quintaux de farine.
Il est parti pour Pultusk 500 quintaux de grains, 500 quintaux de farine, 300 bœufs.
M. de Tournon partira dans la nuit, de manière à arriver à Nieporent à la petite pointe du jour. Il comptera tous les convois et me fera un rapport qui me fasse connaître ce qui est passé, et dans quel ordre cela était. Il pressera ta confection de la manutention à Nieporent; il s'assurera de la quantité de pain qu'on fait et de la quantité de blé qu'on peut faire moudre. Il attendra jusqu'à dix heures pour voir ce qui pourra passer encore, et, entre dix heures et midi, il me fera un rapport très-détaillé, tant sur le magasin et la manutention de Nieporent que sur les convois passés. Il me l'expédiera par estafette.
Ensuite il se rendra au pont, il y restera jusqu'à ce que tout soit passé.
Avant la nuit, il me fera un rapport sur tous les objets qui auront passé le pont, et me fera connaître quelle est leur situation à leur passage. Ensuite il retournera à Nieporent pour voir ce qui sera arrivé des convois qui doivent partir le 26, et il me fera, dans la nuit, un second rapport sur cet objet.
Après-demain 27, il se rendra à Sierock pour vérifier ce qui est passé, la situation de la manutention, la quantité de pain qu'on fait par jour, celle de blé qu'on peut moudre, et la quantité de pain biscuité et de biscuit qui est dans les magasins.
Il se rendra chez le commandant de la place. Il marchera toujours avec ses chevaux et en équipage de guerre.
Varsovie, 26 janvier 1807
A l'Impératrice
Ma bonne amie, j'ai reçu ta lettre; je vois avec peine comme tu t'affliges. Le pont de Mayence ne rapproche ni n'éloigne les distances qui nous séparent. Rentre donc à Paris. Je serais fâché et inquiet de te savoir si malheureuse et si isolée à Mayence. Tu comprends que je ne dois, que je ne puis consulter que le bien de mes affaires. Si je pouvais consulter mon cœur, je serais avec toi, ou toi avec moi; car tu serais bien injuste si tu doutais de mon amour et de tous mes sentiments.
Varsovie, 26janvier 1807
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, donnez l'ordre à l'intendant général de faire distribuer, dans la journée de demain, 400 capotes au 12e de ligne, 500 au 21e, 300 au 25e et 300 au 85e. Donnez ordre au général Songis de faire délivrer, également dans la journée de demain, 70 fusils à chacun des 12e, 21e, 25e et 85e de ligne.
Donnez ordre au général Gudin de prendre des mesures pour que l'on mette de côté les cartouches, afin qu'elles ne restent pas dans les gibernes des soldats, qui pourraient les perdre, et pour les distribuer au moment qu'ils partiraient.
Témoignez mon mécontentement aux deux chefs de bataillon du 12e de ligne, et prescrivez-leur de s'exercer aux manœuvres et à la théorie du commandement. Le colonel, qui est d'ailleurs un bon officier, ne connaît pas suffisamment les commandements qu'il doit faire, et ceux que doivent faire les chefs de bataillon.
J'ai laissé plusieurs places vacantes dans la division Gudin. Il est de fait que c'est une mauvaise chose de placer dans la cavalerie les jeunes gens qui sortent de l'école de Fontainebleau, parce qu'ils n'ont jamais monté à cheval, au lieu que ce sont d'excellents officiers d'infanterie. Mon intention est donc que les jeunes gens attachés aux états-majors qui devaient entrer dans des régiments de cavalerie soient placés dans l'infanterie. Donnez-en aux divisions des généraux Gudin et Suchet autant qu'il est nécessaire.
Écrivez donc que, sous prétexte d'envoyer ici des Polonais de France, on ne nous renvoie pas les Prussiens; on vient d'en envoyer encore 100 de Nancy. Qui donc donne ces ordres-là? On empoisonne ainsi mes derrières. A la dernière revue de Berlin, il y avait encore quatre de ces Polonais qui étaient des Prussiens.
