28 - 31 janvier 1807


Varsovie, 28 janvier 1807

A M. Bongars, officier d'ordonnance de l'Empereur

M. Bongars partira sur-le-champ pour se rendre à Thorn, où il remettra la lettre ci-jointe au maréchal Lefebvre. Si le maréchal n'était pas à Thorn, M. Bongars se rendra à Bromberg; il y fera la visite des magasins. S'il ne va pas à Bromberg, il sera inutile qu'il fasse ce voyage pour cet objet. A Thorn, il visitera la place, les magasins, l'artillerie, les hôpitaux. Il prendra des renseignements sur la situation du corps du maréchal Lefebvre, sur la situation des troupes polonaises, infanterie et cavalerie, régiment par régiment, sur le jour où les différents corps appartenant au corps d'armée du maréchal Lefebvre arriveront, ainsi que la situation du blocus de Graudenz. M. Bongars fera tout cela en vingt-quatre heures; il prendra les dépêches du maréchal Lefebvre et viendra me joindre à Willenberg; il tâchera d'y être arrivé le 2 ou 3 février. Il recueillera sur la route tous les renseignements et accueillera tous les bruits, même populaires, pour m'en rendre compte.


Varsovie, 28 janvier 1807

Au maréchal Lefebvre

Le major général vous a écrit avant-hier, hier et aujourd'hui, pour vous donner différents ordres. Je suis dans la supposition que le ler février, les 2e et 15e légers seront à Thorn; que les douze pièces d'artillerie et les 300,000 cartouches que je vous ai expédiées de Varsovie vous seront arrivées; ce qui, avec la division de cuirassiers Espagne, vous formera un corps de 6,000 Français, dont le premier but doit être de couvrir Thorn. Les Polonais défendront les magasins de Bromberg et contiendront les coureurs de la garnison de Danzig. Il est probable qu'aussitôt que mes opérations auront culbuté l'ennemi, je vous ferai donner l'ordre de vous porter devant Danzig, non plus par la rive gauche de la Vistule, mais par la droite; de sorte que vous arriverez d'abord à Elbing. Quant à la destination du général Ménard, je l'ai changée; voici la direction que je veux qu'il prenne. Je crois que le 2 février il se trouvera en mesure de partir de Stettin, car la brigade de cavalerie légère française et la légion du Nord arriveront ce jour-là même. Ayant ainsi un corps de 10,000 hommes, mon intention est qu'il se dirige en grande marche sur Neu-Stettin. Si je parvenais à couper un corps ennemi et à l'obliger à repasser la Vistule pour se jeter sur Danzig et sur l'Oder, le général Ménard manœuvrerait pour le contenir. Si, au contraire, l'ennemi parvient à faire sa retraite, mon intention est qu'il vienne vis-à-vis Marienwerder, et, selon les circonstances, je lui ordonnerai de passer la Vistule pour se réunir dans cette ville et là former la réserve de la gauche de mon armée, ou se porter sur Danzig par la rive gauche, tandis que vous, vous vous y porteriez par la rive droite. Envoyez-lui donc en toute hâte ces ordres. Les événements qui vont se passer peuvent être de toute espèce de nature. Il faut que vous soyez attentif pour défendre la rive gauche de la Vistule, ou contenir l'ennemi en marchant la gauche appuyée à la Vistule contre lui, si, tourné par mes opérations, il se dirigeait sur Thorn. L'officier d'ordonnance que je vous expédie me fera connaître votre situation. Le 2 février, vous m'expédierez un officier qui se dirigera sur Willenberg, pour me faire connaître votre position dans ladite journée, et ce que vous savez du général Ménard.

Quant à la place de Kolberg, j'ai ordonné en arrière la formation d'une autre division pour l'assiéger.


Varsovie, 29 janvier 1807,10 heures du soir

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l'ordre au parc du génie de partir demain, cinq heures du matin, pour se rendre à Pultusk. Il y aura 7,000 outils. Un officier supérieur du génie, six officiers du génie de différents grades au moins, et au moins 240 sapeurs l'accompagneront. Je vois avec peine que le génie n'a pas un plus grand nombre d'outils et de voitures à faire partir. J'aurais espéré avoir 30,000 outils et un millier de sapeurs. Toutefois faites partir ceux que je viens de vous désigner, et demandez au général Chasseloup une augmentation d'outils et de caissons.

Donnez l'ordre à tous les constructeurs de fours français et maçons de l'armée de partir demain à cinq heures du matin avec le parc génie, et de suivre son mouvement; ils seront sous les ordres de l'ordonnateur qui suivra le quartier général. On m'enverra l'état ce qui partira. Je compte qu'il y aura 40 ouvriers capables de faire quatre ou cinq fours dans vingt-quatre heures. J'attache une grande importance à cela. Vous vous souvenez qu'en Égypte nos fours étaient faits en vingt-quatre heures. Dans les pays riches, cela a été négligé, il faut le rétablir. Des ouvriers du pays feront les fours de Sierock, de Modlin et de Pultusk.

Donnez ordre au maréchal Bessières de faire suivre les trois fours portatifs qu'a la Garde; ils marcheront avec les boulangers de Garde qui les servira. Donnez l'ordre aussi que tous les boulangers de la Garde partent demain pour suivre l'armée, et après-demain quelques brigades pour suivre le quartier général. Quant à la boulangerie de Varsovie, il est absurde de penser qu'on puisse manquer de boulangers dans ce pays. En les payant à un taux fixe par jour et leur donnant une plus-value pour le nombre de fournées qu'ils feront en sus, en les payant exactement et n'épargnant pas les gratifications, on ne manquera pas de boulangers, et ce ne sera pas un objet de 6,000 francs de plus au bout du mois. Donnez donc l'ordre à l'intendant général de renvoyer les boulangers francais à la suite du quartier général. Faites connaître à l'ordonnateur Joinville mes intentions sur les différentes parties de l'administration, afin que, demain au soir, à Pultusk, il puisse me faire connaître si tous mes ordres sont exécutés.


Varsovie, 28 janvier 1807, 10 heures du soir

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, il y a à Sierock 25,000 rations de pain. La Garde est partie avec du pain jusqu'au 31. Donnez ordre que demain matin, à son passage à Sierock, il lui soit distribué 6,000 rations de pain, sur les 25,000 en réserve sur ce point; ce qui fera que ses vivres seront assurés jusqu'au ler février.


Varsovie, 28 janvier 1807, minuit.

