20 - 22 mai 1808
Bayonne, 20 mai 1808
Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le général Clarke, je reçois vos états de situation de
la quinzaine. Je vois avec peine, dans celui de l'intérieur, qu'on ne porte
pas les conscrits de 1809, de sorte que j'ignore le disponible de chaque régiment.
J'y vois que le 2e léger a 750 hommes présents sous les armes; le 4e léger,
450; le 32e, 560; le 15e, 200; le 32e de ligne, 260; le 18e, 100; la 4e légion de
réserve qui est à Versailles, 600; le 12e de ligne, 350; le 14e, 440. Pourrait-on, en
cas d'événement, former de ces régiments deux bataillons
provisoires composés, l'un de deux compagnies du 2e léger, de deux du 12e léger, d'une du 4e et d'une du
15e, de 150 hommes chacune, ce qui ferait un
bataillon de six compagnies de 900 hommes ? Le second bataillon serait composé
d'une compagnie du 32e régiment de ligne, d'une du 12e, d'une du 14e et de deux
de la 4e légion de réserve, ce qui ferait également 900 hommes. Ce régiment
provisoire, de 1,800 hommes, pourra devenir utile pour Cherbourg et pour le
Havre. Je désire qu'il soit formé seulement sur le papier, et que vous me
fassiez connaître s'il serait composé d'hommes ayant la première teinture
d'instruction, habillés, armés, et du nombre d'officiers et sous-officiers
suffisants. Dans l'état que vous m'avez envoyé des régiments provisoires, il y
a beaucoup d'erreurs. Il est dit, par exemple, que le 13e d'infanterie légère n'a fourni que 600 hommes au corps des
Pyrénées-orientales ou aux régiments
provisoires de l'armée d'Espagne, tandis qu'il a fourni 750 hommes. Il y a
beaucoup d'erreurs de ce genre. Dans l'état intitulé Régiments d'infanterie et
de troupes à cheval par ordre numérique, au 27e régiment d'infanterie légère,
on porte que ce régiment a au ler corps de la Grande Armée, 1,437 hommes. Le
27e léger a au ler corps de la Grande Armée, 2,500 bommes, dont 2,243 présents
et 157 détachés ou malades dans le territoire de l'armée; total, 2,500 hommes. Je
ne sais d'où provient cette erreur. Il y en a beaucoup d'autres de cette espèce,
puisqu'en ouvrant je tombe sur celle-ci : le 26e léger n'est porté que pour
1,841 hommes sur le même état, tandis qu'en réalité ce régiment a 1,940 hommes. Le
24e léger n'est porté à la Grande Armée que pour
1,661 hommes, tandis qu'il en a 1,768. Je suppose donc que, dans les bureaux, on
ne se donne pas la peine de faire des recherches, mais qu'on copie les états les
uns sur les autres. Je dois le croire ainsi, car les états du mois de mai n'ont point de concordance entre eux.
Dans la réserve de Rennes, il n'y a pas de général de brigade pour la cavalerie; cela est pourtant bien nécessaire, vu que ces jeunes gens ont besoin d'être instruits et d'être remués sans cesse.
Bayonne, 20 Mai 1808
Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au delà des Alpes, à Turin
Les comptes que vous me rendez, en forme d'états, doivent être en petits carnets de la grandeur de quatre à six pouces, parce qu'alors je les garde sur ma table. Il faut distinguer sur vos états de situation les conscrits de 1809. Faites-moi connaître les mouvements qui se sont opérés dans vos dépôts. Vous devez avoir dans votre gouvernement : à Turin, les dépôts des 6e, 7e, 37e de ligne et l4e léger; à Plaisance, celui du 10e de ligne; à Verceil, celui du 20e de ligne; à Asti, celui du 29e; à Gênes, ceux du 52e et du 101e; à Savone, celui du 102e; à Mondovi, celui du 23e léger; à Alexandrie, ceux des 2e, 56e et 93e de ligne, et à Parme, celui du 3e léger. Ces dépôts sont-ils arrivés dans votre gouvernement, ou sont-ils annoncés ? Faites-vous remettre par les majors l'état des effets d'habillement qu'ils ont aux anciens dépôts, la quantité de conscrits qu'ils ont à recevoir et celle qu'ils ont déjà reçue , le nombre de conscrits de 1809 arrivés aux nouveaux dépôts et ce qui y est attendu. Vous donnerez l'ordre que les corps qui auraient des conscrits à leur nouveau dépôt et des effets d'habillement à l'ancien fassent marcher des conscrits, en proportion de ces effets d'habillement, sur les anciens dépôts, pour y être habil1és et incorporés dans les 4e bataillons.
Bayonne, 20 mai 1808
A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Je vois dans le rapport du 16 mai, du ministre de la marine, qu'il craint que Porto-Rico et la Havane ne manquent de vivres par l'embargo mis sur les bâtiments américains. D'abord, la Havane peut s'approvisionner par les Florides, et Porto-Rico par le continent espagnol. Faire semer plus de patates et autres objets capables de diminuer la consommation du blé. Engagez le commissaire à expédier des aventuriers chargés de vins, blés et farines.