Varsovie, 26 janvier 1807
Au vice-amiral Decrès
Vous trouverez ci-joint deux ordres pour les deux commandants de mes escadres de Rochefort et de Cadix. Mon intention est qu'ils partent avant l'équinoxe, après l'équinoxe il serait trop tard, et qu'ils choisissent un moment favorable. Pourquoi le Génois, la Ville de Paris et le Robuste ne sont-ils pas en rade ? Mon intention est d'avoir dix- huit vaisseaux de ligne à Toulon, qui puissent faire mine de se porter sur Constantinople. D'ailleurs, j'aimerais à avoir mon escadre de Cadix dans mes ports, et je préfère, sous le point de vue de la sûreté, d'avoir celle de Rochefort à Toulon. J'espère que le contre-amiral Willaumez aura profité de l'hiver pour faire sa rentrée dans quelqu'un de mes ports. Si mes escadres ne sont pas sorties avant le 10 mars, mon intention est qu'elles ne sortent plus, surtout celle de Rochefort, qui a tant de chemin à faire. Vous ne manquerez pas de prévenir l'un et l'autre amiral de l'époque de leur arrivée, pour qu'ils ne trouvent point Toulon bloqué. Si Ganteaume n'était point trop malade, j'aimerais assez qu'il mît son pavillon à Toulon; cela voudrait dire que j'ai en vue l'Égypte et Constantinople, et cela servirait mes projets.
Je vous ai fait connaître mon désir de faire construire des vaisseaux de ligne à Nantes, au Havre, à Dunkerque; je crois mon idée praticable. Si elle l'est, j'entends qu'elle soit mise sans délai à exécution; si elle ne l'est pas, il faut que M. de Laplace et M. Sané (Jacques-Noël Sané, 1740-1831. Il est alors inspecteur général du génie maritime. Un des plus brillant ingénieurs navals de tous les temps) soient unanimes sur cette question , et que l'impossibilité me soit bien démontrée. Quant à moi, je suis porté à la croire, jusqu'à cette heure, d'une solution facile. Il me vient à l'appui une autre idée. Puisque enfin le grand obstacle est l'inconvénient du tirant d'eau qu'auront ces vaisseaux étant armés, comme on les fera sortir du port de construction désarmés, en temps de paix, pour les armer dans un grand port, ils peuvent ne pas tirer plus d'eau qu'une frégate. Je dis que ce problème est facile à résoudre, puisque je pars du principe que je puis faire des canons de bronze aussi légers que possible et de la longueur des canons ordinaires, sauf à ne tirer ces canons qu'avec telle ou telle charge de poudre. Ainsi, par exemple, pour faire comprendre mon idée, on pourrait faire des canons de l'épaisseur d'un écu de six francs et aussi longs que le sont les canons des vaisseaux; mais dans ce cas extrême on n'y pourrait mettre qu'une demi-once, ou moins, de poudre, qui ne chasserait le boulet qu'à fort peu de distance. Vous sentez bien, d'après cette supposition extrême, on peut faire des canons de 24 qui tirent avec six livres de poudre au lieu de huit. J'aurai l'allégement du bronze sur le fer, plus l'allégement du nouveau canon sur l'ancien. Si l'on est de mon avis, il n'y a pas besoin d'explication; si l'on n'est pas de mon avis, j'ai besoin que cette question soit bien traitée, afin que cette fantaisie me sorte pour toujours de la tête. Le problème ici est complexe : il est moitié d'artillerie, moitié de construction navale. Il me semble que, si je demandais à M. Sané un vaisseau aussi bon marcheur que le Spartiate, pouvant porter 74 canons comme le Spartiate, et que je lui disse qu'il n'y sera mis que des canons de bois, il me ferait un dessin de construction au moyen de laquelle ce vaisseau ne tirerait pas plus qu'une forte frégate ou un vaisseau de 64, comme le Vénitien, qui est entré dans le port d'Alexandrie. Voila comme je veux que cette question soit traitée. Si l'on me faisait un vaisseau sans canons, percé pour 74, qui pût porter autant de vivres qu'un vaisseau ordinaire, combien serait le minimum de son tirant d'eau ? Je crois qu'un vaisseau ordinaire tire 22 ou 23 pieds. J'ai peine à croire qu'en déchargeant l'artillerie, je ne gagnerai pas plusieurs pieds.
