17 - 19 mai 1808
Bayonne, 17 mai 1808
A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris
Le nommé Roux, attaché à la légation de Prusse, est un mauvais sujet, dont j'ai à me plaindre depuis longtemps. Mon intention était, aussitôt que j'aurais reçu les pouvoirs de la légation, de déclarer que je ne voulais pas recevoir M. Roux. Comme je ne l'ai pas reconnu, donnez-lui ordre de sortir de Paris sous vingt-quatre heures, et de la France dans le plus court délai possible. Vous ferez venir M Brockhausen, et vous lui direz que j'ai à me plaindre depuis longtemps du sieur Roux et des sociétés qu'il fréquente, qu'il a déjà fait beaucoup de mal à sa cour par de faux rapports et qu'il peut en faire encore beaucoup.
(Lecestre)
Bayonne, 17 mai 1808
A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur de Champagny, je vous renvoie vos portefeuilles. La dépêche du sieur Otto me parait importante. La question se réduit à ceci : quand les troupes françaises ont entamé les Etats des Autrichiens, ils étaient maîtres de tout le Tyrol et de l'évêché de Salzburg.
Si la partie du territoire dont il est question a été remise aux Autrichiens par les Français, ils doivent la garder jusqu'à ce que les Français la retirent. Si les Bavarois l'ont reçue des mains des Français, comme je le pense, il faut que le roi de Bavière fasse connaître qu'elle fait partie de la Confédération du Rhin et que personne n'a le droit d'y toucher. Ecrivez de votre côté au sieur Andreossy que tout outrage qui serait fait à un village de la Confédération équivaudrait à une déclaration de guerre; que le village dont il s'agit fait partie du territoire de la Confédération , puisque l'Empereur l'a occupé et que la Bavière l'a reçu de ses mains; qu'il faut bien se garder de faire aucune menace, à moins que les armements que fait l'Autriche depuis longtemps n'aient pour but de recommencer.
Bayonne, 17 mai 1808
A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Laforest que je vois avec peine que mon ambassadeur montre tant de faiblesse; qu'il doit éclairer le grand-duc de Berg et le soutenir, et non le flagorner ; servir de contre-poids, et non coopérer à l'entraîner à faire des sottises; que la junte et le conseil de Castille, sont plus fins que le lieutenant général ; que jusqu'à cette heure ils n'ont pas fait un pas; que le retard qu'ils mettent dans leur demande d'un roi vient de ce qu'ils a'avaient pas la renonciation du roi Charles et du prince des Asturies; qu'ils le feront à cette heure qu'ils ont ces renonciations; qu'il n'y a pas une voix pour le grand-duc; que la nation est encore dans la situation de haine et d'humiliation où les derniers évènements l'ont mise; qu'elle désire le grand-duc moins qu'un autre, par cette raison d'amour-propre que le grand-duc vient de permettre, par un décret, aux Catalans de s'armer, ce qui est le comble de l'impolitique et de l'absurdité; que toute l'insurrection des Espagnols a été suscitée par un parti dont il n'a pas su démêler les trames, et que tous les détails qu'on donne de ce qui s'est passé sont altérés; qu'on aurait du profiter de l'événement de Madrid pour désarmer le plus possible, loin d'encourager à armer; que la Catalogne a toujours été tranquille, et qu'il n'y a rien à en craindre, puisque je suis maître des forts et que j'y ai beaucoup de troupes; que je désire donc qu'il parle clair et que sa correspondance soit plus relevée et plus forte, et qu'il appelle son esprit au secours de son caractère.
Je vous renvoie les dépêches que j'ai ouvertes.
Ajoutez-lui que je désire avoir des notes sur les différents ministres ; que je n'ai de celui de la marine aucun renseignement sur la situation des ports, et de celui des finances rien qui me fasse connaître la situation des finances.
Bayonne, 17 mai 1808
Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris
Je reçois votre lettre du 12, où je vois que vous avez commencé à prendre des dispositions pour l'île de Cadzand. Les lettres que je vous ai écrites ces jours derniers vous auront fait connaître que j'ai jugé convenable de donner de nouveaux développements à ces dispositions, car, de tous les points de mon empire, j'ai reconnu que c'était le plus faible, et le seul où l'on pût essayer de me faire un affront.
Le commandement du général commandant l'île de Cadzand doit s'étendre à tous les points de l'Escaut qu'il serait nécessaire d'occuper ou de surveiller pour la défense de mon escadre. Vingt-quatre bouches à feu me paraissent bien peu de chose pour une défense devenue aujourd'hui si importante; augmentez-les de six mortiers à la Gomer et de trois mortiers à grande portée. Vous tirerez ces neuf mortiers de l'endroit le plus rapproché. Ces travaux exigeront la présence des deux nouvelles compagnies d'artillerie que je vous ai ordonné de faire venir de Boulogne. Assurez-vous que les communications des troupes du camp de Blankenberghe avec l'île de Cadzand pourront se faire sans éprouver aucun obstacle des eaux.
Vous aurez écrit au roi de Hollande, qui se sera empressé d'envoyer au moins un bataillon dans l'île de Cadzand.
Consultez vous-même la carte avec des officiers du génie et de marine qui connaissent ce point, et assurez-vous que, par les dispositions qui sont prises, mon escadre sera vigoureusement défendue.
Supposez-la attaquée par le double de vaisseaux et une vingtaine de grosses chaloupes canonnières ou prames.