Bayonne, 20 mai 1808
A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon [ils, je ne vois pas dans votre état de situation du 1er mai les conscrits que chaque corps doit recevoir sur 1809. Vous ne me parlez point encore de la nouvelle organisation. Vous avez déjà dû recevoir une grande quantité de conscrits, mais ils auront été dirigés sur leurs nouveaux dépôts. Par la nouvelle organisation, les 9e, 13e, 55e, 42e, 53e et 84e doivent avoir leurs dépôts à Milan; le 92e à Côme, le 1er léger à Novare. Il serait donc possible que les conscrits eussent été dirigés sur les nouveaux dépôts; mais, comme ces régiments sont dans votre commandement, vous arrangerez cela pour le mieux. Je désirerais que les effets d'habillement voyageassent le moins possible, et que les hommes des nouveaux dépôts fussent envoyés dans les anciens dépôts, ou il y aurait des effets d'habillement; mais il serait bon de faire venir aussi les effets d'habillement aux nouveaux dépôts. Le 1er régiment de ligne a son dépôt à Marseille, le 6e à Turin, le 10e à Plaisance, le 20e à Verceil, le 29e à Astie, le 52e à Gènes, le 202e à Savone, le 14e léger à Turin, le 22e léger à Gênes, et le 23e de ligne à Mandoni. Ces 12 régiments ont 3 bataillons à l'armée de Naples; le 4e bataillon reste pour former la division de Rome, et, dans l'emplacement actuel des dépôts, les 4 compagnies de dépôt de ces régiments se rendront dans les nouveaux emplacements. Je suppose que l'organisation commence à être établie en Italie; alors il faudrait avoir soin de correspondre avec le prince Borghèse, pour que les conscrits, au fur et à mesure de leur arrivée à leurs dépôts, se dirigeassent sur les anciens, pour être habillés et joindre les 4e bataillons. Les dépôts de l'armée de Dalmatie se rendent à Grenoble, à Genève et à Chambéry. Il ne reste à Trévise que les 1er bataillons. L'armée d'Italie se compose donc, aujourd'hui, de 40 bataillons des 10 régiments d'infanterie de l'armée d'Italie et des 10 dépôts, ou 40 compagnies des mêmes régiments, qui restent en Italie; des 8 4e bataillons des 8 régiments de l'armée de Dalmatie, et de 12 4e bataillons de l'armée de Naples, y compris Corfou. L'armée d'Italie se compose donc de 60 bataillons, qui, par l'appel de cette année, doivent se trouver au complet de 540 hommes, c’est-à-dire que l'armée d'Italie se compose d'un effectif de 50,000 hommes d'infanterie, sans comprendre les armées de Dalmatie et de Naples. Je vous ai déjà fait connaître que les 40 bataillons des 10 régiments de l'armée d'Italie doivent former 3 divisions, chacune de 22 bataillons; que les 4 bataillons du 112e, avec les 8 bataillons de l'armée de Dalmatie, formeront une 4e division de 12 bataillons, et que les 12 divisions de l'armée de Naples formeraient une 5e division, chacune d'un effectif de 10,000 hommes. Il est convenu qu'une division va camper à Udine, une à Osopo, et la 5e à Montechiaro ; bien entendu qu'on laissera le 112e à Florence, et le 13e qui en serait retiré en cas de guerre. Et, enfin, les généraux Miollis et Lemarois doivent avoir, pour garder l'État romain, les 12 4e bataillons de l'armée de Naples. Vous pouvez laisser une partie des compagnies de ces 12 bataillons à Bologne, et dans les lieux où elles sont aujourd'hui, et les former successivement et à mesure que les conscrits arriveront. Il serait facile encore de former une 6e division des 4e bataillons du Piémont et de 2 régiments qu'on retirerait de Naples.
(prince Eugène)
Bayonne, 21 mai 1808
A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur de Champagny, vous témoignerez mon mécontentement à mon chargé d'affaires à Stuttgart de l'imprudence qu'il a faite de seconder les demandes du sieur Daru. Vous lui ferez connaître qu'il ne doit jamais adhérer aux demandes qui lui sont faites par les intendants ou les généraux, mais répondre qu'il vous en rend compte et qu'il demande vos ordres, sans lesquels il ne doit rien faire; que les demandes du sieur Daru sont tout à fait contraires à mes intentions; que la cour de Wurtemberg a très-bien répondu, puisque aucun article du traité de la Confédération ne parle en effet de recrutement; que le sieur Daru a été autorisé à recruter quelques hommes dans les pays soumis à la France et régis par des intendants français, mais non à faire aucune demande d'hommes aux princes de la Confédération et à passer des notes diplomatiques. Vous témoignerez, mon extrême mécontentement au sieur Daru sur toutes ces démarches qui n'ont pas de sens, et vous lui écrirez qu'il doit se tenir dans les bornes de ses attributions; que je ne l'ai jamais autorisé à écrire à mes ministres et encore moins à demander des hommes aux princes de la Confédération; que je l'ai chargé de recruter, pour compléter les Bataillons du train, dans les provinces occupées par mes troupes et soumises à ma domination, mais non de faire des démarches en règle et de passer des notes officielles aux cours étrangères, ce qui est de la dernière gravité. Faites, à cette occasion, une circulaire à tous mes ministres et agents à l'étranger pour leur renouveler l'injonction de ne faire aucune démarche diplomatique que d'après mes ordres.
Faites connaître par les journaux la ruse dont se sert l'armateur hollandais.
Bayonne, 21 mai 1808
A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Mon Cousin, je reçois votre lettre du 17 mai. J'approuve la demande que fait le sieur de Lacépède pour l'adoption de son beau-fils. Créez une formule pour cela.
Il n'y a point de difficulté d'accorder les lettres patentes de chevaliers aux conseillers d'État et autres qui justifient du revenu de trois mille francs exigé par la loi. Vous verrez que j'en ai moi-même signé plusieurs pour des individus qui étaient dans ce cas. Je ne suis point d'opinion que les traitements puissent servir de fortune. Mais ceux qui se trouvent dans le cas dont je viens de parler ont facilement une fortune aussi médiocre que celle de 3.000 livres de rentes. Tous les militaires de ma garde qui peuvent faire la même justification doivent obtenir des lettres patentes. Quant aux sommes à restituer, vous sentez bien que je ne descends pas dans de pareils détails.
Je suis d'opinion que les lettres patentes portant institution de majorats doivent être enregistrées et mises au Bulletin des Lois et que l'enregistrement doit être fait sur une simple ampliation.
(Brotonne)
Bayonne, 21 mai 1808
A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris
Je reçois votre lettre du 16 mai. Vous m'y dites : «,je suppose que ces diverses branches d'administratrice ne doivent pas se rattacher aux administrations générales correspondantes en France, que, provisoirement, la Toscane doit continuer à faire un gouvernement séparé. » Voici ma réponse : Tout doit être préparé dans l'année, et, au 1er janvier 1809, la Toscane doit être gouvernée comme l'Italie française; à cette époque elle entrera dans le régime constitutionnel. Jusque-1à, les revenus doivent être mis dans une caisse particulière, dont six millions doivent entrer dans la caisse générale. Il faut tout préparer afin qu'au mois de septembre on me présente des mesures pour que l'administration soit entièrement française à partir du ler janvier 1809.
J'ai reçu de la caisse d'amortissement le dernier état des fonds la Grande Armée Je désire que vous me fassiez connaître où en est la fabrication de tous les papiers relatifs à la ville de Paris, à la vente du canal du Midi, et enfin de tous les bons, soit pour les ...... s pour les décomptes de la caisse d'amortissement.
Bayonne, 21 mai 1808
Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris
Vous trouverez ci-joint un rapport sur Corfou, qui vous fera juge, combien il est nécessaire que vous vous occupiez de cette île. Le général Donzelot porte son budget à un million par mois. Vous avez les états de tout ce qui se trouve dans les Sept Îles; entendez-vous avec le général Dejean pour refaire ce budget ce qu'il doit dire. Il ne faut pas accorder au génie plus de 25,000 francs, à l'artillerie plus de 6,000. Il ne faut accorder aucuns fonds pour les dépenses imprévues et frais de mission. Cela diminuera tout d'un coup le budget du ministère de la guerre de 519,000 francs à 300,000 francs. Ce serait encore bien considérable; mais j'ai peine à penser que les troupes françaises , italiennes et napolitaines puissent coûter 150,000 francs seulement pour la solde. Le calcul exact que vous ferez vous fera connaître si cela est.