Camp impérial de Varsovie, 26 janvier 1807
Au contre-amiral Allemand, commandant l'escadre de Rochefort
Monsieur le Contre-Amiral Allemand, notre intention est que vous appareilliez de notre port de Rochefort avec l'escadre qui est sous vos ordres, composée de six ou au moins de cinq vaisseaux, et des frégates dont notre ministre de la marine vous donnera l'état, pour vous rendre dans notre port de Toulon. Vous profiterez d'un temps favorable, et vous suivrez la route et les indications qui vous seront tracées par les instructions de notre ministre de la marine. Tous les ports de Naples, d'Italie et de Gênes étant en notre pouvoir, si les circonstances majeures des vents vous portaient de ce côté, vous pourriez vous trouver dans le cas de surprendre quelques croisières ennemies, deux vaisseaux anglais croisant ordinairement dans le golfe de Naples. Arrivée à Toulon, votre escadre sera réparée des avaries qu'elle pourrait avoir éprouvées, et mise en état; et vous vous rangerez sous le ordres du vice-amiral qui commande dans cette rade. Nous nous reposons du reste sur votre expérience et sur votre zèle pour notre service.
Camp impérial de Varsovie, 26 janvier 1807
Au vice-amiral Rosily, commandant l'escadre de Cadix
Monsieur le Vice-Amiral Rosily, notre intention est que vous vous embarquiez et que vous mettiez à la voile avec les cinq vaisseaux de ligne et la frégate qui composent l'escadre sous vos ordres, et le vaisseau espagnol que Sa Majesté Catholique a bien voulu y réunir, pour vous rendre dans notre port de Toulon, où nous avons résolu de réunir une flotte considérable. Nous chargeons notre ministre de la marine de vous faire une instruction détaillée pour faciliter votre navigation. Nous nous reposons du reste sur votre expérience et sur votre zèle pour notre service.
Varsovie, 27 janvier 1807
A M. Cambacérès
J'ai reçu votre lettre du 16. Je vois avec plaisir que vous vous occupez de tout ce qui est relatif aux blés. M. de Champagny a trop de sécurité sur cet objet important. Nous continuons à être ici dans les quartiers d'hiver.
Varsovie, 27 janvier 1807
Au général Clarke
Faites-moi connaître quand les dragons de la Garde seront montés. On ne manquera pas de vous dire qu'il y a eu des affaires à la gauche de l'armée; il ne s'est rien passé d'important. Le maréchal Ney, de son propre mouvement, s'est avancé de vingt lieues hors de ses cantonnements. Il vient de les reprendre sans que l'ennemi ait eu aucun succès. Telle était notre position au 26.
Varsovie, 27 janvier 1807
Au général Clarke
Monsieur le Général Clarke, l'ennemi paraît manœuvrer pour se maintenir à Elbing et pour défendre ses communications avec Danzig.
Dans cette situation, je lève mes cantonnements et je fais une contre-marche. Il ne serait pas impossible qu'un corps de 10 à 15,000 hommes fût jeté sur Danzig et de là sur Stettin. Je vous ai ordonné de mettre les Italiens à Stettin. Les troupes de Bade, deux régiments français et la légion du Nord doivent être partis de Stettin pour aller faire le blocus de Kolberg. Prévenez du contenu de cette lettre le maréchal Mortier, afin que, le cas arrivant, il ne laissât à Stralsund que les troupes nécessaires, se renforçât des troupes qui seront à Stettin et à Berlin, et mit la colonne ennemie entre l'Oder et le corps d'armée que j'enverrai à sa poursuite. Prévenez également le général Thouvenot pour qu'il se tienne alerte. Il doit avoir une garnison de 6,000 hommes, puisqu'il a les Italiens. Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous envoyiez une ou deux compagnies d'ordonnance à Stettin. Envoyez aussi sur cette place le régiment de fusiliers de ma Garde. Envoyez à Küstrin l'autre bataillon du ler régiment provisoire, de manière qu'il y ait un millier de Français dans cette place. Du moment que le 15e régiment de chasseurs qui est à Hanovre sera arrivé, si les renseignements que vous aurez le font juger nécessaire, je vous laisse le maître de l'envoyer aussi sur l'Oder. D'ailleurs, à mesure que les événements marcheront, je ne manquerai pas de vous tenir en mesure et de vous donner des ordres. Cependant j'ai voulu vous instruire de ceci très-secrètement, afin que vous sachiez déjà la nature des opérations qui se font. Si le régiment de la garnison de Paris et le 19e de ligne sont arrivés à Magdeburg, vous pouvez les faire venir à Berlin pour qu'ils puissent servir à renforcer la ligne de Stettin. Envoyez un courrier pour faire arriver le 19e : il pourrait s'être arrêté à Münster; vous le dirigerez sur Magdeburg, et, s'il est inutile à la défense de cette place, vous le ferez venir à Berlin. Expédiez un de vos aides de camp intelligent à Thorn qui restera auprès du commandant de la place; écrivez par cet officier au maréchal Lefebvre et priez-le de correspondre directement avec vous pour vous instruire de tout ce qui se passe. Du moment qu'une opération de cette nature aurait eu lieu, il ne manquerait pas de venir vous en prévenir, et du moment qu'il aurait passé l'Oder, il en préviendrait le commandant de Stettin, qui en préviendrait le maréchal Mortier.