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l'ordre au général Lemarois de prendre le commandement d'une d'une mission destinée à garder les bords de la Narew et du Bug.

Ce corps sera composé, 1° de six pièces servies par l'artillerie française et que le général d'artillerie devra lui fournir ici à Varsovie - 2° d'un régiment fort de deux bataillons au complet de 2,000 hommes qui seront pris sur les six bataillons qui composent la légion que commande le prince Poniatowski; 3° de cinq bataillons composés de tous les hommes isolés qui arriveront de France d'ici au 7 ou 8 février, savoir : le ler bataillon, composé des hommes des 1er et 6e corps d'armée; le 2e bataillon, composé d'hommes appartenant au 3e corps; le 3e bataillon, du 4e corps ; le 4e bataillon, du 5e corps, et le 5e bataillon, du 7e corps. Il est possible que ces cinq bataillons offrent bientôt une force de 2,000 hommes.

Cette division ne doit faire aucun service à Varsovie, mais passer tout son temps à son instruction et à perfectionner son organisation.

J'ai donné des ordres pour que le commandant d'artillerie à Varsovie fût autorisé à donner des fusils français aux Français, des fusils polonais aux Polonais, sur l'ordre et le visa du général Lemarois. Le général Lemarois en passera la revue tous les jours à midi; toutes les semaines, il réunira la division sur la place du palais de Saxe et la fera manœuvrer. Il fera payer le prêt tous les cinq jours. Il y aura pour cela un commis du payeur général de la place de Varsovie. Le prêt sera payé, à l'arrivée, pour les cinq jours précédents.

Le général Lemarois aura soin que ces hommes soient bien armés, aient des cartouches, des capotes et des souliers. On donnera aux officiers, du moment qu'ils arriveront, la solde de janvier. Les soldats auront des gamelles et leur ordinaire. Ils ne seront point logés chez l'habitant; ils cantonneront dans les casernes qu'occupait la division Gudin. Il y aura, indépendamment, une compagnie d'artillerie française et une polonaise, avec vingt-quatre pièces d'artillerie non mobiles, pour la défense du pont de Praga, avec quatre bataillons polonais de Poniatowski pour le service de la place et l'escorte dg prisonniers.

Mon intention est que la division du général Lemarois soit mobile et se puisse porter sur mes derrières, si le cas l'exigeait. Il réunira ainsi les détachements de cavalerie en cinq escadrons : un de cuirassiers, deux de dragons, un de chasseurs et un de hussards. Il enverra tous les jours la situation au major général, et tous les cinq jours l'état de l'habillement et de l'armement.

J'ai donné ordre que la gratification de campagne fût donnée aux bataillons polonais de son corps, et que le prêt leur fût assuré.


Varsovie, 29 janvier 1807, à minuit

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, mon intention est que vous donniez ordre au général Ménard qu'aussitôt qu'il aura réuni la brigade de cavalerie légère  française et le corps de Bade, sans même attendre que toute la légion du Nord soit arrivée, il se mette en marche pour se diriger sur  Stettin, où il recevra des ordres du maréchal Lefebvre qui est à Thorn, et qui, selon les circonstances et les événements qui se seront passés, dirigera ses opérations.

Vous le préviendrez qu'il serait possible qu'un corps ennemi fût jeté sur Danzig et poussé sur l'Oder, et qu'alors, par sa position, il le contiendrait et manœuvrerait pour protéger Posen et maintenir ses communications avec la Vistule. Il fera en sorte il qu'au 5 février un de ses officiers soit à Thorn pour pouvoir l'instruire de tout ce qui se sera passé, l'armée marchant tout entière à l'ennemi et manœuvrant pour lui couper plusieurs corps.

Vous ferez connaître au maréchal Lefebvre que, selon la nature des événements qui vont se passer, il se prépare à réunir tout son corps à Marienwerder, sur la rive droite de la Vistule, même le corps du général Ménard, pour se porter ensuite, soit sur Danzig, soit sur la gauche de l'armée; qu'en conséquence le général Ménard n'est plus chargé du blocus de Kolberg, qu'il reçoit ordre de se rendre à Neu-Stettin, qu'il peut lui envoyer directement ledit ordre.

Vous donnerez l'ordre au général Clarke qu'aussitôt que le régiment des fusiliers de la Garde, les deux régiments italiens, les douze pièces de canon qui doivent arriver pour leur service de Magdeburg, mes deux compagnies d'ordonnance et le ler de chasseurs, qui a dû se rendre de Hanovre, seront arrivés à Stettin, il les dirige sur Kolberg, où la division italienne sera suffisante pour le blocus de cette place, et le reste pourra se porter sur Marienwerder.


Varsovie, 28 janvier 1807, minuit

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, écrivez à mon ministre à Dresde pour que le contingent saxon arrive le plus tôt possible à Glogau.


Varsovie, 28 janvier 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, je reçois votre lettre du 22 janvier. J'imagine que Bertrand est sur son retour; qu'il se presse de revenir, j'ai besoin de lui. J'ai vu avec plaisir que 11,000 quintaux de farine sont partis de Breslau. Expédiez-nous  11,000 bœufs. J'ai vu aussi avec plaisir que vous aviez expédié de l'eau-de-vie de vin. Je fais donner des ordres au gouvernement pour qu'il ne soit fait aucune excursion sur la Silésie, que vous occupez. Écrivez-en à Kalisz. Actuellement mon plus pressant besoin est les munitions de guerre. Faites partir, vingt-quatre heures après la réception de cette lettre, un million de cartouches pour Varsovie, et 500,000 propres aux fusils polonais, c'est-à-dire dont la balle est plus petite; il doit y en avoir à Breslau et à Brieg, parce que les prussiens avaient deux calibres. J'ai donné des fusils du petit calibre aux Polonais. Faites partir aussi les cartouches à balles et à boulets, et les munitions de guerre qu'aurait demandées le général d'artillerie, pour approvisionner les quatre-vingts pièces de canon prises aux Russes. Vous pouvez expédier plus tard les canons qu'il a demandés. Mais ces 1,500,000 cartouches et 5 ou 6,000 coups de canon du calibre indiqué par le général d'artillerie me sont absolument nécessaires. Dirigez, de Brieg sur Varsovie, 500,000 cartouches et un ou deux milliers de coups de canon. Enfin faites faire sur-le-champ trois millions de cartouches à Breslau. Je crois avoir vu dans vos états que vous avez trois millions de balles. Faites-en faire un million à Brieg. Ces quatre millions de cartouches sont nécessaires pour réparer les pertes que l'on va faire; car je passe cette nuit la Vistule, et j'entre en campagne. La bonne saison m'a décidé à en profiter pour culbuter l'ennemi, qui vient de recevoir un renfort de 110,000 hommes.