Le budget de l'administration de la guerre est susceptible de réductions. Les subsistances à 220,000 francs sont beaucoup trop chères; la marine à 121,000 francs, idem. En prenant les états de situation, vous ferez un budget raisonnable, et vous l'enverrez au général Donzelot. Cela fait, vous séparerez les troupes italiennes des françaises, et tout ce qui est troupes italiennes et napolitaines. Vous enverrez à Naples et à Milan l'état de ce qui doit être payé par ces gouvernements pour la solde de ces troupes, afin qu'ils en fassent passer le montant chaque mois à Otrante.
Vous écrirez au général Donzelot qu'il ne doit pas espérer d'autres ouvriers; qu'il a des calfats dont il peut se servir; que Corfou n'est pas le seul point de France auquel j'aie à penser; qu'il faut donc faire des demandes modérées; qu'avec vingt-cinq ouvriers d'artillerie et cent de la marine, indépendamment des ouvriers qu'on trouve dans une place comme Corfou, on a dix fois ce qu'il faut; que le personnel de l'artillerie est plus que suffisant, puisqu'il a six cents canonniers; qu'il a des pièces de canon en nombre plus que suffisant; qu'il n'a pas besoin de pièces de 36; qu'il a trente-cinq pièces de 24, de 18, ou de 12 françaises; qu'il en a plus de quatre-vingt-dix depuis 4 jusqu'à 11; que les cinquante-neuf pièces qui sont portées à la colonne manquants ne sont pas nécessaires; qu'il a trente et un mortiers de calibre supérieur à 6 pouces, et plus de trente du calibre inférieur, qu'il est donc absurde de demander des mortiers de plus; qu'indépendamment de cela il a prés de cent canons en fer, d'un calibre supérieur à 12, ce qui fait en tout trois cent cinquante pièces en état de servir; c'est le double de ce qu'il faut; que la quantité d'affûts qu'il demande n'est pas nécessaire, mais qu'elle est cependant plus raisonnable; qu'il y en a cent vingt-quatre existant; que les affûts marins sont trés-bons pour la défense des places, en élevant un peu la plate-forme; que les cent quarante-six affûts portés hors de service sont dans le cas d'être réparés; qu'il résulte des états que la situation en poudre est également trés-satisfaisante, puisqu'il y en a de portés sur les états 81,000 kilogrammes, qu'il y en avait 25,000 kilogrammes sur la flûte le Var, et 19,000 kilogrammes appartenant aux Russes, c'est-à-dire 250 milliers, et qu'il y a en outre 650,000 cartouches et 400,000 qui étaient sur le Var, ce qui fait plus d'un million de cartouches; qu'après cet aperçu on voit donc que la situation de l'artillerie est satisfaisante; qu'il faut faire des demandes, mais ne pas alarmer mal à propos; qu'on demande, par exemple, 50,000 kilogrammes de poudre, tandis qu'on en porte 45,000 en sus, non encore vérifiés, dit-on.
Bayonne, 21 mai 1808
Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le général Clarke, vous aurez reçu le décret par lequel je forme une légion de douze bataillons ou de six régiments portugais, qui doit former 10 ou 12,000 hommes. La tête de ces troupes est déjà arrivée à Bayonne; elles vont être cantonnées dans les départements des Hautes et Basses-Pyrénées et du Gers. La cavalerie portugaise actuelle se compose de deux régiments et d'un escadron de chasseurs. Le ler régiment de cavalerie est de 220 hommes montés, le 3e régiment est de 367 hommes, et l'escadron de chasseurs est de 108 hommes; total, 680 hommes montés. L'infanterie actuelle se compose de cinq régiments de ligne et d'un régiment d'infanterie légère. Le ler régiment est de 800 hommes; le 2e, de 700; le 3e de 300; le 4e, de 500; le 5e, de 680 ; et le régiment d'infanterie 1égére de 620 hommes; environ 4,000 hommes. Il y a avec ce corps plusieurs généraux de brigade et de division; le major général vous en enverra l'état. Ces troupes doivent être traitées comme les troupes françaises. J'ai ordonné qu'on envoyât en Portugal cinq officiers et dix sous-officiers par régiment, pour les recruter et les porter au complet fixé par mon décret. Le général qui les commande, et qui est un homme trés-considérable, pense qu'elles seront bientôt portées à 14,000 hommes. Concertez-vous avec le général Dejean sur les mesures à prendre pour l'habillement et l'équipement de ces corps.
Bayonne, 21 mai 1808
Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Le 12 mai, il est parti des bâtiments de Carthagène et de Barcelone portant des ordres à l'escadre de Mahon de se rendre en France. Il faut donner des ordres à Toulon, et dans ceux des ports où elle peut toucher, de lui fournir tout ce dont elle peut avoir besoin et de la mettre en état.
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P. S. Prenez des mesures pour qu'à la Spezia, à Villefranche, au golfe Juan, elle ne soit pas prise par l'ennemi, et qu'à Toulon même on se mette en appareillage pour aller à son secours, si cela était nécessaire.
Bayonne, 21 mai 1808
Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin.
J'ai reçu la lettre par laquelle vous m'instruisez que les corsaires chicanent le cabotage sur les côtes de Gênes, et que Port-Maurice, entre autres, est exposé à leurs insultes. Envoyez un aide de camp sur les lieux pour vous rendre compte de ce qui se passe, et donnez des ordres pour que ce point soit muni et approvisionné de tout ce qui est nécessaire. Donnez ordre que le bataillon valaisan qui est à Gênes se rende à Port-Maurice pour protéger ce canton. Ecrivez aux habitants de Port-Maurice, de San-Remo et autres points de la côte, pour qu'ils arment de gros corsaires pour éloigner les ennemis. Ecrivez aussi à Toulon pour qu'on envoie de ce port des chebecs et autres bâtiments supérieurs aux corsaires ennemis, pour prendre position devant Port-Maurice et protéger le cabotage; mais il faut que ce soient des bâtiments qui puissent entrer dans ce port et être protégés par les batteries de côte.