Varsovie, 27 janvier 1807
ORDRES POUR L'INTENDANT GÉNÉRAL
Écrire à M. le maréchal Soult et à l'ordonnateur :
A l'ordonnateur du maréchal Soult, qu'il y a à Sierock 25,000 rations de pain et 125,000 rations de biscuit; qu'il peut les prendre;
Au commissaire des guerres de Sierock, qui, s'il peut les diriger sur Przasnysz, quartier général du maréchal Soult, il le fasse sans retenir les voitures qui ont été envoyées d'ici.
Renouveler les ordres pour qu'on cuise et qu'on fasse du pain biscuité à Sierock, Nieporent et Pultusk.
Les 50,000 rations de biscuit qui ont été dirigées hier sur Pultusk, les 25,000 qui partent aujourd'hui, y resteront et ne seront distribuées que par les ordres du major général.
Remettre à la Garde les 38,000 rations de biscuit qui restent; elle les portera sur ses caissons.
Il faut ordonner à l'ordonnateur de la Garde de prendre pour dix jours de viande sur pied, en partant toujours du principe que la Garde est la troupe qui doit être la mieux traitée.
Ainsi la Garde, portant 38,000 rations de biscuit et quatre jours de pain, aurait pour dix jours de vivres.
La division Nansouty et toutes les troupes qui passeront à Varsovie, leur donner quatre jours de pain et leur remplir leurs caissons.
Il faut demain donner quatre jours au corps du maréchal Lannes, et lui donner autant de pain que les caissons en peuvent porter.
Je retarderai d'un jour le départ de la division Gudin et même de la Garde.
Varsovie, 27 janvier 1807
54e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE
Quatre-vingt-neuf pièces de canon prises sur les Russes sont rangées sur la place du palais de la République à Varsovie. Ce sont celles qui ont été enlevées aux généraux Kamenski, Bennigsen et Buxhoevden, dans les combats de Czarnowo, Nasielsk, Pultusk et Golymin. Ce sont les mêmes que les Russes traînaient avec ostentation dans les rues de cette ville, lorsque naguère ils la traversaient pour aller au-devant des Français. Il est facile de comprendre l'effet que produit l'aspect d'un si magnifique trophée sur un peuple charmé de voir humiliés les ennemis qui l'ont si longtemps et si cruellement outragé.
Il y a, dans les pays occupés par l'armée, plusieurs hôpitaux renfermant un grand nombre de Russes blessés et malades. 5,000 prisonniers ont été évacués sur la France; 2,000 se sont échappés dans les premiers moments du désordre, et 1,500 sont entrés dans les troupes polonaises.
Ainsi les combats livrés contre les Russes leur ont coûté une grande partie de leur artillerie, tous leurs bagages , et 25 à 30,000 hommes, tant tués que blessés ou prisonniers.
Le général Kamenski, qu'on avait dépeint comme un autre Souvarof, vient d'être disgracié; on dit qu'il en est de même du général Buxhoevden; et il paraît que c'est le général Bennigsen qui commande actuellement l'armée.
Quelques bataillons d'infanterie légère du maréchal Ney s'étaient portés à vingt lieues en avant de leurs cantonnements; l'armée russe en avait conçu des alarmes et avait fait un mouvement sur sa droite; ces bataillons sont rentrés dans la ligne de leurs cantonnements sans éprouver aucune perte.
Pendant ce temps, le prince de Ponte-Corvo prenait possession d'Elbing et des pays situés sur le bord de la Baltique.
Le général de division Drouet entrait à Christburg, où il faisait 300 prisonniers du régiment de Courbière, y compris un major plusieurs officiers.
Le colonel Saint-Geniès, du 19e de dragons, chargeait un autre régiment ennemi et lui faisait 50 prisonniers, parmi lesquels était le colonel commandant.