Bayonne, 17 mai 1808
Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
Vous trouverez ci-joint des lettres de l'île de France qu'apporte le général Rey, qui vient d'arriver sur un bâtiment américain qui a mouillé au passage. Il n'y avait que ces pièces. Il me parait que les nouvelles qu'il porte sont satisfaisantes. Il n'en faut rien faire connaître, pour ne pas éveiller l'attention de l'ennemi sur l'Inde. La Caroline et la Manche ne pouvaient pas encore être arrivées , puisqu'elles ne sont parties qu'en novembre; mais déjà on peut préjuger le plaisir qu'éprouvera la colonie de l'arrivée successive de ces deux frégates; huit mille quintaux de riz sont un objet assez considérable. Il parait qu'il n'y a pas de grandes nouvelles aux Indes. L'Angleterre y est dans une grande pénurie, et l'arrivée d'une expédition ruinerait de fond en comble la colonie anglaise. Plus je réfléchis à cette marche et moins j'y vois d'inconvénients. Si les six frégates et trois vaisseaux de Lorient arrivent seuls, ils porteront un renfort utile et établiront des croisières dont le résultat peut être incalculable. Voilà plusieurs fois que l'on rencontre le convoi de la Chine, et si, comme il y a lieu de l'espérer, le commandant de l'escadre de Brest n'est pas un câlin et veut sortir, et que cette expédition suive la première, c'est un coup mortel porté aux affaires de l'Angleterre. Dans la situation actuelle du monde, il est impossible de savoir où vont ces expéditions. On peut avoir débarqué 12 ou 14,000 hommes, et les vaisseaux qui doivent revenir être déjà sur le retour, avant que les Anglais reprennent la supériorité. Mais, pour arriver à ce résultat, il faut vouloir vaincre les obstacles, ne pas perdre le temps en projets ni en discussions, et donner tous les ordres nécessaires. Après que vous aurez fait ce travail, remettez-moi sous les yeux le mémoire du général Decaen sur l'Inde et ce qu'il a fait, afin de le réétudier et de voir en détail ce qu'il lui faut.
Bayonne, 17 mai 1808
Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine,à Paris
Vous me dites que, le 29 avril, neuf smogleurs sont partis de Terneuse, Zélande: qui les a autorisés à partir ? Quelle est votre opinion ? Quels sont les avantages ou les inconvénients de cette mesure ?
Vous me donnez des renseignements sur le Moscou et le Saint- Pierre, mais vous ne me dites pas de quel calibre ils sont, en quelle année ils ont été construits, ce qu'ils valent pour nous, quel est le meilleur, et quel est celui que je devrais garder en échange de celui que je donnerai aux Russes à Lisbonne.
Servez-vous des bois de Corse s'ils sont bons. Servez-vous des bois qui sont à Marseille; de quelle nation sont-ils ? J'ai ordonné qu'on mit à votre disposition des matelots portugais; envoyez-les à Toulon. J'ai ordonné qu'on levât 400 matelots à Livourne; entendez-vous pour cela avec le général Menou et le commissaire de la marine.
J'ai accordé ce que vous demandez pour le général Sugny.
Puisque le Vétéran occupait deux vaisseaux anglais pour le garder, faites-le réarmer. C'est le grand résultat que vous devez avoir en vue.
Au lieu de dix vaisseaux à Toulon et de six devant Mahon, ils ne tiennent qu'une escadre pour les deux. Vous avez vu, de leur propre aveu, leur embarras.
La marine d'Espagne va prendre toute l'activité dont elle est susceptible. Plusieurs milliers de pieds cubes de bois sont déjà en route, par terre, de Bayonne à Bordeaux. Ils iront par eau jusqu'à Mont-de-Marsan par l'Adour. De Mont-de-Marsan ils seront dirigés par terre sur Langon, où ils trouvent la Garonne. Il faut favoriser ces mesures en ordonnant, 1° que les bois qu'on coupe entre Bayonne et Mont-de-Marsan soient transportés à Mont-de-Marsan, au lieu de l'être à Bayonne; 2° que ceux qu'on coupe entre Mont-de-Marsan et la Garonne fassent plutôt huit lieues vers la Garonne que deux pour se rendre à Mont-de-Marsan. Cela exige un peu de travail et d'intelligence; mais avec l'un et l'autre on fait ce qu'on veut en France.
Bayonne, 17 mai 1808
DÉCISION EN MARGE D'UN PROCÈS-VERBAL DU CONSEIL DU SCEAU.
Pour obtenir des lettres patentes de chevalier, il faudra jouir d'un revenu net de 3,000 francs de rente. Ainsi le conseil du sceau ne doit pas délivrer de lettres patentes de chevalier aux membres de la Légion d'honneur, si au préalable ils n'ont justifié d'un revenu de 3,000 francs en biens-fonds, cinq pour cent, ou actions de la Banque. Le conseil s'est écarté de cette règle lorsqu'il a présenté à ma signature des lettres patentes sans exiger la justification de ce revenu.
Quant à la question de savoir si les enfants acquerront ledit titre en prouvant qu'ils ont 3,000 francs de revenus et comme dérivant naturellement leurs droits des lettres patentes du père, c'est une question à ajourner jusqu'au moment où les cas écherront, que l'institution aura marché quatre ou cinq ans et que les effets en seront mieux connus.
Bayonne, 17 mai 1808
A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, vous pouvez assurer que les pêcheurs d'Ancône n'ont plus rien à craindre des Barbaresques. Je viens d'expédier des ordres pour faire relâcher tous leurs compatriotes qui sont dans les fers de Maroc, Tunis, Alger et Tripoli.
J'ai reçu votre lettre du 23 avril, relative à la construction du pont sur le Tessin. Si ce pont, construit en pierre, ne doit coûter que 1,500,000 francs ou deux millions, nul doute qu'il ne faille le construire en pierre; mais j'ai peine à croire qu'il coûte si peu. Si la dépense de la construction en pierre doit passer deux millions, il faut le faire en bois; voilà ma décision. Quant à sa situation, il faut qu'il soit placé dans la direction. la plus immédiate de Turin à Milan et dans un point où la rive droite domine la rive gauche, puisqu'il faut prévoir le cas où l'établissement d'une tête de pont serait nécessaire, et il sera bon qu'il soit sous la domination de la rive droite.