Le grand maréchal Duroc reste à Varsovie; il vous écrira fréquemment. Il est bon que vous ayez à Varsovie un de vos aides de camp qui viendra vous instruire des nouvelles qu'on y recevrait. Il faut préparer vos ordres, pour que, si les événements le rendaient nécessaire, la moitié de votre corps pût se porter promptement sur Varsovie. L'autre moitié restera pour garder Breslau et Brieg. J'espère, comme vous pensez bien, n'avoir pas besoin de cette ressource. 1Le 6e et le 14e régiment bavarois et le 5e bataillon d'infanterie légère bavarois doivent vous avoir joint. Il s'est commis beaucoup de désordres dans l'envoi des prisonniers de la garnison de Breslau; le quart n'a pas passé Glogau; le reste s'est échappé. C'est un véritable malheur, parce qu'il est à craindre qu'un jour ou l'autre ces gens ne se lèvent contre nous.


Varsovie, 28 janvier 1807, minuit

Au maréchal Davout

Mon Cousin, vous devez avoir reçu les ordres pour vos mouvements. J'imagine que vous avez fait remettre le pont de Pultusk en état. S'il en était autrement, faites-le rétablir sur-le-champ et donnez tous les ordres pour le maintenir.


Varsovie, 28 janvier 1807, minuit

Au maréchal Mortier

Mon Cousin, le 1er février je prends l'offensive pour jeter l'ennemi derrière le Niémen. Il serait possible qu'une colonne de 15 à 20,000 hommes fût coupée et jetée du côté de Danzig et Stettin; elle serait poursuivie par le maréchal Lefebvre. Ce cas arrivant, vous ne laisseriez devant Stralsund que les troupes nécessaires, et avec le reste de votre corps vous vous porteriez sur Stettin; vous prendriez sous votre commandement la division italienne et le régiment de fusiliers de ma Garde, qui s'y trouvent, et vous marcheriez à l'ennemi pour le jeter sur la Vistule. Cette supposition est trop hypothétique; l'ennemi, trop instruit par les événements passés, montrera trop de circonspection pour cela. Toutefois il est nécessaire que vous ayez l'œil sur tout ce qui pourra se passer sur le bas de la Vistule dans les dix premiers jours de février, afin que vous puissiez prendre conseil des circonstances et concourir à attaquer l'ennemi ou à défendre l'Oder.


Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j'ai reçu votre lettre du 18. J'ai levé mes cantonnements pour profiter d'une belle gelée et du beau temps qu'il fait pour jeter les Russes au delà du Niémen. Le thermomètre se maintient depuis quelques jours entre deux on trois degrés. Les chemins sont superbes.

Je désire que l'Impératrice se doute le moins possible de cela, pour lui éviter des inquiétudes.


Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, vous vous rendrez au Sénat. Vous y ferez lire le message et le rapport du ministre des relations extérieures. Vous ferez paraître le lendemain ces pièces dans le Moniteur. Vous ferez ensuite mettre les traités au Bulletin des lois, pour qu'ils soient promulgués selon l'usage.

MESSAGE AU SÉNAT

Camp impérial de Varsovie, 29 janvier 1807.

Sénateurs, nous avons ordonné à notre ministre des relations extérieures de vous communiquer les traités que nous avons faits avec le roi de Saxe et avec les différents princes souverains de cette Maison.

La nation saxonne avait perdu son indépendance le 14 octobre 1756; elle l'a recouvrée le 14 octobre 1806. Après cinquante années, la Saxe, garantie par la traité de Posen, a cessé d'être province prussienne.

Le duc de Saxe-Weimar, sans déclaration préalable, a embrassé la cause de nos ennemis. Son sort devait servir de règle aux petits princes, qui, sans être liés par des lois fondamentales, se mêlent des querelles des grandes nations. Mais nous avons cédé au désir de voir notre réconciliation avec la Maison de Saxe entière et sans mé1ange.

Le prince de Saxe-Cobourg est mort; son fils se trouvant dans le camp de nos ennemis, nous avons fait mettre le séquestre sur sa principauté.

Nous avons aussi ordonné que le rapport de notre ministre des relations extérieures sur les dangers de la Porte Ottomane fût mis sous vos yeux. Témoin, dès les premiers temps de notre jeunesse, de tous les maux que produit la guerre, notre bonheur, notre gloire, notre ambition, nous les avons placés dans les conquêtes et les travaux de la paix. Mais la force des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons mérite notre principale sollicitude. Il a fallu quinze ans de victoires pour donner à la France des équivalents de ce partage de la Pologne qu'une seule campagne faite en 1712 aurait empêché. Eh ! qui pourrait calculer la durée des guerres, le nombre de campagnes qu'il faudrait faire un jour pour réparer les malheurs qui résulteraient de la perte de l'empire de Constantinople, si l'amour d'un lâche repos et les délices de la grande ville l'emportaient sur les conseils d'une sage prévoyance ? Nous laisserions à nos neveux un long héritage de guerres et de malheurs. La tiare grecque relevée et triomphante depuis la Baltique jusqu'à la Méditerranée, on verrait, de nos jours, nos provinces attaquées par une nuée de fanatiques et de barbares. Et si, dans cette lutte trop tardive, l'Europe civilisée venait à périr, notre coupable indifférence exciterait justement les plaintes de la postérité et serait un titre d'opprobre dans l'histoire.

L'empereur de Perse, tourmenté dans l'intérieur de ses États, comme le fut pendant soixante ans la Pologne, comme l'est depuis vingt ans la Turquie, par la politique du cabinet de Saint-Pétersbourg, est animé des mêmes sentiments que la Porte, a pris les mêmes résolutions, et marche en personne sur le Caucase pour défendre ses frontières.

Mais déjà l'ambition de nos ennemis a été confondue : leur armée a été défaite à Pultusk et à Golymin, et leurs bataillons épouvantés fuient au loin à l'aspect de nos aigles.

Dans de pareilles positions, la paix, pour être sûre pour nous, doit garantir l'indépendance entière de ces deux grands empires. Et si, par l'injustice et l'ambition démesurée de nos ennemis, la guerre doit se continuer encore, nos peuples se montreront constamment dignes, par leur énergie, par leur amour de notre personne, des hautes destinées qui couronneront tous nos travaux; et alors seulement une paix stable et longue fera succéder, pour nos peuples, à ces jours de gloire, des jours heureux et paisibles.


Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Lebrun

Je reçois votre lettre du 17 janvier. Je vous remercie de tout ce que vous me dites. Je connais tout votre attachement pour moi et j'en fais grand cas. Que faites-vous à Paris ? Je n'entends pas dire que vous ayez donné un petit bal dans le carnaval.


Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Gaudin

Je reçois votre lettre du 18. J'approuve fort ce que vous avez fait, relativement à vos affaires. Je dois tant à votre bonne administration, qu'il est tout simple que je vienne à votre secours dans cette circonstance. J'ordonne donc, par le billet ci-joint, à M. Bérenger de vous remettre 300,000 francs sur les fonds qui appartiennent à la Grande Armée. Je régulariserai cela sur la liste civile. Voyez-y une preuve de ma satisfaction de vos services.


Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Mollien

Monsieur Mollien, envoyez en toute diligence à Naples ce qui reste de mon trésor à Turin. Je n'ai pas présent à l'idée ce à quoi cela se monte, mais je pense qu'il doit y avoir un million.


Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 19. Je ne serais pas étonné que les Anglais cherchassent à jeter quelques brigands dans la Vendée. J'espère que, dans tous les cas, vous y mettrez bon ordre.


Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Fouché

Je vois avec plaisir l'esprit belliqueux qui anime la jeunesse de Paris. Secondez cela par tous les moyens.

Je vois, dans votre rapport du 16, un article Ouest qui me paraît assez précis. Si cela est ainsi, voyez le maréchal Moncey pour diriger 400 gendarmes à pied de ce côté, en les prenant dans les réserves des légions voisines, qui sont tranquilles.


Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Talleyrand, à Varsovie

Monsieur le Prince de Bénévent, j'ai donné ordre à mon ministre de la marine de préparer deux frégates pour envoyer dans le golfe Persique. Elles prendront à bord un agent qui sera porteur d'une lettre de moi pour l'empereur de Perse, et qui résidera près de lui. Deux ou trois mois après , ces frégates reviendront reprendre cet agent pour le ramener en France. Je désire que vous ne rédigiez les instructions de cet agent et un projet de lettre pour l'empereur de Perse; cela est pressant.


Varsovie, 29 janvier 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez à M. Sebastiani que j'ai donné l'ordre au général Marmont d'aider les pachas qui l'entourent en munitions de guerre et en secours de toute espèce, mais que je ne désire point que mes troupes puissent s'éloigner de plus de deux lieues de la Dalmatie, sans m'en être entendu avec la Porte; et que je ne suis pas éloigné d'envoyer aujourd'hui 25,000 hommes sur le Danube, si la Porte le demande. Écrivez-lui qu'il y a un fort près de Raguse dont l'occupation par mes troupes serait fort utile pour la défense de Raguse. On pourrait s'arranger, et la garnison turque pourrait y rester mi-partie avec les troupes françaises. Ce fort est peu de chose, mais il est important par sa position. Si la Porte veut, je lui enverrai 6 vaisseaux de ligne, qui navigueraient dans la mer Noire avec la flotte turque, et seraient ensemble les maîtres de cette mer. Mais je ne puis envoyer ces 6 vaisseaux qu'en les faisant échapper; il faut donc que cela soit tenu très-secret, et c'est une affaire à traiter avec le Sultan lui-même. L'habileté de mes marins m'assurerait la supériorité sur les Russes, ces vaisseaux étant soutenus par 12 ou 15 vaisseaux turcs. J'y embarquerais quelques compagnies d'artillerie pour aider à la défense du Bosphore, si cela convient et ne donne point d'alarmes.


Varsovie, 29 janvier 1807

Au duc de Saxe-Weimar

Mon Cousin, en rétablissant la paix entre nous, j'ai désiré vous donner des gages durables de mon amitié, et vos États ont été admis dans la Confédération du Rhin. Vous reconnaîtrez dans cette mesure l'intention où je suis de protéger toujours vos intérêts, et la part que je prends à votre prospérité. Je prie Votre Altesse Sérénissime d'en recevoir les nouvelles assurances, ainsi que celles de mon attachement et de mon estime.


Varsovie, 29 janvier 1807

Au duc de Saxe-Hildbourghausen

Mon Cousin, les liens d'amitié qui subsistaient entre nous étant encore devenus plus intimes par l'effet du traité qui vous admet dans la Confédération du Rhin, je saisirai avec plaisir toutes les occasions de vous convaincre du sincère intérêt que je prends à votre bonheur et à celui de vos États. Votre lettre du 27 décembre me fait espérer que, dans d'autres temps, je pourrai vous voir; j'aime tous les projets qui peuvent vous rapprocher de moi, et Votre Altesse Sérénissime me trouvera toujours disposé à lui renouveler les témoignage de mon affection et de mon estime.


Camp impérial de Varsovie, 29 janvier 1807

DÉCRET

ARTICLE 1er. - A dater du 1er février prochain, tous les revenus de la Pologne conquise sur le roi de Prusse, tant échus qu'à échoir, seront perçus par les soins de la Commission de gouvernement et versés dans ses caisses.
ART. 2. - Ces revenus seront employés à l'entretien et à la solde de l'armée polonaise, à la formation des magasins ordonnés par notre décret du 13 décembre dernier, aux dépenses de l'administration générale et au payement des employés.
ART. 3. - Les préposés du receveur général cesseront leurs fonctions à dater dudit jour ler février, et les intendants reviendront au quartier général.
ART. 4. - Notre intendant général fera à la Commission de gouvernement un prêt de la somme d'un million.
Cette somme sera payée de la manière suivante :

1° 200,000 francs seront payés à Varsovie dans le jour conformément à notre ordre en date d'hier;
2° 200,000 francs seront versés à Posen avant le 10 février;
Ces 400,000 francs seront employés, par les soins du directeur de la guerre, à la solde et à l'entretien de l'armée polonaise pour le mois de février;
3° 200,000 francs seront payés à Berlin, avant le 15 février, à l'agent qui sera préposé par la Commission de gouvernement;
4° 400,000 francs seront payés, dans le courant du mois de mars, savoir: 200,000 francs à Breslau, 100,000 francs à Varsovie, et 100,000 francs à Posen, entre les mains des agents préposés à cet effet par la Commission de gouvernement.