Une colonne russe s'était portée sur Liebstadt, au delà de la petite rivière de la Passarge, et avait enlevé une demi-compagnie de voltigeurs du 8e régiment de ligne, qui était aux avant-postes du cantonnement. Le prince de Ponte-Corvo, informé de ce mouvement, quitta Elbing, réunit ses troupes, se porta, avec la division Rivaud, au devant de l'ennemi, et le rencontra auprès de Mohrungen, le 25 de ce mois à midi. La division ennemie paraissait forte de 12,000 hommes. On en vint bientôt aux mains : le 8e régiment de ligne se précipita sur les Russes avec une valeur inexprimable, pour réparer la perte d'un de ses postes. Les ennemis furent battus, mis dans une déroute complète, poursuivis pendant quatre lieues et forcés de repasser la rivière de la Passarge. La division Dupont arriva au moment où le combat finissait et ne put y prendre part.
Un vieillard de cent dix-sept ans a été présenté à l'Empereur, qui lui a accordé une pension de 100 napoléons, et a ordonné qu'une année lui fût payée d'avance. La notice jointe à ce bulletin donne quelques détails sur cet homme extraordinaire.
Le temps est fort beau; il ne fait froid qu'autant qu'il le faut pour la santé du soldat et pour l'amélioration des chemins, qui deviennent très-praticables.
Sur la droite et sur le centre de l'armée, l'ennemi est éloigné de plus de trente lieues de nos postes.
L'Empereur est monté à cheval pour aller faire le tour de ses cantonnements; il sera absent de Varsovie pendant huit on dix jours.
Varsovie, 28 janvier 1807
Au roi de Naples
Monsieur mon Frère, je n'ai pu recevoir la lettre de Votre Majesté et ses vœux pour mon bonheur sans une vive émotion. Vos destins, mes succès ont mis entre nous de vastes pays: vous touchez au midi à la Méditerranée, je touche à la Baltique; mais, par l'accord de nos mesures, nous tendons au même but. Veillez sur vos côtes; écartez-en les Anglais et leur commerce; leur exclusion rendra le calme à vos États. Votre royaume est riche, peuplé; avec l'aide de Dieu, il sera puissant et heureux. Recevez mes vœux les plus sincères pour la prospérité de votre règne, et comptez dans tous les temps sur mon affection fraternelle. La députation que m'a envoyée Votre Majesté a rempli honorablement sa mission; je l'ai priée de reporter à Votre Majesté les assurances de mon plus sincère attachement.
Varsovie, 28 janvier 1807
ORDRES POUR L'INTENDANT GÉNÉRAL
Faire partir demain 600 quintaux de bonne farine sur 40 caissons de la compagnie Breidt, qui se rendront à Pultusk, y verseront leur farine, et se chargeront, en place, du biscuit qui s'y trouve. Ces farines seront fabriquées sans délai à Pultusk.
Faire partir demain 30 voitures découvertes de la compagnie Breidt, portant 300,000 rations d'eau-de-vie, qui suivront le quartier général.
On fera également partir demain autant de caissons qu'on pourra charger de pain biscuité, s'il en reste après avoir rempli les caissons du maréchal Lannes, du général Gudin et de la Garde.
Le 30, on fera partir le reste des caissons de la compagnie Breidt, chargés de pain.
Le 31, au plus tard, les caissons devront être partis de Varsovie, chargés de pain, farine ou eau-de-vie.
On ne peut trop avoir l'œil sur les manutentions de Sierock, Nieporent et Modlin.
Passé le 31, on expédiera, tous les jours, 40,000 rations de pain sur le quartier général sur des voitures du pays, avec quatre gendarmes d'escorte, un maréchal des logis, un agent français des transports, qui sera responsable du convoi, et auquel on tracera son ordre de route de manière qu'il arrive en deux jours à Pultusk.
Veiller à ce que la manutention de Pultusk fasse par jour 30,000 rations, et où s'alimentera le maréchal Davout.
Tenir, aussi, bien alimentée la manutention de Sierock, qui est si importante pour les blessés et même pour l'armée.
On ordonnera à la manutention de Modlin de fournir au maréchal Augereau et de trouver les moyens de lui expédier ce qu'elle pourra fabriquer. On aura soin qu'elle ne manque pas de farines.
Du moment que l'armée sera à plus de six journées de Varsovie, on n'expédiera plus que du biscuit.