Bayonne, 17 mai 1808
A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon fils, la réunion des trois départements d'Ancône étant faite, il est nécessaire d'y publier le concordat et de déclarer que toutes les lois qui régissent l'église du royaume d'Italie sont exécutoires dans ces trois départements. Il est également nécessaire de mettre sans délai en activité toutes les mesures relatives aux moines, ce qui aura l'avantage, d'ailleurs, de mettre à notre disposition une grande quantité de biens dont on pourra se servir très-utilement. Il faut s'occuper de faire constater les dettes de ces provinces, et me proposer des mesures pour les faire liquider sur le mont Napoléon. Je crois convenable que le ministre des finances se rende, à cet effet, à Ancône où il pourra rester huit ou dix jours. Vous aurez sans doute supprimé, dans les trois départements, tous les droits qui sont supprimés dans le reste du royaume. Il faut appeler ces trois départements à concourir à la formation des compagnies de gardes d’honneur. Occupez-vous de faire faire le budget de la ville d'Ancône. Il faut aussi s'occuper des fortifications. Les fortifications d'Ancône vous sont nécessaires sous deux points de vue : pour réprimer une insurrection, et pour mettre les vaisseaux qui seraient dans le port à l'abri d'une descente. Ancône ne sera jamais assiégée, ni par de très-grandes forces, ni par de très-grands moyens militaires. Il n'est pas question de faire là une place dans le genre de celle d'Alexandrie, mais l'occupation de deux ou trois points par de bons forts serait, je crois, une chose très-importante. Faites lever la carte d'Ancône, et de 2,000 toises autour avec les côtes.(prince Eugène)
Bayonne, 17 mai 1808
A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, je vois par les états que vous m'avez envoyés que les trois nouveaux départements rendent cette année huit millions. Cela produit donc une augmentation notable au budget de l'année. Je pense que le nouveau système des contributions du royaume ne pourra pas être mis en activité à Ancône avant le 1er janvier prochain ; mais, comme le pays fait partie du royaume depuis le 1er mai, ce qui fera huit mois pour cette année, on peut compter que cela fera au budget une augmentation de six millions. Je pense qu'il est nécessaire, pour ce reste d'année, de porter, sur des états supplémentaires au budget général du royaume, un budget particulier des recettes et dépenses pour les trois nouveaux départements. Présentez-moi le plus tôt possible le budget de ces trois départements.
Mon intention est d'employer 300,000 francs pour les fortifications d'Ancône, d'employer tout ce qui sera nécessaire. Je crois que cela monte à 400,000 francs pour le nettoyage du port et pour les batteries qui en défendent l'approche. Un second objet de dépenses doit être la formation du nouveau régiment, composé des troupes du Pape. Troisièmement, il y a aussi à évaluer ce que coûtera l'entretien des troupes françaises qui sont dans les trois départements. Quatrièmement, les dépenses générales de l'administration du Pape, des juges, des préfets du pays. Faites donc le plus tôt possible ce budget des recettes et des dépenses, et envoyez-le à mon approbation.
Activez le nettoyage du port; c'est là le grand objet, puisque mon intention est que les vaisseaux et frégates qui se trouvent à Venise, au lieu d'aller à Pola, aillent à Ancône. Je n'ai pas besoin de vous en faire sentir les raisons : ils seront à Ancône comme à Milan. Il doit y avoir à Ancône un ingénieur français, et j'avais arrêté les moyens pour le nettoiement du port. Il faut aujourd'hui activer tout cela.
Indépendamment du nettoiement du port, il faut que sur-le-champ vous fassiez travailler aux fortifications. Je ne veux pas qu'on travaille au corps de la place. Autant que je puis me souvenir des localités, ce qui me parait nécessaire, c'est d'occuper deux ou trois hauteurs par des forts qui se correspondent entre eux. Je ne veux pas établir là des forts comme le propose le génie, ce qui coûterait deux ou trois millions; tout cela est trés-bon quand on considère l'argent pour rien. Je veux des forts qui ne me coûtent pas plus de 300,000 francs, sauf à être mis, par la suite, dans un meilleur état de défense. A cet effet, je veux sur les deux ou trois plateaux établir des carrés ou des pentagones, en terre, dont les dimensions soient assez raisonnables, et établir au centre un réduit maçonné, avec escarpe et contrescarpe, et une caserne casematée, dans le milieu. Par la suite l'on pourra, si l'on veut, s'amuser à revêtir l'ouvrage, que d'abord je veux faire faire en terre; on pourra en revêtir un bastion ou un demi-bastion tous les ans, et avoir ainsi, dans vingt ou trente ans, de très-belles fortifications. Ce que je veux donc aujourd'hui, c'est qu'on me trace l'enceinte des carrés ou des pentagones, et que l'on travaille à tous les réduits. Avec 300,000 francs je dois faire chacun de ces réduits; et, quand il n'y aurait que cela, cela obligerait déjà à des siéges trés-sérieux. Ces réduits faits, on masserait le carré ou pentagone, et enfin on le réuirait, comme j'ai dit, en plusieurs dizaines d'années.
Si Ancône ne peut pas être assiégé tant que nous sommes maîtres de ces hauteurs isolées, il ne peut être que bloqué. On ne se hasardera pas à débarquer de la grosse artillerie quand, d'un moment à l'autre, une armée peut descendre de la haute Italie. On ne pourra également l'assiéger qu'avec de faibles moyens pendant tout le temps qu'on se disputera en Italie, et même dans le Piémont. C'est donc une place qui a besoin de fortifications qui tiennent le milieu entre la fortification de campagne et celle permanente.