ART. 5. -Notre major général, ministre de la guerre, ordonnancera ladite somme d'un million pour dépenses extraordinaires.
ART. 6. - Notre major général, ministre de la guerre, et notre intendant général, sont chargés de l'exécution du présent décret.


Varsovie, 29 janvier 1807

Au général Songis

Monsieur le Général Songis, je vois avec peine que mon parc est réduit à 900 chevaux, ce qui ne fait que 180 voitures. Il est indispensable que, sur les 180 voitures, vous rendiez mobiles tous les caissons d'infanterie. 100 voitures portent, je crois, 1,600,000 cartouches; que cela soit mobile, le 7 à Lenczyca et à Varsovie. Les 80 autres voitures peuvent porter 6 ou 7,000 coups de canon. Je compte donc avoir mobiles 6 on 7,000 coups de canon de différents calibres et 1,600,000 cartouches. Faites-moi connaître dans quelle proportion cela sera à Lenczyca et à Varsovie, au 6 février, pour que je puisse donner des ordres pour leur direction. Le 10e bataillon du train arrive. Les chevaux se lèvent de tous côtés. Arrangez-vous pour que j'aie, au parc mobile, 3 ou 400 voitures.


Varsovie, 29 janvier 1807

Au général Marmont, commandant en chef de l'armée de Dalmatie

Sa Majesté a appris avec peine, Général, la prise de l'île de Curzola; la garnison vient de débarquer dans le royaume de Naples. Faites redemander le commandant de Curzola, et faites-en un bon exemple, s'il est coupable.

Sa Majesté part cette nuit pour rejoindre l'avant-garde de son armée et chasser les Russes au delà du Niemen. L'infanterie russe ne vaut pas la nôtre, et, dans les affaires qu'il y a eu, il n'y a pas d'exemple qu'elle nous a fait ployer.

Un courrier parti de Constantinople le 2 janvier arrive à Varsovie. Le 30 décembre, la Porte avait déclaré solennellement la guerre à la Russie, et, le 29, leur ambassadeur était parti avec 5 à 600 personnes, grecques ou autres, attachées à la Russie. Il règne à Constantinople un grand enthousiasme pour la guerre.

L'armée ennemie du général Michelson, forte de 30,000 hommes, avait 10,000 hommes à Bucarest; les Turcs avaient 15,000 hommes. Il y a eu quelques escarmouches de peu de conséquence. Vingt régiments de janissaires sont partis de Constantinople; on annonce que vingt autres sont partis d'Asie pour passer en Europe. Déjà près de 60,000 hommes étaient réunis à Rasow; Passwan-Oglou en a 20,000.

Le courrier dit que dans toute la Turquie on déploie la meilleure volonté. Vous connaissez, Général, les Turcs de l'Asie, mais ceux d'Europe sont meilleurs; ils sont plus accoutumés au genre de guerre d'Europe, et ils ont souvent eu des succès. Il est possible que l'armée de Michelson arrive au Danube; mais le passera-t-elle ? On ne doit pas le croire.

L'intention de l'Empereur, Général, est que vous envoyiez cinq officiers du génie et autant d'artillerie à Constantinople. Vous écrirez au pacha de Bosnie, à celui de Scutari, qu'ils vous envoient des firmans que ces officiers sont arrivés.

Envoyez des officiers d'état-major aux pachas de Bosnie et de Bulgarie, et aidez-les de tous vos moyens, comme conseils, officiers approvisionnements et munitions dont vous pouvez disposer. Il sera possible que la Porte demandât un corps de troupes, et ce corps ne peut avoir qu'un objet, celui de garnir le Danube.

L'Empereur n'est pas très-éloigné de vous envoyer 25,000 hommes sur Widdin, et alors vous rentreriez dans le système de la Grande Armée, puisque vous en feriez l'extrême droite; et 25,000 Français qui soutiendraient 60,000 Turcs obligeraient les Russes, non pas à laisser 30,000 hommes, comme ils l'ont fait, mais à y envoyer une armée du double; ce qui ferait une grande diversion pour la Grande Armée de l'Empereur. Mais tout cela n'est encore qu'hypothétique.

Ce que vous pouvez faire dans ce moment, Général, c'est d'envoyer vingt ou trente officiers, si les pachas vous les demandent; mais ne donnez point de troupes, à moins que cela ne soit quelques détachements, à cinq à six lieues des frontières pour favoriser quelques expéditions.

Sa Majesté me charge de vous dire que vous pouvez compter sur les Turcs comme sur de véritables alliés, et vous êtes autorisé à leur fournir ce que vous pourriez en cartouches, canons, poudre, etc., s'ils vous le demandent.

Un ambassadeur de Perse et un de Constantinople se rendent à Varsovie, et, quand vous recevrez cette lettre, ils seront déjà arrivés à Vienne. Ces deux grands empires sont de cœur attachés à la France, parce que la France seule peut les soutenir contre les entreprises ambitieuses des Russes. Dans cette grande circonstance, les Anglais hésitent et paraissent vouloir rester en paix avec la Porte. Cette dernière puissance s'est servie pour cela de la menace de transporter 40,000 hommes jusqu'aux portes d'Ispahan, et nos relations sont telles avec la Perse, que nous nous porterions sur l'Indus; ce qui était chimérique autrefois devient assez simple dans ce moment, où l'Empereur reçoit fréquemment des lettres des sultans, non des lettres d'emphase et trompeuses, mais dans le véritable style de crainte contre la puissance des Russes et portant une grande confiance dans la protection de l'Empire français.

Vous devez publier que vous n'attendez que les firmans de la Porte pour passer sur le Danube et marcher à la rencontre des Russes. Il sera utile que cela se redise dans le pays; cela intimidera les Russes, qui, soldats et officiers, craignent les armées francaises.

Telle est la situation des affaires.

Envoyez des officiers au général Sebastiani pour correspondre avec lui. L'éloignement de la Dalmatie à Varsovie est tel, que vous devez beaucoup prendre sur vous. Bien entendu que les détachements français ne s'éloigneraient jamais à plus de deux lieues au delà des frontières.

L'Empereur a ordonné au général Andréossy d'envoyer à Widdin un officier de son ambassade, pour servir de correspondance intermédiaire avec Constantinople; mais cela n'empêche pas que vous envoyiez de votre côté. Quand vous lirez cette lettre, il est probable que l'Empereur sera maître de Königsberg, de Grodno et de tout le cours du Niémen.