Réitérer les ordres à Posen pour qu'on expédie tout le biscuit sur Thorn. Ordonner à Thorn qu'on l'envoie au maréchal Ney et à M. le prince de Ponte-Corvo, et qu'on en donne avis à l'ordonnateur du quartier général.
Varsovie, 28 janvier 1807
ORDRES POUR L'INTENDANT GÉNÉRAL
Il y a aujourd'hui 70 caissons à Varsovie; ils portent 70,000 rations de pain. Il faut en faire partir demain 35 avec 35,000 rations, lesquels se rendront à Sierock, Pultusk et Przasnysz. M. Thévenin, M. l'ordonnateur du quartier général et l'agent en chef des vivres leur feront suivre le quartier général, et il ne sera rien distribué que sur les ordres du major général.
Après-demain, s'il est possible, 25,,000 autres rations partiront.
Les 20 caissons de Pultusk, qui doivent être arrivés aujourd'hui, et les 25 caissons de Sierock, qui doivent aussi être arrivés, partiront seulement chargés de pain.
Les 149 voitures chargées du service des fourrages de la place partiront chargées d'eau-de-vie. Cela me sera très-favorable.
Il faut donc bien recommander à l'ordonnateur général et à M. Thévenin de n'en disposer que par mon ordre ou celui du major général.
S'il arrive qu'on ne puisse pas envoyer du pain, pour ne pas trop retarder l'envoi des charrettes, il faut envoyer des farines; mais il faut remuer et mélanger d'avance ici les farines de Glogau avant de les envoyer.
Il faut une correspondance très-active entre l'agent des vivres et l'ordonnateur du quartier général.
Toutes les fois que des caissons des corps d'armée viendront à Varsovie prendre des vivres, si l'on n'a pas de pain, il faut leur donner des farines; jamais de blé, même de l'eau-de-vie. Jamais les retenir plus d'un jour.
A Pultusk, on fait 30,000 rations par jour; il faut donc que le maréchal Davout n'envoie plus de caissons ici, et qu'il vive par Pultusk.
Avoir soin d'alimenter la manutention de Sierock, non qu'on prétende s'en servir pour l'armée, mais pour les prisonniers, les malades.
Il faut bien aussi veiller à faire confectionner à Modlin; recommander au commissaire des guerres de ne point s'endormir; il peut leur envoyer le pain qu'il confectionnera au 7e corps.
Il faut que l'ordonnateur du quartier général ait un état bien en règle, ainsi que M. Thévenin.
Enfin les vivres doivent principalement être dirigés sur le quartier général. Le maréchal Lannes, qui est détaché sur la Vistule, en a moins besoin.
Des farines serviront presque aussi bien que du pain.
Varsovie, 28 janvier 1807
A M. Daru
Monsieur l'Intendant général, je vous ai fait donner des ordres pour les mouvements de la compagnie Breidt à l'armée. Mon intention est que, du 30 janvier au 1er février, il n'y ait plus une seule de ses voitures à Varsovie. J'en ai trouvé qui faisaient le service à la manutention pour le transport d'un magasin à un autre. Cela peut-être commode, mais cela nest pas convenable; il faut se servir des traîneaux et des voitures du palais; tout ce qui est français doit être à l'armée.
J'ai trouvé du retard à la manutention, parce que les boulangers prussiens s'étaient révoltés, et ils s'étaient révoltés parce qu'on ne les avait pas payés. Il est absurde qu'un boulanger prussien ne soit pas payé; ce n'était d'ailleurs ici que l'affaire d'un louis. Ces ouvriers se plaignent qu'on leur donne des espèces pour un taux supérieur à leur cours. Quand il s'agit de gens qui ne travaillent que pour de l'argent, il vaudrait beaucoup mieux dépenser 1,000 écus de plus par mois et faire marcher le travail. Vos garde-magasins sont des freluquets.
Varsovie, 28 janvier 1807
Au général Clarke
L'armée sera réunie le 1er février à Willenberg, et marchera à l'ennemi. Comme un corps pourrait être coupé et jeté sur le bas de la Vistule et peut-être plus loin, je vous ai recommandé d'envoyer du monde à Stettin et d'avoir l'œil sur ce qui se passera, afin de pouvoir prévenir le maréchal Mortier, le conseiller, et empêcher l'ennemi non-seulement de passer l'Oder, mais le contenir et retarder sa marche pour que le corps qui le suivrait en queue ait le temps de l'atteindre.