Donnez ces instructions à un officier du génie intelligent. Causez-en avec le général Chasseloup. Envoyez-moi le projet, afin qu'on puisse travailler promptement. Qu'il y ait de nombreuses batteries, et surtout faites travailler au nettoiement du port, afin que, dès le mois d'octobre, les deux vaisseaux que je mets en construction à Venise puissent se rendre à Ancône et partir de là pour prendre la mer.
Bayonne, 18 mai 1808
A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur de Champagny, le 21 avril, le sieur David fils, consul à Otrante, n'était pas dans cette place. Cependant j'y avais eu besoin de lui et lui avais fait envoyer différents ordres, de sorte que le service a souffert de ce qu'il n'était pas arrivé.
A M. Cretet, ministre de l'intérieur, à Paris
Monsieur Cretet, faites connaître au sieur Chambaudoin, préfet de l'Eure, que ses bureaux ont besoin d'être surveillés, et qu'il y a souvent lieu d'en suspecter la fidélité.
A M. Dejean, Grand trésorier de la Légion d'honneur, et., à Paris
Je vois, dans l'état de situation de la trésorerie de la Légion, que les recettes se montent, au ler mai, à 23,880,000 francs; la dépense, à 23,470,000 francs. Mais cet état ne m'apprend rien et ne me fait pas connaître la situation du trésor de la Légion, Je désire que vous me fassiez un état, divisé par exercices, depuis la création de l'institution, indiquant exactement l'origine des recettes; toutes proviennent des biens affectés à la Légion d'honneur. Vous n'avez rien sur les effets militaires. La caisse d'amortissement peut vous avoir prêté là-dessus, mais cela n'a point été affecté à vos dépenses. Présentez-moi le budget des recettes pour 1808, et ce que vous croyez que chaque branche de revenus vous rendra dans l'année, celui des dépenses pour la même année, faisant connaître à combien se monteront dans l'année les traitements et pensions des légionnaires, officiers, commandants, grands officiers et grands cordons, divisés en cinq chapitres, les frais de bureau de la chancellerie, de la trésorerie, les dépenses pour la maison d'Écouen, etc. , tout cela par chapitres. Ce ne sera que quand j'aurai cet état que je connaîtrai bien la situation du trésor de la Légion. Je désire l'avoir le plus tôt possible. Vous y joindrez une revue de la Légion , que vous devez avoir, puisque vous ne payez que les membres de la Légion existants.
Bayonne, 18 mai 1808
A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris
Monsieur Mollien, je réponds à votre rapport du 11 mai. J'ai lu avec intérêt la réponse du payeur. Il en résulte pour moi qu'il est impossible qu'il n'y ait pas d'immenses abus dans la solde; il faut que vous écriviez au sieur Villemanzy de porter une sévère attention sur cet objet; qu'on me fait payer tous les soldats tués; que cela est scandaleux et fera la fortune de beaucoup de quartiers-maîtres, sans rien produire pour le bien-être du soldat. Quant aux 17 millions qui restaient à payer au 1er janvier 1808, il faut écrire à l'intendant général de faire faire un budget général de tous les restes de crédits au 1er janvier 1808, et qui n'ont pas été soldés, afin de connaître ce qu'on pourra gagner sur ces 17 millions. La comptabilité de la Grande Armée devient une machine si considérable qu'il est nécessaire que le payeur me rende un compte, tous les mois, de ce qu'il a payé et de ce qu'il a reçu, que vous joindrez à la suite du compte général que vous me remettrez. Écrivez à l'intendant général et au payeur pour qu'il soit établi un compte des dépenses fixes en 1808. Un compte supplémentaire sera établi pour le 1er trimestre de 1808, et, le mois de juin passé, on établira le compte au ler juillet. La solde doit avoir diminué; l'état-major, les employés, les troupes mêmes ont du éprouver quelque diminution. Comment les six premiers mois de l'année peuvent-ils coûter 28 millions, c'est-à-dire 4,700,000 francs par mois, quand l'armée a essuyé une si grande diminution ? écrivez encore là-dessus au sieur Villemanzy. Du reste, le budget de la guerre et celui de l'administration de la guerre, pour les six premiers mois de 1808, n'atteignent pas même ce que j'avais supposé.
Bayonne, 18 Mai 1808
Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris
Je reçois votre rapport du 11 relativement aux 30
milliers de poudre que vous donnez à la marine. Je désire avoir un rapport particulier sur les
magasins de Toulon. J'aurais besoin d'y avoir, avant le 1er août, un équipage de 40
pièces de campagne avec double approvisionnement,
des outils pour 3,000 ouvriers, 6,000 outils de pionniers, 4 millions de cartouches
avec les pierres à feu nécessaires, les harnais nécessaires pour atteler toutes ces voitures, six mortiers, six pièces de 24 et six pièces
de 16 approvisionnées à 100 coups par pièce, avec affûts de rechange, des
artifices de toute espèce, des forges de campagne, bois et fers de toute
espèce, enfin tout ce qui serait nécessaire pour l'approvisionnement d'une
armée de 90,000 hommes destinés pour une expédition d'outre-mer. Faites-moi
dresser ces états; et, pour mieux comprendre mon idée, comparez ce que je vous
demande à ce que possédait l'armée d'Égypte à son débarquement. Faites-moi
connaître après cela ce qu'il y a à Toulon, et d'où vous pouvez tirer ce qui
manque. Vous me ferez le
même travail pour le génie, en instruments à lever, de dessin, etc., équipages
de mineurs nécessaires pour deux compagnies. Vous aurez soin de me faire connaître
combien il faudrait de bâtiments pour embarquer tout cela. Vous
supposerez que les bâtiments doivent être des flûtes de 400 tonneaux.