Bayonne, 21 mai 1808
A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, j'ai dicté à Bertrand des notes qu'il vous enverra pour que vous les communiquiez à Chasseloup. Il faut s'occuper de la guerre d'Italie, en supposant que l'ennemi soit momentanément supérieur à vous; abandonner Palmanova avec 3 ou 4,000 hommes de garnison, et pouvoir tenir derrière la Piave; par ce mouvement, l'armée se rapprocherait de ses dépôts et des secours, et l'ennemi s'affaiblirait d'autant. Les hommes laissés à Palmanova et à Osoppo vous affaibliraient d'autant, mais l'ennemi serait obligé de laisser 6,000 hommes pour les masquer, et s'affaiblirait davantage encore. Tout ce que pourrait prendre l'ennemi ne serait pas considérable; le pays, jusqu'à la Piave, n'a rien de bien important. Mais, s'il n'y avait pas moyen de se défendre derrière la Piave, et qu'on fût obligé de passer l'Adige, on serait au moment même obligé de jeter une garnison dans Venise, c'est-à-dire de l'affaiblir d'un corps de plus de 10,000 hommes. Lorsque ensuite on voudrait repasser l'Adige pour dégager Venise, l'ennemi pourrait se battre avec l'armée d'observation et employer les trois quarts des troupes qu'il aurait devant Venise; par là l'armée française se serait affaiblie de 10,000 hommes, et l'ennemi seulement de 2 ou 3,000, au moment de la bataille. Il faut donc, si cela est possible, fortifier la Piave, afin de garder Venise et d'avoir le temps de recevoir des renforts. Je désire que vous alliez vous-même à Bassano, avec des ingénieurs géographes et des officier du génie; que là vous montiez à cheval, que vous suiviez les gorges de la Brenta, en passant par Primolano et Feltre, et de Feltre descendant également à cheval sur Asolo; là, vous vous assurerez bien, par un aide de camp, de la nature du chemin de Feltre à Conegliano.
Vous-même, d'Asolo allez visiter le cours de la Piave, en suivant toutes les sinuosités jusqu'à la mer. Pour que la Piave puisse être une barrière, il faudrait y établir trois petites places, l'une sur le grand chemin, au point le plus prés de Conegliano , la seconde au débouché des montagnes, et la troisième ne laissant que des marais entre elle et la mer. Trois places, situées sur la rive gauche, avec trois ponts, offriraient à l'armée des avantages pour manoeuvrer par son centre, sa droite et sa gauche. L'ennemi chercherait-il à passer entre Asolo et la place prés de Conegliano et à jeter là un pont ? Mais il me semble, si j'ai bonne mémoire, qu'il y a là une montagne qui domine et rendrait ce projet impraticable. Ou bien il se porterait pour jeter un pont entre la place prés de Conegliano et celle du côté de la mer : mais il craindrait de voir l'armée déboucher par Conegliano ou Asolo pour lui tomber dessus. Ou bien l'ennemi ferait un fort détachement par Feltre, et l'armée déboucherait par Conegliano et tomberait sur ses derrières. Ainsi, pour peu que la localité s'y prête, ce qui doit être l'objet d'un examen des ingénieurs et de vous-même, que la rive offre un obstacle, je crois que plus bas qu'Asolo on ne peut plus passer à gué, ou que, si l'on peut passer à gué, il n'y a qu'un certain nombre de gués, que l'on peut gâter; que la rive droite domine la rive gauche; enfin, après l'examen qui aura été fait, on verra si l'on peut s'arrêter à l'idée de prendre cette barrière et de la fortifier.
Quant aux fortifications, je ne voudrais que des pentagones en terre, de l'eau dans les fossés et quelques réduits maçonnés. Il y a longtemps que j'ai ordonné que cette partie de la carte, de Feltre à la mer, fût levée avec les hauteurs, pour bien connaître le cours de la Piave. Cette ligne étant prés de Venise, Trévise en est le point d'appui, Venise en est le point de retraite. Ainsi les mouvements par Feltre ne peuvent jamais alarmer sérieusement pour les derrières de Parme. Cette ligne évacuée, il faut prendre celle de l'Adige; elle serait meilleure, sans contredit, sans l'inconvénient d'abandonner Venise. La ligne de l'Adige est tout organisée; il ne faudrait qu'une place à Ronco ou à Arcole, avec un troisième pont sur l'Adige. Cette deuxième ligne forcée, il reste celle du Mincio avec un ouvrage à Valeggio, et un en avant de Goito, de manière à avoir Peschiera et ces deux points pour manoeuvrer. Cette ligne a l'avantage d'être assez courte et de maintenir encore le blocus de Mantoue.
Bayonne, 21 mai 1808
A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon fils, j'ai reçu un état de ce qui est dû aux corps de l'armée d'Italie au 1er janvier 1808, montant à 5, 700.000 francs. Mais il n'est pas dit pourquoi cela est dû et sur quel document cela est fondé. On n'a pas même distingué le ministère de la guerre de l'administration de la guerre; de sorte que cet état ne peut servir à grand'chose. Je l'ai, toutefois, envoyé au ministre de la guerre. Mais il ne faut pas s'arrêter aux demandes des corps, qui sont toujours très exaspérées. Voilà l'été arrivé, il faut que les bâtiments restent dans les ports, et qu'ils ne fassent point de croisières inutiles, vu qu'ils se feraient prendre sans raison par les forces supérieures des Anglais. Il est inutile, également, de rien expédier sur Corfou : dans cette saison, tout serait pris. Cette île, d’ailleurs, est approvisionnée de manière à n'avoir rien à craindre. Il faut tout garder, pour envoyer en septembre. On peut seulement expédier quelques bâtiments des côtes de Naples, qui sont plus près. Faites arrêter le commandant de la goélette italienne la Psyché, dont il est question dans le rapport ci-joint, et faites-lui faire son procès pour avoir lâchement rendu son bâtiment. -
(prince Eugène)
Bayonne, 21 mai 1808, quatre heures après midi
A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Je vous ai déjà dit que les fusils de Placencia restaient aux Espagnols, et qu'ils n'avaient été transportés à Saint-Sébastien que comme dans un lieu de dépôt et une place forte, pour être sûr qu'ils ne seraient pas enlevés. Ceux que le ministre voudra embarquer, le seront donc sur son ordre.
Si le général ....... est à Madrid, retenez-le. Il est ridicule qu'il ait quitté Lisbonne sans ordre, sous prétexte qu'il y a des maladies. Ce sont les plaisirs de Milan que cherchent ces messieurs, et qui les ont accoutumés à l'oisiveté. Je l'ai fait général pour qu'il servit. Gardez-le à Madrid, et, quand il sera rétabli, dirigez-le sur Cadix.
J'ai vu, dans le rapport de M. O'Farrill, que l'insurrection de Séville n'était pas terminée, qu'on avait enrégimenté le peuple pour l'apaiser. Cela continue-t-il ? Le peuple est-il en effet armé ? Enfin est-on sur ce point en situation de résistance ou tranquille ? Il serait bon d'envoyer quelqu'un pour voir ce qui s'y fait.