Je vous ai déjà mandé d'envoyer un courrier pour faire avancer le 19e de ligne.
Il y a à Berlin des fusils saxons. Donnez-les de préférence aux détachements de mes troupes qui passent et qui ne sont pas armés; ce n'est qu'à leur défaut que vous devez leur donner des fusils prussiens, en ayant soin que ce soient des fusils de notre calibre. Dans la levée des 6,000 chevaux, 400 sont destinés à ma Garde; comme elle n'en a pas besoin faites-les délivrer aux dragons de ma Garde. Faites-moi connaître quand le dernier détachement de 250 hommes de ce régiment arrivera, et quand il pourra entrer en ligne.
Varsovie, 28 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Mon intention est de lever un corps de chevau-légers polonais, composé de personnes qui, par leur éducation, m'offrent une garantie
suffisante de moralité. Je les payerai, officiers et soldats, comme les chasseurs de ma Garde.
Ce corps sera d'abord composé de quatre compagnies ayant à l'effectif 120 hommes; ce qui fera 480 hommes.
Donnez l'ordre au grand maréchal Duroc, qui reste ici, de s'occuper de la formation de ce corps et de se concerter à cet effet avec
le gouvernement et avec les autres personnes qui peuvent y concourir. On me présentera les sujets pour le colonel. On peut nommer, en attendant, les capitaines, officiers et sous-officiers, et prendre les mesures pour l'armement, l'équipement et la monture.
Donnez également l'ordre au grand maréchal Duroc de se rendre tous les jours à la manutention, de prendre la direction des gendarmes d'élite que je laisse ici et aux environs, de se donner les mêmes soins que prenait le général Savary pour les manutentions et pour assurer les convois sur l'armée; enfin de visiter fréquemment les hôpitaux, les magasins d'habillement et les manutentions.
Ordonnez au général Rapp de prendre, sous les ordres du grand maréchal Duroc, la direction des détails de la formation du nouveau corps dont j'ai parlé ci-dessus.
Varsovie, 28 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Donnez l'ordre au gouverneur de ne plus laisser passer, à dater du 1er février, aucun dépôt, aucun détachement, aucun homme isolé, par le pont de Praga, et de réunir tous ces hommes, tous les détachements arrivant de France ou des hôpitaux, dans cinq casernes. On aura soin de mettre ensemble les hommes de chaque régiment sous les ordres d'un officier, et représentant une compagnie; tous ceux de chaque corps d'armée, sous les ordres d'un officier supérieur, et tout le dépôt général sous les ordres du général Lemarois.
Tous les jours à midi, le général Lemarois passera des revues pour pourvoir à leur habillement, à leur nourriture, à leur organisation provisoire et à leur instruction. Il aura soin que les conscrits aillent quatre à cinq heures par jour à l'exercice.
Le payeur général payera chaque jour leur prêt. On les mettra à l'ordinaire de manière qu'ils ne soient point à charge au pays et qu'ils aient une nourriture saine.
On tiendra dans chaque caserne le nombre de cartouches nécessaire pour pouvoir, en cas d'événements ou de départ, en distribuer cinquante par homme.
Deux fois par semaine, le dimanche et le jeudi, tous les hommes du dépôt se rendront à la place de Saxe, où le général Lemarois passera une revue générale. Il tâchera d'apprendre à ces hommes à se mettre en bataille et à se former en colonne. Ils ne fourniront aucun service.
Après ces revues, le général Lemarois enverra des états avec des notes sur la situation de leur habillement et de leur équipement.
Avant huit jours, il y aura de cette manière 2,000 hommes qui peuvent être nécessaires, soit pour maintenir la ville, soit pour être dirigés sur le Bug.
Le service de la ville sera fait par la légion polonaise; elle est composée de six bataillons, dont deux, qui sont réunis à Lenczyca et à Lowicz, doivent recevoir l'ordre de se rendre ici sur-le-champ; les quatre autres sont à Varsovie.
Le 30, le gouverneur et le prince Joseph Poniatowski les passeront en revue.
Deux bataillons formant 2,000 hommes bien armés et bien habillés, avec cinquante cartouches par homme, se tiendront prêts à partir; ils ne feront aucun service. Ils manœuvreront, chaque jour pendant quatre heures, sur la place de Saxe. On s'oceupera de compléter sur-le-champ leur armement et leur habillement.