Bayonne, 18 mai 1808
Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris
J'ai fait demander un rapport au vice-amiral Martin sur la situation des travaux au port de Rochefort. Je vous l'envoie; vous y verrez qu'il me fait espérer le Jemmapes et le Triomphant; ce qui me donnerait, pour le 1er octobre, une escadre de quatre vaisseaux prête à partir de Rochefort. Autorisez Martin à faire acheter les bois qui lui sont offerts. Cet achat serait un marché d'or aux prix courants, puisque, le bois que j'enverrais de Bayonne à Rochefort coûtant 4 francs le pied cube, et son transport par terre par Bordeaux devant revenir au moins à 5 francs, le pied cube reviendrait ainsi, à Rochefort, à 10 francs. Il est donc convenable d'épuiser à Rochefort tout ce qu'on peut se procurer dans les départements environnants pour finir le Triomphant et le Jemmapes. On s'occupe à force d'envoyer des bois de Bayonne; mais désormais il vaudrait bien mieux diriger les versements des entrepreneurs sur Rochefort que sur l'Adour, où les bois pourrissent et où ils ne servent pas plus que s'ils étaient restés sur pied. Le commissaire de la marine à Bordeaux m'a tenu le même langage que le vice-amiral Martin sur les ressources des départements environnants. Il y a encore des cantons absolument intacts. Il résulte de tout cela qu'il faut sortir de la routine et prendre tous les bois qui se trouvent dans des lieux d'où l'on peut facilement les conduire dans les ports. Le vice-amiral Martin demande aussi du fer; faites-lui-en expédier par terre.
Le Polonais est sans doute en rade à Lorient. Qu'est-ce qui empêche d'avoir l'Eylau avant la fin d'août ? J'aurais ainsi à Lorient quatre bons vaisseaux, ce qui serait inappréciable, vu mes projets. L'Eylau est déjà aux 7 vingt-quatrièmes; dans tous les temps, on a dans trois mois achevé un vaisseau de guerre.
Bayonne, 18 mai 1808
A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, je vous envoie votre décret sur l'Institut. Vous ne trouverez pas à Milan le nombre de savants que vous demandez, et il résulterait de tout cela plus de mal que de bien. Ou l'on serait obligé de nommer des hommes sans talent, ou l'on nommerait alors ce qu'il y a de mieux dans le royaume, et alors ils ne resteraient plus à Milan. Voici comment je conçois l'organisation de l'Institut : il faut déclarer, 1° que l'Institut du royaume se constitue des académies de Pavie, Bologne, Venise et Padoue ; 2° que chaque académie sera organisée de la manière suivante (à peu prés comme vous organisez l'Institut) ; 3° que les membres de l'académie ne prendront pas le titre de membres de l'Institut d'Italie, mais celui de membres de l'académie de (en répartissant le nombre total entre ces cinq villes, en proportion de leur importance) , et qu'ils toucheront la somme de ..... du trésor; qu'une réunion des classes aura lieu à Milan, où l'on décidera ce qui sera digne d'être imprimé dans les mémoires de l'Institut; qu'une place venant à vaquer dans l'Institut d'Italie, l'académie dans le sein de laquelle doit résider le membre nommera, à la pluralité absolue, six candidats. Cette liste sera envoyée aux quatre autres académies, et il faudra réunir les suffrages de trois académies pour se trouver nommé. Si sur ces six membres présentés aucun ne réunissait le suffrage des trois académies, l'académie présenterait d'autres sujets; et, dans le cas que cette troisième présentation, n'eût pas plus de succès, la place resterait vacante pendant un an. Peuvent être nommés des individus de tout le royaume, pourvu qu'ils prennent l'engagement de résider dans les académies où ils seraient nommés. Appelez quatre membres de l'Institut et discutez avec eux ces idées; c'est le seul moyen de créer un Institut en Italie. En France, tout est à Paris; en Italie, tout n'est pas à Milan; Bologne, Pavie, Padoue, peut-être Venise, ont leurs lumières à eux.
Bayonne, 18 mai 1808
A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, en réfléchissant aux travaux à faire cette année à Palmanova, je me suis arrêté à l'idée suivante. On achèvera de revêtir la contrescarpe des lunettes, comme cela est convenu, mais on n'entreprendra les escarpes que de deux lunettes; et les 250,000 francs qui étaient destinés pour l'escarpe de la troisième lunette seront employés à construire quatorze réduits en maçonnerie, ou bien quatorze traverses casematées, à l'extrémité du chemin couvert, en flanquant les chemins couverts des lunettes. Je remets quatorze au lieu de dix-huit, parce qu'on pourra ne pas faire cette année les quatre qui flanquent le chemin couvert des lunettes dont on entreprendra le revêtement. Par ce moyen, à la fin de l'année, la place aura acquis un nouveau degré de force.
Écrivez là-dessus au général Chasseloup, et faîtes-lui connaître que j'attache de l'importance à ces travaux, qui mettent parfaitement un ouvrage en terre à l'abri d'un coup de main.
Bayonne, 18 mai 1808
A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan
Mon Fils, j'ai reçu votre lettre relative aux réponses du ministre de l'intérieur aux reproches que je lui ai faits de n'avoir point suivi son budget. Les raisons qu'il donne sont pitoyables. Il serait bien nécessaire d'avoir enfin un bon ministre de l'intérieur. Les directions sont sous ses ordres et ne font aucune dépenses que sur ses ordonnances. Témoignez mon mécontentement à Paridisi de ce qu'il demande des fonds que je ne lui avais accordés, de ce qu'il a fait dépenser de l'argent pour le Reno. C'est se faire un jeu de mon temps et de mes occupations.