Bayonne, 21 mai 1808, quatre heures après midi
A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
J'ai lu, avec le plus grand intérêt, les rapports des ministres de la guerre et de la marine sur les moyens de secourir Rio de la Plata. Il n'y a pas un moment à perdre. Il faut armer la Concepcion et le San- Fernando, qui, avec la Vengeance, la Magdeleine, la Diane et la corvette Indagadora, porteront facilement 3,000 hommes. Il faut nommer sur-le-champ le contre-amiral qui doit commander cette escadre, envoyer au Ferrol les fonds nécessaires, et faire le choix du corps de 3,000 hommes qui doit être embarqué pour cette expédition. Je pense qu'il faudrait un bataillon d'infanterie légère, un régiment d'infanterie de ligne, faisant 2,200 hommes d'infanterie, un régiment de cavalerie à pied de 500 hommes et 400 hommes d'artillerie. Que le ministre de la guerre désigne ces corps, qu'il nomme un général de brigade, un adjudant-commandant, un colonel d'artillerie, plusieurs officiers d'artillerie à la suite et trois officiers du génie. On embarquera 10,000 fusils sur les bâtiments de l'expédition, 12 pièces de canon de campagne, avec 300 coups à tirer par pièce, 500, 000 cartouches d'infanterie et 4,000 outils de pionniers. Cette opération me paraît extrêmement importante. En envoyant les 5 ou 600,000 francs demandés, tout cela peut être prêt dans le courant du mois de juin, et avant que les Anglais puissent être instruits de l'activité extraordinaire portée sur ce point et renforcer leur escadre. Ils n'ont qu'un vaisseau, et, quand ils en auraient deux, ils prendraient bien vite chasse devant l'escadre espagnole. Il faut donc que tout cela se fasse secrètement et sans ostentation. Quant à l'atterrage, il faudrait avoir soin d'ordonner que l'escadre abordât plus dans le sud, afin que, si elle trouvait les Anglais supérieurs devant Montevideo, elle pût débarquer plus bas.
Quant à Cadix, il n'est pas probable que de tout l'été l'escadre puisse sortir; mais il faut y attirer l'ennemi en augmentant, par tous les moyens, le nombre des vaisseaux français et espagnols. Il n'y a que 5 vaisseaux espagnols en rade; il faut les augmenter de plusieurs autres, en compléter les équipages et payer les ouvriers. C'est surtout de l'argent qu'il faut là. A Carthagène, le San-Carlos est prêt; il faut promptement mettre en état le San-Joachinm, de 74, et le Saint-Pierre-d'Alcantara, de 64, et 4 frégates, afin d'avoir là une nouvelle escadre, indépendamment de celle de Mahon.
Résumé : il faut activer l'armement du Ferrol, arranger tout sur mer et sur terre, pour que l'expédition soit prête à partir dans le courant de juin , avec 2 ou 3,000 hommes de débarquement. Il faut faire travailler à mettre en rade à Cadix le Santa-Anna, de 112 canons, le Conde de Regla, de 112, qui est dans le bassin, le Soberano, de 74, qui peut être prêt avant le mois d'août, le Saint-Fulgent, le Saint-Léandre, et le Minho, petits vaisseaux de 50 à 60 canons, la frégate l'Atocha, la frégate la Paz et la corvette le Mercure, qu'il est bon d'avoir sous la main pour une expédition; de manière à avoir, en rade de Cadix, 3 vaisseaux de 112 canons, savoir : le Pince-des-Asturies, actuellement existant; l'Anna, radoubé et qui peut être en rade avant un mois, et le Conde de Regla, qui peut y être en même temps avec un peu d'activité; 5 vaisseaux de 75, savoir : le Saint-Just, le Montanez et le Terrible, actuellement existants, le Don Juan, qui est dans le bassin, et le Soberano, qui peut y être mis sur-le-champ; et 3 vaisseaux de 50 à 60, savoir : le Saint-Fulgent, le Saint-Léandre et le Minho; en tout, 11 vaisseaux, qui, avec les 5 vaisseaux français qui sont en rade, feront 16 vaisseaux de ligne, et 3 frégates : la Flora, actuellement existante, l'Atocha et la Paz, en réparation, avec la corvette le Mercure. Enfin, ces 11 vaisseaux et 3 frégates en rade, on travaillerait sans retard à armer le Saint-Firmin et l'Argonaute, de 74, ce qui porterait le nombre des vaisseaux espagnols en rade de Cadix à 13. Faites-moi connaître combien il faut d'argent pour arriver à ce résultat. On ne manque à Cadix que d'argent; avec cela on otera tous les obstacles. Or, de l'argent, il faut en trouver.
Il faut mettre en rade à Carthagène le San-Carlos, qui est prêt, le San-Joachim, de 74, le Saint-Pierre-d'Alantara, qui est de 64, et 4 frégates, qui peuvent être promptement radoubées, afin d'avoir là 3 vaisseaux et 4 frégates. Il serait à propos de mettre à Carthagène 4 vaisseaux sur le chantier.
Tout cela ne demande pas immensément d'argent. Le désordre et le gaspillage ont empêché jusqu'ici de rien faire. Quand on verra les travaux qui seront ordonnés, ce sera la meilleure proclamation qu'on puisse faire. Il faut donc, avant tout, avoir de l'argent; procurez-vous-en; il y a mille moyens d'en avoir. Quand je connaîtrai l'état des finances, je trouverai des ressources. En attendant, il faut trouver soixante millions de réaux, dussiez-vous mettre en gage les diamants de la Couronne; je ne m'y oppose pas, mais il faut que, deux jours après la réception de cette lettre, on ait fait partir de l'argent pour Cadix, le Ferrol et Carthagène, et qu'on s'aperçoive que le gouvernement a changé. Écrivez vous-même aux commandants de ces ports que vous attendez de leur zèle et de leurs efforts le prompt armement des vaisseaux désignés, et que la plus grande activité va être déployée. Avant tout, qu'on se défasse de l'escadre de Mahon en l'envoyant à Toulon; elle ne coûtera rien dans ce port et sera promptement mise en état. J'ai déjà là seize vaisseaux français et russes, quand cette nouvelle escadre y sera, les Anglais seront obligés d'y tenir vingt à vingt-cinq vaisseaux. A Cadix, ils seront obligés de tenir dix à douze vaisseaux. J'ai à Flessingue huit vaisseaux construits à Anvers, j'en ai à Brest, j'en ai partout. Les Anglais ne suffiront pas pour bloquer tous les ports, et on en profitera pour frapper de grands coups. Répondez-moi, en détail, ce que disent les ministres de la guerre et de la marine. Vous sentez combien il serait glorieux pour vous que, sous votre courte administration, quatre vaisseaux s'élevassent sur les chantiers de Carthagène, et que quelques mois de paye fussent donnés aux ouvriers et aux matelots. Il ne faut que de l'argent; il y en a en Espagne, il ne s'agit que d'en trouver. La première expédition à faire, sans doute, est d'envoyer des troupes à Buenos-Ayres; la seconde doit être de reprendre la Trinité. Demandez un rapport sur les vaisseaux qui sont à la Havane.