Les quatre autres bataillons feront le service de la place, du pont et de Praga.
Chacune des huit redoutes sera occupée par un capitaine polonais et cent hommes qui seront logés dans les maisons voisines; ils fourniront vingt hommes de garde dans chaque redoute.
Un bataillon sera cantonné à Praga et fournira un poste à chaque barrière et an pont.
Le reste demeurera dans la ville et fournira des gardes aux manutentions, aux magasins et aux officiers.
Vous ferez verser demain une somme de 200,000 francs pour la légion polonaise; elle servira à payer la solde de janvier aux officiers, les gratifications de campagne à ceux qui doivent partir, et le prêt à tous les soldats à dater du ler janvier. On réservera ce qui sera nécessaire pour payer la solde de février aux officiers lorsque ce mois sera échu.
La compagnie de canonniers polonais fera le service des pièces qui sont en batterie près du pont de Praga.
La légion polonaise fera fondre 400,000 balles du calibre de ses fusils et fera confectionner sur-le-champ 400,000 cartouches.
Le général Songis prendra les mesures les plus promptes pour avoir au 1er février 100,000 cartouches de ce calibre à délivrer aux bataillons qui doivent se rendre à l'armée. La légion polonaise enverra des officiers à Posen pour faire venir les gibernes et les fusils qui manquent au complet de son armement. Il y a aussi des caisses de tambours à Posen. Donnez ordre à l'intendant, à l'artillerie et au prince Joseph Poniatowski pour que, de concert, ils envoient chercher tous ces objets.
Le prince Joseph Poniatowski et le conseil d'administration prendront des mesures plus expéditives pour employer les fonds existants à habiller les troupes sans délai.
Varsovie, 28 janvier 1807
Au maréchal Berthier
Je vois avec peine que le quartier général ne marche jamais en règle. Aujourd'hui, à deux heures, les employés partaient isolément. Il faut traiter militairement tout ce monde, mettre aux arrêts, en prison, et établir de la discipline. Tous ces messieurs font leur plans et marchent à volonté; ensuite on ne les trouve pas où l'on en a besoin.
Varsovie, 28 janvier 1807
A M. de Lamarche, officier d'ordonnance de l'Empereur
Monsieur Lamarche portera la lettre ci-jointe au grand-duc de Berg, qui est à Przasnysz et Willenberg, et m'attendra là. Il visitera, en attendant mon arrivée, les avant-postes pour être au fait de la position de l'armée.
Varsovie, 28 janvier 1807
Au grand-duc de Berg
Le major général vous aura envoyé l'ordre de mouvement. Le ler février, je compte prendre l'offensive en faisant seulement, ce jour-là, une petite journée. Le maréchal Lannes se porte sur Brok pour culbuter Essen; le maréchal Davout, sur Myszyniec; le maréchal Soult, sur Willenberg; le maréchal Augereau, sur Neidenburg et Janowo; le maréchal Ney, sur Hohenstein, et le prince de Poute-Corvo, sur Osterode, en supposant que l'un et l'autre n'aient point fait de mouvement rétrograde; et vous sentez que, si l'ennemi les avait obligés à une marche rétrograde, cela ne me contrarierait pas. Mon intention est que les divisions d'Hautpoul, Klein et Milhaud, et vos trois brigades de cavalerie légère, soient réunies autour de Willenberg dans la nuit du 31. Il faut qu'aucun mouvement ne se manifeste; qu'on fuie devant les Cosaques, qu'on ne fasse rien qui donne de l'inquiétude à l'ennemi; qu'on ne laisse faire aucun prisonnier, afin de n'être pas prévenu par le bavardage de quelque soldat. Je serai demain à Przasnysz. Toute ma Garde y sera réunie le 30 au soir. La division de dragons du général Beker marche avec le maréchal Lannes. Les divisions Grouchy et Sahuc peuvent rester dans leurs positions actuelles, en me faisant connaître seulement où sont les différents régiments, afin que, si je voulais les réunir, je puisse le faire avec précision. Causez de cela avec le maréchal Soult, et faites-moi connaître ce que l'on sait de la position de l'ennemi, de ses mouvements, ainsi que des ressources du pays de Pultusk à Myszyniec. Il faut que tous les mouvements se fassent avec le moins de bruit possible. Faites-moi connaître s'il y a des pommes de terre à Myszyniec, à Willenberg et en avant.