Il y a un fort près de Raguse qui paraît influer sur la défense de cette place, et il est possible que le général Sebastiani obtienne qu'il soit remis entre nos mains; écrivez-lui à cet égard.

Jusqu'à cette heure nous paraissons toujours assez bien avec l'Autriche, qui paraît comprendre qu'elle a beaucoup à gagner avec France et à perdre avec les Russes. Les Autrichiens craignent les Français, mais ils craignent aussi les Russes. Il paraît qu'ils ont vu d'un mauvais oeil l'occupation de la Valachie et de la Moldavie.

Il est bon que des officiers français parcourent les différentes provinces de la Turquie. Ils feront connaître tout le bien que l'Empereur veut au Grand Seigneur; cela servira à exalter les têtes, et vous obtiendrez des renseignements utiles, et que vous me transmettrez.

En deux mots, Général, l'Empereur est aujourd'hui ami sincère de la Turquie, et ne désire que lui faire du bien; conduisez-vous donc en conséquence.

L'Empereur regarde comme l'événement le plus heureux, de notre position, celui de la déclaration de guerre de la Turquie à la Russie; car déjà des recrues destinées pour l'armée qui nous opposée ont été envoyées à l'armée de Michelson. Le Bosphore aujourd'hui fermé, l'escadre de Corfou, par cela seul, cesse d'être redoutable. L'Empereur a un bon agent à Janina; écrivez-lui. Sa Majesté remarque que vous ne vous entremettez pas assez dans les affaires des pachas de Bulgarie, de Bosnie et de Scutari, avec lesquels vous devez fréquemment correspondre.

Le maréchal Berthier, par ordre de l'Empereur.


Varsovie, 29 janvier 1807

Au roi de Naples

La Turquie a déclaré la guerre à la Russie, comme vous le verrez dans le bulletin. Un Tartare, parti de Constantinople le 2 janvier, m'apporte les meilleures nouvelles de ce pays. 

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Un million vous est envoyé de Turin. Ma santé n'a jamais été si bonne, tellement que je suis devenu plus galant que par le passé.


Varsovie, 29 janvier 1807

Au roi de Hollande

Vous ferez partir pour l'Angleterre le Tartare de Constantinople que je vous envoie. Vous pourrez faire imprimer le 55e bulletin que
vous recevrez avec cette lettre. Les nouvelles de Constantinople sont certaines. Cela ne laisse pas que d'être une bonne diversion pour la
Russie.


Varsovie, 29 janvier 1807

55e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Voici les détails du combat de Mohrungen :

Le maréchal prince de Ponte-Corvo arriva à Mohrungen avec la division Drouet, le 25 de ce mois, à onze heures du matin, au moment où le général de brigade Pacthod était attaqué par l'ennemi.

Le maréchal prince de Ponte-Corvo fit attaquer sur-le-champ le village de Pfarrersfeldchen par un bataillon du 9e d'infanterie légère. Ce village était défendu par trois bataillons russes, que l'ennemi fit soutenir par trois autres bataillons. Le prince de Ponte-Corvo fit aussi marcher deux autres bataillons pour appuyer celui du 9e. La mêlée fut très-vive; l'aigle du 9e régiment d'infanterie légère fut enlevée par l'ennemi; mais, à l'aspect de cet affront dont ce brave régiment allait être couvert pour toujours, et que ni la victoire ni la gloire acquise dans cent combats n'auraient lavé, les soldats, animés d'une ardeur inconcevable, se précipitent sur l'ennemi, le mettent en déroute et ressaisissent leur aigle.

Cependant la ligne française, composée du 8e de ligne, du 27e d'infanterie légère et du 91e, était formée. Elle aborde la ligne russe, qui avait pris position sur un rideau. La fusillade devient vive et à bout portant.

A l'instant même le général Dupont débouchait de la route de Hollande avec les 32e et 96e régiments. Il tourna la droite de l'ennemi. Un bataillon du 32e régiment se précipita sur les Russes avec l'impétuosité ordinaire à ce corps; il les mit en désordre et leur tua beaucoup de monde. Il ne fit de prisonniers que les hommes qui étaient dans les maisons. L'ennemi a été poursuivi pendant deux lieues. La nuit a empêché de continuer la poursuite. Les comtes Pahlen et Gallitzin commandaient les Pusses. Ils ont perdu 300 hommes faits prisonniers, 1,200 hommes laissés sur le champ de bataille et plusieurs obusiers. Nous avons eu 100 tués et 400 blessés.

Le général de brigade Laplanche s'est fait distinguer. Le 19e de dragons a fait une belle charge sur l'infanterie russe. Ce qui est à remarquer, ce n'est pas seulement la bonne conduite des soldats et l'habileté des généraux, mais la rapidité avec laquelle les corps ont levé leurs cantonnements et fait une marche de nuit très-forte pour toutes autres troupes, sans qu'il manquât un seul homme sur le champ de bataille. Voilà ce qui distingue éminemment des soldat qui ne sont mus que par l'honneur.

Un Tartare vient d'arriver de Constantinople, d'où il est parti le 1er janvier; il est expédié à Londres par la Porte. Le 30 décembre, la guerre contre la Russie avait été solennellement proclamée. La pelisse et l'épée avaient été envoyées au grand vizir. Vingt-huit régiment de janissaires étaient partis de Constantinople; plusieurs autres passaient d'Asie en Europe. L'ambassadeur de Russie, toutes les personnes de sa légation, tous les Russes qui se trouvaient dans cette résidence, et tous les Grecs attachés à leur parti, au nombre de 7 à  800, avaient quitté Constantinople le 29. Le ministre d'Angleterre et les deux vaisseaux anglais restaient spectateurs des événements ou paraissaient attendre les ordres de leur gouvernement.

Le Tartare était passé à Widdin le 15 janvier. Il avait trouvé les routes couvertes de troupes qui marchaient avec gaieté contre leur éternel ennemi : 60,000 hommes étaient déjà à Rustchuk , et 25,000 hommes d'avant-garde se trouvaient entre cette ville et Bucarest. Les Russes s'étaient arrêtés à Bucarest, qu'ils avaient fait occuper par une avant-garde de 15,000 hommes.

Le prince Soutzo a été déclaré hospodar de Valachie. Le prince Vpsilanti a été proclamé traître, et l'on a mis sa tête à prix.

Le Tartare a rencontré l'ambassadeur persan à moitié chemin de Constantinople à Widdin, et l'ambassadeur extraordinaire de la Porte au delà de cette dernière ville.