Bayonne, 21 mai 1808
A M. Daru, intendant général de la grande Armée, à Berlin
Monsieur Daru, je ne suis point content de tout ce qu'on fait à Berlin. Qu'y avait-il besoin de faire tant de cérémonies pour camper quelques divisions ? Le public ne devait l'apprendre que quand cela aurait été fait. J'ai déjà fait connaître que mon intention n'était pas que les corps d'armée campassent ensemble, mais par divisions. Je voulais que cela fût ainsi pour ne point alarmer l'Europe et faire le moins d'état possible. Qu'y avait-il besoin de passer des marchés, de faire des magasins, et mille autres babioles pareilles ? Cela ressemble à une armée de l'ancien régime. Il fallait se mettre sur la lisère d'un bois, y couper du bois, faire des baraques, et voilà l'armée campée. Pour les vivres, il n'y a pas de petite ville de Prusse qui ne pût fournir à la subsistance de 8,000 hommes.
Vous avez fait une chose plus inconvenante en faisant des démarches diplomatiques auprès des princes de la Confédération pour lever deux ou trois hommes nécessaires pour compléter les bataillons du train. Vous vous êtes constitué mon ministre des relations extérieures. Il y a là plus que de la légèreté. Je vous avais chargé de recruter ces hommes dans les provinces de Bayreuth, Fulde, Erfurt, Munster et autres provinces qui sont immédiatement à ma disposition.
En général, je désire qu'on ne mette rien sur mon armée dans les journaux. A Berlin, on dirait qu'on prend à tâche de faire le plus de fracas possible avec des riens. Je vois qu'il y avait à Berlin 8,000 quintaux de seigle; cet approvisionnement était certainement seul suffisant pour donner le temps de prendre toutes les mesures; il y en a 6 ou 7,000 à Spandau., 6,000 à Magdeburg. Tous ces embarras étaient donc inutiles. Je vois qu'il y a du biscuit partout; il y en a 50,000 rations à Berlin.
Bayonne, 21 mai 1808
A M. Daru, intendant général de la Grande Armée, à Berlin
Monsieur Daru, le ministre des relations extérieures vous envoie un état qu'il reçoit de mon chargé d'affaires à Varsovie, duquel il résulte que je dois au duché de Varsovie 2,900,000 francs depuis le ler septembre 1807 jusqu'au ler avril 1808, indépendamment de tout ce qui a été fourni pour l'année, et que le service d'avril est évalué à 700,000 francs. La convention avec le roi de Saxe ayant été signée, il faut presser la confection des bons. Les députés polonais m'ont représenté l'impossibilité où ils étaient de faire sortir de l'argent pour se procurer de la viande, qu'ils ne peuvent point payer en billets. Il est donc nécessaire que vous fassiez passer au maréchal Davout des boeufs de Magdeburg et des différentes parties de la Prusse, même de la Poméranie, à compte de la contribution. Et enfin, si cela n'est pas possible, il faut faire une masse de tant par homme au maréchal Davout, et il sera chargé de se procurer de la viande.
Bayonne, 21 mai 1808
A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris
On répand à Paris un tas de bêtises sur les affaires d'Espagne. Un mauvais article de Tolède, qui a été colporté dans tous les journaux, en est la cause. Le fait est qu'il n'y a pas eu de sang répandu ni à Tolède, ni même à Burgos. Le sang n'a coulé qu'à Madrid; il n'y a pas eu 25 Français de tués et pas plus de 50 blessés. Les Espagnols qui ont été tués étaient tous des séditieux et des gens du peuple ameutés; pas un homme tranquille n'a péri, et la perte des Espagnols n'est pas aussi considérable qu'on l'avait d'abord cru. Il faut tenir la main à ce qu'aucun journal ne parle des affaires de Rome et d'Espagne qu'après le Moniteur.
J'ai réuni, le 2 avril, les quatre légations d'Ancône au royaume d'Italie. J'ai envoyé à un conseil privé le sénatus-consulte relatif à la réunion de la Toscane à la France, mesure indispensable à cause du golfe de la Spezzia, où je veux faire un grand établissement maritime. Il est nécessaire que les journaux ne parlent de cela que quand le Moniteur en aura parlé.
Tous les propos sur le divorce font un mal affreux; ils sont aussi indécents que nuisibles. La police a mille moyens de les empêcher de circuler; je ne sais pas comment on ne les emploie pas. Il serait cependant bien nécessaire que cela finît. Tous les hommes bien pensants en France en gémissent; cela m'afflige beaucoup moi-même, et tout autant la cour de Russie, qui ne sait ce que veulent dire ces bavardages.
(Lecestre)
Bayonne, 22 Mai 1808
A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur de Champagny, je vous envoie une dépêche de Madrid. Il faut préparer un courrier pour la Russie, et témoigner à Caulaincourt que le mémoire qu'il a remis à l'empereur sur les affaires actuelles n'est pas d'un ambassadeur de France; qu'il devait dire cela en conversation, mais qu'il ne devait rien écrire; que je n'ai rien à gagner à voir les Russes à Stockholm. Vous lui annoncerez que dans trois jours vous lui enverrez votre mémoire sur les affaires de Constantinople. Vous donnerez aussi des nouvelles des affaires d'Espagne telles que nous les connaissons.
Bayonne, 22 mai 1808
A M. Gaudin, ministre des finances, à paris
Je reçois votre lettre du 17. Le sieur Collin saura trouver, à la fin de l'été, une quinzaine de jours pour faire une tournée en Italie. Il faut qu'un chef de douanes voie par lui-même, sans quoi il fait de la mauvaise besogne. Je n'ai pas de foi au travail de ceux qui ne quittent pas la banlieue de Paris.
Bayonne, 22 mai 1808
A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur Mollien, la somme de 1,591,000 francs qui forme le tiers des fonds de deux centimes de non-valeurs doit être prise de la manière suivante : 790,000 francs sur les 2,387,000 francs qui sont soumissionnés, et 790,000 francs sur ce qui est laissé à la disposition des préfets, qui doit, sans délai, être soumissionné et versé au trésor, de sorte que ces 15 à 1600,000 francs soient sur-le-champ disponibles pour pourvoir aux évènements imprévus qui auraient lieu dans l'année.
Bayonne, 22 mai 1808
A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur Mollien, les banquiers refusent d'avancer de l'argent au
troupes espagnoles qui sont au corps du prince de Ponte-Corvo. Je pense que le
meilleur parti à prendre pour venir à leur secours est que le sieur Daru leur
prête, par l'intermédiaire d'un banquier de Hambourg, une somme de 500,000
francs, et qu'elles donnent des lettres de change pour pareille somme, qui
seront envoyées au payeur de l'armée française en Espagne. Faites connaître cela par un
courrier aux sieurs Daru et Bourrienne, mais ajoutez que ce ne
serait que dans le cas où les banquiers ne voudraient point fournir d'argent aux
Espagnols.