Bayonne, 18 mai 1808
A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée
Mon Cousin, envoyez par un courrier extraordinaire l'ordre au grand-duc de Berg de faire partir pour Cadix le général Dupont avec sa première division composée de 6,200 hommes d'infanterie. Il attachera à cette division un autre général de brigade, qui sera le général Liger-Belair. La brigade de chasseurs à cheval forte de 1,200 hommes, le 6e régiment provisoire de dragons fort de 320 hommes et le 2e régiment provisoire de dragons fort de plus de 600 hommes, en tout plus de 2,000 chevaux, et 18 pièces d'artillerie, feront partie de cette division, qui sera ainsi de près de 9,000 Français. Le général Dupont aura de plus sous ses ordres deux brigades suisses, l'une de trois régiments, qui se réunit à Grenade sous les ordres du général Schramm; l'autre de deux régiments, sous les ordres du général de brigade Rouyer, part de Talavera. Vous donnerez l'ordre, par le même officier qui passera à Madrid, au général Junot de faire partir sur-le-champ un général de brigade avec 450 dragons français, le 70e régiment de ligne fort de 1,800 hommes, et la légion du Midi forte de 800 hommes; il joindra à cette brigade 10 pièces d'artillerie attelées avec approvisionnement et demi, 10 caissons d'infanterie chargés de cartouches, et 10 caissons d'équipages militaires chargés de biscuit. Cette brigade, forte de 3,500 Français, se dirigera droit de Lisbonne sur Cadix et sera sous les ordres du général Dupont, avec lequel elle continuera sa marche. Le général Junot enverra avec celle brigade un colonel d'artillerie, un capitaine en résidence, outre ceux nécessaires au service, et un officier du génie. Le général Dupont mènera avec lui les commandants du génie et de l'artillerie de son corps d'armée. Par ce moyen, le général Dupont aura 9,000 Français avec lui, près de 4,000 Français tirés de l'armée de Portugal, et 8,000 Suisses. Il combinera sa marche de manière à être secouru par la brigade de Portugal, si cela était nécessaire. Il concentrera toutes ses forces dans Cadix, de manière à être parfaitement maître de ce point important. Il dirigera sa marche de manière que la division qui part avec lui, ou la brigade du Portugal, passe à Séville et y séjourne quelque temps ; il pourra même y envoyer sa division suisse, pendant qu'il se concentrera à Cadix. La 2e division du général Dupont, que commande le général Vedel, se rendra à Tolède. Il lui sera attaché un millier de chevaux. Moyennant ce, Aranjuez deviendra vacant et pourra recevoir d'autres troupes.
Vous ferez remarquer au général Junot que cet affaiblissement de 4,000 hommes lui laisse encore 10,000 Français, ce qui, joint aux 8,000 Espagnols qu'il a, est plus qu'il ne lui faut pour garder le pays; que les Anglais ne sont en mesure de rien tenter, parce qu'ils savent bien qu'au moment même ils seraient écrasés par des forces supérieures très-considérables, que la brigade qui suit le corps du général Dupont, n'étant que détachée, fait toujours partie de son armée; il continuera à la solder et à recevoir ses états de situation; que je tiens à ce que ce soit un vieux régiment qui soit avec cette brigade, soit le 70e, soit un autre aussi beau; que, quant à la légion du Midi, le général Junot est maître d'y mettre ou la légion du Midi ou le bataillon du 31e léger. Au moyen de ces dispositions, aucune réunion de troupes à Elvas ne deviendra nécessaire.
Vous ordonnerez au grand-duc de Berg de joindre le bataillon des marins de ma Garde à la division du général Dupont.
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P.S. Vous expédierez cet ordre avant minuit, et demain à midi par duplicata, l'un par un officier, l'autre par un courrier, et vous recommanderez au général Junot de mettre la plus grande célérité dans l'exécution du présent ordre.
Bayonne, 18 mai 1808
A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Je reçois votre lettre du 15 mai à trois heures du matin, avec la lettre de la junte.
Je pense qu'une seule division française serait suffisante à Cadix, et que l'absence de deux divisions du centre de la monarchie pourrait affaiblir trop l'armée.
Le général Dupont, partant avec 10,000 Français, infanterie, cavalerie et artillerie, et ayant les brigades suisses des généraux Rouyer et Schramm, se trouverait avoir sous ses ordres 17 à 18,000 hommes; ce qui serait suffisant pour lui assurer l'occupation de Cadix et la supériorité sur la côte. En plaçant sa 2e division à Tolède, elle peut le joindre si cela était nécessaire; et la division du Portugal, qui est à Elvas, pourrait le joindre également par une autre route. 10, 000 hommes, au moins dix-huit pièces de canon attelées, et les Suisses, suffisent au général Dupont, en plaçant, comme je l'ai dit, sa 2e division à Tolède.
Il faut que le ministre des finances se procure une soixantaine de millions de réaux, afin de donner un peu d'activité aux arsenaux et de payer ce qui est dû.
Il me paraît que le ministre de la marine est un homme médiocre; je voudrais le remplacer par Mazarredo. Cevallos est un homme trop médiocre pour rester aux affaires étrangères. Que dit-on de Florida Blanca ? Que dit-on de cet homme ? J'attends. En faisant passer en France un corps de troupes, on soulagerait considérablement les finances.
Bayonne, 18 mai 1808
Au général Junot, commandant l'armée de Portugal, à Lisbonne
Vous recevrez un décret que j'ai pris pour organiser les troupes portugaises, que vous m'avez envoyées, en une légion. Elle séjournera deux mois en Languedoc, sera traitée comme les troupes françaises, habillée, armée et mise en bon état. Mais il faut la recruter; les compagnies ne sont qu'à 40 hommes : elles doivent être de 140 hommes; c'est une furieuse différence. J'ai envoyé un certain nombre d'officiers et sous-officiers en Portugal pour chercher des recrues. Activez ce recrutement par tous les moyens, fournissez des hommes, surtout d'anciens soldats , tant pour purger le pays que parce qu'ils seront d'un meilleur service. Il faut former les trois compagnies d'artillerie, choisir de bons officiers et les envoyer.