Les victoires de Pultusk et Golymin étaient déjà connues dans l'empire ottoman; le courrier tartare en a entendu le récit de la bouche des Turcs avant d'arriver à Widdin.

Le froid se soutient entre deux et trois degrés au-dessous de zéro. C'est le temps le plus favorable pour l'armée.


Varsovie, 30 janvier 1807, 5 heures du matin

Au général Marmont

Monsieur le Général Marmont, au moment où je monte à cheval, cinq heures du matin, je reçois votre lettre du 13 janvier. Je vous ai fait connaître hier mes intentions par le canal du major général. Écrivez dans ce sens à Sebastiani en lui envoyant un aide de camp. Je lui fais écrire également par le ministre des relations extérieures. Si la Porte veut des troupes, elle n'a qu'à le dire, je lui en fournirai, mais il faut que les traités pour la solde et les opérations soient signés d'avance. Je vous ai autorisé à envoyer des détachements à une ou deux lieues de mes frontières, si les Turcs le demandent. C'est dans ce sens que vous devez vous en expliquer avec le pacha et le général de Bosnie. Je vous ai mandé d'envoyer à Widdin, afin d'être promptement informé de ce qui se passe sur le Danube et même de ce qui se passera ici; les nouvelles des événements de l'armée arrivent très-promptement à Widdin. Il est peut-être dans la nature des choses que vous veniez joindre la Grande Armée par la droite. Trouverez-vous des chevaux d'attelage d'artillerie à acheter en Bosnie ? Je pense que l'éloignement des Russes vous aura mis à même de reprendre Curzola et les autres îles, ne serait-ce que pour leur faire un affront.

Aussitôt que vous aurez des nouvelles de Constantinople, expédiez-les ici. Il me semble que la route la plus courte est par Vienne et la Galicie. Il n'y a point de danger à prendre cette route. 


Varsovie, 30 janvier 1807

A L'ARMÉE

Soldats, l'armée russe, battue au passage de la Wkra, aux combats de Czarnowo, de Nasielsk, de Lopaczin, de Pultusk, de Golymin, n'a échappé qu'à la faveur des boues qui ont empêché la marche de nos colonnes. Partie de ses hôpitaux et blessés, 8,000 prisonniers, 80 pièces de canon, plusieurs drapeaux, sont nos trophées et attestent votre valeur.

J'espérais que ces nouveaux revers éclaireraient leur politique, et que, convaincus de l'impuissance de leurs efforts contre nous, ils renonceraient à leurs vues ambitieuses sur Constantinople, mais ils sont entraînés par la fatalité qui constamment égare les conseils de nos ennemis.

Ils entrent en Turquie et déclarent la guerre à la Porte, au moment même où nous arrivons sur leurs frontières. Les premiers ils lèvent leurs quartiers d'hiver, et viennent inquiéter leurs vainqueurs pour éprouver de nouvelles défaites. Puisqu'il en est ainsi, sortons d'un repos qui ferait tort à notre réputation; qu'ils fuient épouvantés devant nos aigles au delà du Niémen ! Nous passerons le reste de notre hiver dans les beaux pays de la vieille Prusse, et ils ne pourront attribuer qu'à eux-mêmes les malheurs qu'ils éprouveront.

Quatre régiments français du premier corps de la Grande Armée viennent, à l'extrémité de la gauche, de mettre en déroute 14,000 hommes. Depuis quand les vaincus ont-ils le droit de choisir les plus beaux pays pour leurs quartiers d'hiver ? Les glaces ont rendu tous les chemins praticables.

Soldats, au milieu des frimas de l'hiver comme au commencement de l'automne, au delà de la Vistule comme au delà du Danube, sur les bords du Niémen comme sur ceux de la Saale, vous serez toujours les soldats français de la Grande Armée.

Je dirigerai moi-même tous vos mouvements; vous ferez tout ce que l'honneur vous commande; et, s'ils osent tenir devant nous, peu échapperont.


Pultusk, 30 janvier 1807

ORDRES POUR LE MARÉCHAL BERTHIER

Le commandement du général Baville s'étendra jusqu'à l'embouchure de la Wkra dans la Narew; ainsi le poste de Sierock sera sous ses ordres. Il donnera des ordres et prendra des mesures pour qu'on travaille à la tête de pont de Pultusk.

Il fera moudre la plus grande quantité de blé possible; il fera mélanger et bluter les farines de Glogau, afin qu'en cas d'événements on puisse donner de la farine aux soldats à défaut de pain. Il fera faire la plus grande quantité de pain qu'il pourra.

Le général Baville fera évacuer tous les malades et blessés qui se trouvent aujourd'hui dans la ville, en profitant à cet effet de toutes les voitures qu'on trouvera dans la ville.

Le commandement du général Baville s'étendra aussi dans tout l'arrondissement qui servait à nourrir le corps du maréchal Davout. Il fera faire partout du pain comme si les troupes étaient dans leurs cantonnements.

Il veillera à ce que le pont de Pultusk et le pont de Zegrz soient toujours maintenus, malgré les glaces.

Le major général donnera ordre au général Lemarois de visiter la position de Sierock et le pont de Zegrz. Il donnera ordre que demain matin 1,000 Polonais, sous les ordres d'un colonel, partent de Varsovie pour se rendre : une compagnie de 100 hommes à Nieporent, pour garder les magasins et faire les réquisitions nécessaires pour les montures; deux autres compagnies de 100 hommes chacune à Zegrz, pour la garde du pont. Ces compagnies fourniront les corvées nécessaires pour maintenir le pont en état et escorter des convois. Trois compagnies se rendront à Sierock, également pour la garde des magasins, fourniront des corvées pour les travaux du pont sur pilotis, et seront sous les ordres du commandant de la place. Quatre compagnies se rendront à Pultusk, et seront sous les ordres du général Baville, pour la garde des magasins, etc.

Ces hommes auront les vivres de campagne et recevront le pain et la viande.

Le général Lemarois écrira à Lowicz pour faire venir les dépôts qui s'y trouvent, et établir, le plus tôt possible, 100 Français, avec un officier, soit chef de bataillon, soit capitaine, depuis l'en;bouchure du Bug dans la Narew, à Sierock, jusqu'à la frontière autrichienne. Il établira 300 Français à Sierock, pour garder la Narew et mettre cette partie à l'abri des incursions des Cosaques, si jamais le corps du maréchal Lannes recevait ordre de prendre une autre direction.