Bayonne, 22 mai 1808
A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris
Je vous ai prié de ne point laisser parler dans les journaux du sénatus-consulte (sur la réunion de la Toscane) et voilà le Journal des Débats qui, même avant que le conseil privé sot assemblé, dit que ce sénatus-consulte est relatif à la réunion de la Toscane ! Il faut que ce M. Étienne soit un homme bien léger.
(Brotonne)
Bayonne, 22 mai 1808
Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Général Clarke, faites donner ordre que les trois régiments de cavalerie portugais formant 600 chevaux et qui doivent faire partie de la légion portugaise, dont vous avez reçu le décret, se rendissent à Auch, département du Gers. Il est nécessaire d'envoyer sur-le-champ un inspecteur aux revues à Auch pour former les livrets, donner l'habitude de l'administration à ces corps et faire les retenues sur la masse de linge et chaussure. Ils ont reçu à Burgos le mois de mai et on ne leur a rien retenu. Il serait nécessaire d'envoyer à Auch un vieux général de brigade français qui les instruise et qui corresponde avec vous sur les moyens de pourvoir à leur harnachement et équipement, qui sont dans un état affreux. La sellerie a quarante ans; aussi est-elle toute en pièces. Cette cavalerie n'est ni dragons, ni cavalerie légère, ni grosse cavalerie. Mon intention est qu'elle soit l'arme des chasseurs. On peut leur conserver leur uniforme actuel; leur habit est court comme celui des chasseurs. Leurs chevaux sont en général de la taille des chevaux de chasseurs. Les régiments d'infanterie se réuniront à Pau, à Tarbes et dans les trois départements du Gers et des Hautes et Basses-Pyrénées. Il faudrait attacher à chacun de ces régiments un adjoint de commissaire des guerres ou un officier ayant été quartier-maître, qui pût les aider, au moins provisoirement, jusqu'à ce que la première organisation soit faite. Il faut charger le général Muller, qui a l'inspection de ces troupes, d'en prendre le commandement et de faire toutes les démarches auprès des préfets et commissaires des guerres pour que ces troupes soient munies de tout ce qui leur revient.
Bayonne, 22 mai 1808
Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je reçois votre lettre du 18, relative aux expéditions d'Espagne pour l'Amérique. Les Espagnols font partir de Cadix tout ce qui est possible. Si les Français se mêlaient de faire des expéditions dans leurs ports, cela ne servirait à rien qu'y donner l'éveil. Quant à vous, vous ne devez vous occuper d'en faire partir que de Bordeaux, de Bayonne, et de partout où cela se peut. Je ne puis pas donner des ordres à un ministre comme à un factionnaire; puis, quand je lui donne un ordre, c'est à lui à chercher les moyens de l'exécuter. Au reste, je vous dispense de rien expédier pour l'Amérique. Je vous dispense également de me comparer à Dieu. Il y a tant de singularité et d'irrespect pour moi, dans cette phrase, que je veux croire que vous n'avez pas réfléchi à ce que vous écriviez. Je plains votre jugement ..... mais je m'arrête. Envoyez-moi des états bien détaillés, qui me fassent connaître la situation des bâtiments, leurs qualités, ce que j'en puis faire enfin, puisque je suis réduit à désigner moi-même une goélette qui doit partir. S'il y avait eu un ministre de sens à la tête de ma marine, depuis que j'ai parlé il y aurait quarante bâtiments de partis, bricks, corvettes, avisos, goélettes, doubles chaloupes, pinques, etc., et si ces quarante bâtiments avaient été pris, du moins le ministre aurait fait son devoir. Les trois seuls bâtiments qui soient encore partis, c'est moi qui les ai expédiés. Il faut être bien ridicule, après cela, pour croire qu'il n'y a au-dessus de sa raison quo les miracles et la raison de Dieu. Je suis surpris également qu'après vous avoir dit et répété que je voulais avoir des vaisseaux de 64 à Bordeaux vous veniez me conter tant de balivernes.
On ne devrait pas laisser non plus les colonies françaises si longtemps sans nouvelles. Le général Decaen s'est plaint avec raison que, bien longtemps après Tilsit, il ignorait la paix, qu'il n'a apprise que par le hasard d'un bâtiment américain. Il y a cependant mille moyens de lui donner des nouvelles, d'Amérique à l'île de France, de nos ports à l'île de France, etc. Il n'y a pas besoin d'être Dieu pour cela. Depuis un an que je demande quelques expéditions pour aider nos colonies, on ne me répond que par des babioles. Mon temps est employé à autre chose, et rien ne part. Vous pouviez, avec quelque envie de secourir nos colonies, faire partir de plusieurs ports des bâtiments chargés de farine, etc. Il ne faut pas être Dieu pour cela. Si je n'avais à m'occuper que de la marine, j'aurais voulu faire partir suffisamment d'expéditions pour assurer les subsistances des colonies.
Bayonne, 22 mai 1808
Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je vois, dans votre dernière lettre, que vous ne comptez avoir à Toulon, d'ici en septembre, que l'Austerlitz et le Donauwerth. Donnez des ordres pour qu'on ait aussi l'Ulm. Ce vaisseau est à plus de moitié; ainsi il peut être facilement mis à l'eau. Il me faut quatorze vaisseaux français à Toulon avant le 15 août. Je ne vois pas, sur votre état, à Flessingue, le Royal-Hollandais; ce bâtiment pourrait être mis à l'eau. Ne pourrait-on pas mettre à Lorient un autre vaisseau en place du Polonais ? La Pallas, l'Elbe, la Renommée et la Clorinde formeront une division de frégates, bien nécessaire pour Rochefort. Les frégates l'Adélaïde et la Bellone seraient bien nécessaires à Brest, si elles pouvaient s'y rendre. Je vois, par votre état, que j'aurai, cette année, neuf vaisseaux mis à l'eau. Je compte sur un de plus à Toulon, sur un de plus à Flessingue, sur un de plus à Lorient, sur un de plus à Rochefort; ce qui ferait treize. Tout me fait espérer qu'à Rochefort on pourra avoir un vaisseau de 74 de plus.