Je vous ai demandé d'envoyer six millions à Paris, en y comprenant les deux millions que vous avez envoyés à Madrid.
Envoyez-moi tous les renseignements possibles sur le Brésil, sur les fortifications, approvisionnements, places, rades, armée, population, car il est possible que je fasse une expédition sur ce point.
J'ai vu avec plaisir par 1'état de situation que le général Kellermann était à Elvas avec un corps de troupes. J'ai ordonné que le général Solano rentrât à Cadix. 8,000 Espagnols vous suffisent, 4,000 à Porto et 4,000 sur la gauche du Tage; ils vous rendront le service de garder la côte, et vous serez maître de tout. La Suède, la Sicile et les mille et un points que les Anglais sont obligés de surveiller ou d'occuper, et les événements d'Espagne, donnent lieu de penser qu'ils ne tenteront rien en Portugal. J'attends de connaître le nombre des officiers et maistrances français qui sont sur les vaisseaux de Lisbonne, et ce qu'il manque.
Bayonne, 18 mai 1808, midi
Au maréchal Bessières, commandant de la Grade impériale, etc., à Burgos
Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16 avec le rapport sur les troupes de Galice. Ce que je vous ai envoyé vous donne des idées claires là-dessus. Je crains beaucoup qu'un camp au milieu d'une plaine sans arbres ne soit très-malsain par la grande chaleur qu'il va faire.
Au maréchal Bessières, commandant de la Grade impériale, etc., à Burgos
Mon Cousin, envoyez un courrier à l'amiral Mazarredo, qui doit se trouver dans la Biscaye, pour l'inviter à venir vous trouver à Burgos. Quand il sera attiré là, vous lui ferez connaître que je désire le nommer ministre de la marine. Vous me manderez ce qu'il vous dira.
Bayonne, 19 mai 1808
A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur de Champagny, je désire voir demain, à mon lever, MM. de Musquiz, de Frias et de Medina-Celi; vous me les présenterez; immédiatement après, ils pourront partir pour Madrid.
Assurez-vous que M. de Labrador part pour Florence ou au moins pour Bordeaux. Quant à M. de Cevallos, je désirerais que vous le vissiez pour savoir ce qu'il pense et dans quel système il reste placé.
Bayonne, 19 mai 1808
A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Bayonne
Monsieur de Champagny, je vous renvoie votre compte de dépenses secrètes pour 1806 et 1807. Je ne conçois pas comment il vous reste à ordonnancer une somme de 334,990 francs sur 1806. Je désire que vous me présentiez ces comptes avec les pièces ci-après, qui me sont nécessaires : 1° le décret qui reçoit le compte des dépenses secrètes de 1806; 2° l'indication de la somme à laquelle les dépenses secrètes étaient portées pour 1807, et de ce qui reste à recevoir sur cette somme; 3° enfin les pièces à l'appui de la dépense, pour que je puisse les remplacer par mon décret de quitus.
Bayonne, 19 mai 1808, huit heures du matin
A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Je reçois votre lettre du 16 à deux heures du matin. J'attends, pour prendre un parti, ce que vous m'écrivez après avoir publié la proclamation du prince Ferdinand et des infants.
Le Motif de la conduite du ministre de Russie est tout simple, mais il devait ne rien dire; en cas pareil, on est malade et on demande les ordres de sa cour.
J'ai reçu avec plaisir l'adresse de Madrid; mais, comme je viens de vous le dire, j'attends.
Je ne saurais trop vous le répéter, il faut armer et mettre tout en activité dans les trois ports de Cadix, de Carthagène et du Ferrol.
J'approuve que vous mettiez Cabarrus à la tête de l'amortissement; c'est un homme de qui j'ai oui dire du bien et dont personne ne conteste les talents. Je vous ai écrit que je désirais nommer Mazarredo au ministère de la marine. Il faudrait aussi un bon ministre des relations extérieures; Cevallos est tout à fait incapable.
Comme vous voyez, je ne me presse en rien. Dans les affaires de cette nature, c'est le grand art de savoir attendre.
Je n'approuve point que vous laissiez les gardes du corps à Madrid. Ils savent que j'ai dit du mal d'eux et ne seront pas dupes de cela. Il serait plus convenable de les placer à l'Escurial, à moins qu'on ne puisse les résoudre à demander eux-mêmes à aller servir activement avec la division espagnole qui est en Allemagne.
En général, ne donnez pas d'ordres à Junot, à moins que ce ne soit dans des cas pressés. Par exemple, le mouvement que vous venez de lui faire faire sur le Ferrol contrarie celui de 4,000 hommes que je lui fais faire sur Cadix. Le Portugal est trés-étendu, et il y faut des troupes. Si cependant vous n'aviez pas assez de monde en Galice, il serait possible d'y mettre 6,000 hommes.
Je vous ai mandé que je n'approuvais pas le licenciement de toutes les milices. Il faut seulement licencier les plus mauvaises, et garder les corps d'élite, les grenadiers, les chasseurs, etc.
Je vous le dis encore une fois, il faut qu'on trouve de l'argent pour les armements de Cadix, de Carthagène et du Ferrol. Quand la nation saura que tout est en mouvement dans ces ports, ce sera pour elle la plus belle proclamation qu'on puisse lui faire. D'ailleurs, moi-même j'ai besoin de ne pas perdre de temps ; il me faut des vaisseaux, car je veux frapper quelque grand coup vers la fin de la saison.
Vous pouvez répandre que j'ai déjà envoyé quelques, bâtiments colonies, et que, de ce port de Bayonne, j'en fais partir trois aujourd'hui même.