Le général Lemarois sera prévenu qu'il entre dans les plans de l'Empereur, après avoir poussé le corps ennemi qui est sur le Bug, de rappeler le 5e corps sur la gauche. Alors les patrouilles de Cosaques et de cavalerie pourraient arriver sur Sierock; il faut donc qu'il y ait à Nieporent un corps de réserve; les deux bataillons polonais doivent faire partie de ce corps. Les six pièces de canons que j'ai mises à sa disposition, et les dépôts qu'il formera, seront destinés à garder Zegrz, Sierock et la partie du cours de la Narew de Sierock à Pultusk; et il se porterait avec une partie de ces forces sur Pultusk, si cela était nécessaire.

Il est nécessaire qu'il se trouve ainsi en position le 2 février. Les détachements de cavalerie qui arrivent tous les jours, il les réunira également à Nieporent et à Sierock, pour surveiller cette rive. Le général Oudinot passera probablement le 2 à Pultusk. Jusqu'à ce moment il n'y aura rien à craindre, parce que cette division ferait halte pour repousser l'ennemi, s'il se présentait; mais, passé cette époque, il n'y aura plus que sa réserve pour garder la Narew et le Bug.

Il y a trois compagnies de sapeurs à Sierock qui travaillent aux fortifications et au pont, et qui, en cas d'événements, pourraient lui servir.

Après avoir fait sa visite, le général Lemarois pourra rester de sa personne à Varsovie, en ayant un adjudant commandant et un aide de camp actif et intelligent à Nieporent. Le général Baville commande à Pultusk et à Sierock, et correspondra avec lui.

Prévenez le général Baville que, s'il se présentait des ennemis dans la presqu'île, il doit correspondre avec le général Lemarois, qui a un corps de réserve pour protéger ces points.

Donnez ordre au quartier général de partir sur-le-champ pour se rendre ce soir à Makow, ce qui le mettra à même d'arriver demain de bonne heure à Przasnysz.


 Przasnysz, 30 janvier 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, il y a à Pultusk des fours en suffisance pour confectionner 18 à 20,000 rations de pain, de la farine en suffisance, puisqu'il y en a pour 200,000 rations; il faut donc considérer ce point comme approvisionné. Il y a à Przasnysz de quoi cuire 15,000 rations par jour; mais les montures sont très-difficiles. Faites partir de Varsovie 500 quintaux de farine, de Glogau ou autre, pour Przasnysz; ce convoi une fois arrivé, Przasnysz pourra fournir soit pour tous les passages, soit pour les mouvements de retraite, 500 quintaux de farine, faisant 50,000 rations, fourniront pour quatre à cinq jours à la manutention de Przasnysz. Je donne ordre d'ailleurs que le convoi de 600 quintaux de farine qui arrive à Pultusk se dirige sur Przasnysz, qui sera alors suffisamment approvisionné, mais il faut y envoyer un commissaire des guerres, vu que celui qui y est appartient au maréchal Soult, qui l'a retiré, comme de raison. Il serait convenable que M. Joinville eût huit ou dix commissaires des guerres à sa disposition.


Przasnysz, 30 janvier 1807,minuit

Au grand-duc de Berg

J'arrive à Przasnysz; la division Grouchy étant partie de Neidenburg le 30, vous l'aurez dans la journée de demain. Je suppose que vous aurez les divisions Klein et d'Hautpoul dans la journée du 1er février. Il n'y a point d'inconvénient que vous envoyiez occuper Ortelsburg demain, afin d'avoir des nouvelles de l'ennemi. S'il n'y en a pas, envoyez une forte reconnaissance à Passenheim, afin de reconnaître les forces que l'ennemi a à Allenstein. Il est probable que vous serez dirigé le ler février, avec le maréchal Soult, sur Passenheim, et que le maréchal Davout se portera sur Ortelsburg. L'ennemi pressant le corps du prince de Ponte-Corvo, il faut serrer le vent, pour qu'il ne puisse pas se relever. On aura des nouvelles dans la nuit.

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Quoique je sois demain à Willenberg avant midi, cela ne doit pas vous empêcher de m'écrire en chemin.


Przasnysz, 30 janvier 1807, minuit

Au maréchal Davout, à Myszynieck

Mon Cousin, j'arrive à Przasnysz; je serai demain à Willenberg. Il est probable que je vous enverrai l'ordre de vous porter sur Ortelsburg le 1er février. Je désire que vous me fassiez connaître ce que l'ennemi a du côté de la tête des lacs de Niedersee.

Le maréchal Soult se trouverait au même moment à Passenheim; vous n'auriez à vous garder que du côté de votre droite.

Le général Gudin est arrivé à Pultusk, et je vais lui envoyer des ordres dans la nuit pour son mouvement ultérieur.

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Je suppose que je recevrai des nouvelles dans la nuit; je vous écrirai avant le jour.


Przasnysz, 30 janvier 1807, minuit

Au général Duroc, à Varsovie

Envoyez-moi ici les aides de camp de Rapp, les vôtres et ceux de Lemarois, hormis un. J'ai détaché Savary de manière qu'il ne reste personne. Pressez Bertrand de venir me joindre. Je suis arrivé ce soir à Przasnysz.


Przasnysz, 31 janvier 1807, 8 heures du matin

Au général Duroc

Faites-moi connaître le jour où sera arrivé le général Oudinot; causez avec lui; qu'il parte de manière à coucher plus loin que Sierock le premier jour, afin d'arriver, le second jour, à Makow. Il faut qu'il envoie ici un aide de camp, afin qu'il m'instruise bien de sa marche et soit à même de recevoir des ordres. Son artillerie, qui est arrivée depuis longtemps, pourrait, le même jour où ce général arrivera à Varsovie, se mettre en marche pour Nieporent. Instruisez-moi du départ de tous les convois. Nansouty est passé, j'espère, le 30, et sera ce soir à Sierock et demain à Makow.


Willenberg, 31 janvier 1801

Au général Duroc

Je suis arrivé à midi à Willenberg. Je n'ai pas encore reçu de courrier de Varsovie; toutes les colonnes sont en marche.

Donnez-moi des nouvelles de tous les mouvements de détachements, colonnes ennemies et amies du côté du Bug.


Willenberg, 31 janvier 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie des lettres que je viens de recevoir à l'heure même. La première fois que je vous verrai, vous me ferez un rapport sur leur contenu. Je suis en marche de tous côtés. Il est probable que sous peu de jours il y aura des événements d'une grande importance.