Bayonne, 22 mai 1808
Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Je viens d'avoir une conférence avec l'ingénieur qui est chargé du martelage des bois pour les chantiers de Rochefort, Bordeaux et Bayonne. Il m'a assuré qu'il avait marqué 350,000 pieds cubes de bois cette année; que plus de la moitié se dirigeait sur Bayonne, où il y en a 250 milliers; que 20 milliers se pourrissent déjà. Je lui ai donné l'ordre de diriger sur Bordeaux et sur les bassins de la Garonne et de la Gironde, et d'attendre vos ordres pour que la partie du martelage obligément dirigée sur Bayonne ne fût point abattue. Il m'a assuré qu'il y a une grande quantité de réserves nationales dont les bois affluent sur la Garonne et sur la Charente. Voyez pour cela le conseiller d'État Bergen, et, quarante-huit heures après la réception de ma lettre, vous me présenterez , de concert avec ce conseiller d'Etat, un projet de décret :
1° Pour faire couper, dans les réserves en autres bois nationaux, 60,000 pieds cubes de bois pour en tirer des plançons et autres pièces dont en a besoin à Rochefort; ces bois seront pris dans ceux des départements qui peuvent facilement verser sur la Charente, la Dordogne et la Garonne; ce secours extraordinaire de 60,000 pieds cubes de bois, avec la coupe ordinaire, mettra à même de border six vaisseaux;
2° Pour faire une coupe extraordinaire, dans les réserves en bois nationaux de la Bretagne, d'une centaine de milliers de pieds cube de bois, pour les chantiers de Brest;
3° Pour faire une coupe extraordinaire de 60,000 pieds cubes de bois, dans l'arrondissement de Toulon, pour les besoins de ce port. Le fait est que rien n'avance à Toulon, et qu'il y a cependant encore des bois. A Nantes de même parce que les arrivages sont difficiles; il y a des bois dans la Vilaine, dans le Blavet et dans d'autres rivières à portée. Enfin il faut prendre, s'il le faut, des mesures extraordinaires. Je ne suis pas éloigné de faire couper même les bois des particuliers (hormis ceux des parcs, jardins ou d'embellissement) , qui seraient utiles à la marine. Le transport des bois par terre s'essaye ici ; si Lorient est, comme on le dit, dans une grande pénurie de bois, on pourrait aussi le faire de Nantes à Lorient par terre. Ce ne serait toutefois qu'autant que cela serait nécessaire pour avoir un vaisseau de plus.
Bayonne, 22 mai 1808
Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Le ministre de la marine d'Espagne ne rend compte que, le 7, est entrée à Tarragone la flûte la Baleine, commandée par le capitaine Gaudran, qui était à Majorque; elle a mis à la voile le 9 pour se rendre à Toulon.
La mouche le Rapide, que j'ai dirigée sur Cayenne avec les dépêches espagnoles, les miennes et des instructions pour les capitaines généraux de Vera-Cruz, etc., a passé ce matin, à la pointe du jour, la barre de Bayonne. Le brick que j'ai acheté sera prêt dans la semaine; je le dirige sur Montevideo. Un beau corsaire, pareil au brick que j'ai acheté, vient de rentrer ici, après avoir fait quatre prises; je vais l'expédier à la Guadeloupe.
Avec des mouches à Bayonne et à Bordeaux, vous communiquerez avec les colonies tant que vous voudrez.
Bayonne, 22 mai 1808
Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Il faut faire demander en Corse 400 marins, à l'île d'Elbe 60, à l'île de Capraja, 50. ècrivez au général Morand, que cela est indispensable, et qu'il faut que ces matelots s'embarquent sur les gabares qui reviennent chargées de bois. Je suppose quo vous en avez 400 de Livourne. L'équipage du Breslau doit être fait sans peine à Gênes.
Bayonne, 22 mai 1808
A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Je reçois votre lettre du 19 à une heure et demie du matin. Vous avez dû recevoir la lettre au roi de Maroc. Je ne crois pas que les Anglais veuillent rien entreprendre contre Ceuta; ils ne sont pas en mesure. Ils ont bien d'autres choses à faire dans ce moment-ci.
Vous aurez dû recevoir mon ordre pour licencier la partie des milices qui est dans la Corogne. Du moment que le général Solano sera arrivé à Cadix, il faut licencier la partie des milices de ces provinces qui est la plus mauvaise. Il faut garder les grenadiers et licencier seulement de 1000 à 1200 hommes. Ce licenciement fait, ce sera déjà un bon soulagement pour le trésor public. Il me semble que le corps de Solano serait très bien à Medina-Sidonia, où vous vouliez le placer. J'ai intérêt qu'il n'y ait pas trop d'Espagnols à Cadix, afin que le général Dupont soit parfaitement maître de cette place.
Ecrivez au général Junot qu'il a peu de troupes espagnoles, et qu'il les traite bien; que d'ailleurs tout a changé aujourd'hui.
J'attends la députation, que vous m'annoncez. Vous ne me dites pas qui on m'a envoyé; je suppose que ce sera des hommes d'esprit et de conseil.
Vous pouvez annoncer à Madrid quo six bâtiments sont déjà partis des ports de France avec des lettres, des proclamations et des instructions pour les autorités espagnoles dans les Amériques.
Faites-vous remettre sous les yeux les dépêches du général de Liniers. Accordez tous les avancements qu'il a demandés; envoyez aussi quelques croix aux principaux habitants de Buenos-Ayres. Envoyez-moi des duplicata de tout cela, je les expédierai par les ports de France. Mettez quelques mouches en départ à Cadix, qui est le point le plus favorable sans contredit pour arriver promptement dans les colonies espagnoles.
Faites écrire par toutes les corporations de commerce, par les cinq premiers Mayores, les Philippines, la banque Saint-Charies, les consulats de Barcelone, de Malaga, de Cadix, de Corogne, de Santander, etc., que rien n'a changé; qu'au contraire le nouvel ordre des choses sera utile aux colonies, puisque, n'ayant désormais rien à craindre du côté de la France, tout est porté vers la marine, et que les opérations maritimes se combinent pour l'avantage des colonies; enfin donner confiance dans la nouvelle dynastie. Vous sentez que ces circulaires, que feront ces corps, auront le double avantage de les attacher.
Les 1,600 hommes de milices qui sont attachés aux bataillon d'artillerie peuvent être licenciés sans difficultés, puisqu'il y a déjà 4,500 hommes d'artillerie de campagne et 2,000 d'artillerie fixe, ce qui fait au delà de 6,000 hommes d'artillerie; ce qui est plus qu'il n'en faut à l'Espagne.
J'ai reçu votre mémoire sur Ceuta et sur les présides d'Afrique. J'aurais voulu qu'une carte du pays et des plans y eussent été joints,
Tous les bâtiments américains venant en Espagne doivent être confisqués. Tout ce qui arrive en Espagne et dans les autres ports comme bâtiment américain vient d'Angleterre et ne navigue que par la permission des Anglais.
Bayonne, 22 mai 1808
Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale, etc., à Burgos
Mon Cousin, le grand-duc de Berg m'annonce qu'une députation du conseil de Castille se rend à Bayonne. Si elle s'arrête à Burgos, traitez-la bien et donnez-lui de bons dîners. Annoncez-les-moi afin que je sache quand ils arriveront, en me faisant connaître le nom de chaque membre et ce que vous avez pu recueillir sur eux. 140 chevaux du 10e de chasseurs et d'autres détachements se rendent à Burgos; ceux qui ont leurs corps à Madrid continueront leur route sur cette ville. Vous ne m'avez pas envoyé le croquis du château de Burgos, pour que je puisse juger ce que c'est.