Le roi Charles est fort content. L'infante Marie-Louise et son fils sont partis aujourd'hui. Le chanoine est parti hier soir pour Valençay. Le prince de Bénévent est allé à Valençay recevoir les princes.
Bayonne, 19 mai 1808, huit heures du matin
A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Il est certain qu'une expédition à Buenos-Ayres serait nécessaire. Mais cette expédition doit partir du Ferrol. Le San-Eleno, le San- Firmino, la Vengeance et la Magdeleine sont armés; mais ces quatre bâtiments ne peuvent porter que 1,400 hommes. Il faut donc sur-le-champ faire envoyer 500,000 francs au Ferrol pour mettre en état six vaisseaux et trois frégates. Ces six vaisseaux et trois frégates porteront 3,000 hommes, qui, débarqués à Buenos-Ayres, mettraient l'Amérique à l'abri de tout évènement. Il faut que le ministre des finances trouve de l'argent, qu'il engage même les diamants de la Couronne; c'est égal, on les dégagera lors de l'arrivée des piastres. Qu'il se procure soixante millions de réaux, environ quinze millions de francs, dont une partie servira à payer les employés, et l'autre à la marine. Faites sentir la nécessité de faire des efforts pour secourir les colonies, et que le commerce y est intéressé; qu'on se débarrasse de l'escadre de Mahon en l'envoyant à Toulon, où elle sera promptement mise en état et ne sera pas longtemps oisive; j'y ai déjà quatorze vaisseaux français.
Le major général vous envoie l'ordre de faire marcher une division du général Dupont sur Cadix. Vous y joindrez les marins de ma Garde. Le général Dupont doit se rendre avec cette division droit sur Cadix, et se rendre parfaitement maître de ce point important.
Pour approvisionner et armer les vaisseaux que j'ai désignés dans ma dernière dépêche, un secours de cinq à six millions de francs doit être suffisant.
Bayonne, 19 mai 1808, huit heures du matin
A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Le major général vous envoie un de ses officiers avec des ordres pour vous et pour le général Junot. Ces ordres sont que le général Junot fasse marcher directement, de Lisbonne sur Cadix, 3,000 hommes d'infanterie, 400 chevaux et dix pièces de canon, en tout 4,000 Français , et de bonnes troupes; que cette petite division soit sous les ordres du général Dupont; que vous, vous fassiez partir la première division du général Dupont, qui doit être de 6,200 hommes d'infanterie, sa brigade de chasseurs de 1,200 hommes, le régiment de dragons qui fait partie de son corps et qui est de 300 hommes, le 2e provisoire, qui est de 600 hommes, en tout 2,000 hommes de cavalerie; plus, le bataillon des marins de la Garde, dix-huit pièces de canon attelées, le général de brigade Belair et un autre général de brigade, des officiers du génie et d'artillerie, et enfin des officiers attachés à l'état-major du général Dupont. Au lieu de 2,000 hommes, portez plutôt sa cavalerie à 2,500 chevaux. Par ce moyen, le général Dupont aura à Cadix 12 à 13,000 Français. Il se dirigera sur Cadix par Cordoue, tandis que le général Junot enverra sa troupe par la route la plus courte. La brigade suisse du général Rouyer et celle du général Schramm sont sous les ordres du général Dupont; ce qui portera son corps à plus de 20,000 hommes. Le général Dupont se rendra de sa personne à Cadix; il y réunira toutes ses troupes pour rester maître de cette place ainsi que de la rade. La seconde division, commandée par le général Vedel, se rendra à Tolède; vous lui donnerez 8 ou 900 hommes de cavalerie. Je ne suppose pas qu'elle ait déjà dépassé Tolède; si cela était, vous savez que je ne veux pas de mouvements rétrogrades, vous l'arrêteriez où elle se trouverait et le plus prés possible de Tolède. Par ce moyen, Aranjuez deviendrait disponible, et on pourrait y placer une division pendant les chaleurs.
Vous devez avoir plus de 10,000 hommes de cavalerie française. Vous avez le ler régiment provisoire de cuirassiers, 610 hommes ; le 2e, 568; le régiment de marche qui doit être incorporé, 269; les ler, 2e et 4e escadrons de marche, 131; en tout, 1,578 cuirassiers, qui doivent former les deux régiments, l'un portant l'autre, à 800 hommes chacun. Je ne sais pas si ces régiments et escadrons de marche ont été incorporés ; cette mesure est urgente, et vous ne m'en avez pas encore rendu compte. Vous avez en outre à Barcelone le 3e provisoire, qui est de 430 hommes, et le 3e escadron de marche, de 150 hommes, qui est à Vitoria et qui doit être incorporé dans le 3e provisoire; total 2,100 cuirassiers. En suivant ce calcul, vous avez encore : 2,700 chasseurs, y compris le 10e et le 22e, qui sont de 900 hommes et se trouvent à Burgos; 1,400 hussards ; 2,300 dragons; 800 Napolitains et Italiens, et enfin 1,000 hommes de la Garde; total, 10,300 hommes de cavalerie. Mais il faut que vous donniez des ordres pour que tous ]es régiments et escadrons de marche soient incorporés dans les régiments provisoires; alors ces régiments acquerront une consistance et seront bons à tout.
Ainsi, d'après ces dispositions, vous avez à Madrid les deux régiments de cuirassiers, 1,500 hommes; de la Garde, 800; et les hussards, 1,400. Vous avez plus de 4,000 hommes de cavalerie; c'est beaucoup plus qu'il ne vous faut.
Bayonne, 19 mai 1808, deux heures après midi
A Joachim, Grand-Duc de Berg, lieutenant général du royaume d'Espagne, à Madrid
Je reçois votre lettre du 16 mai à six heures du soir. Vous avez dû voir, par les ordres que vous a transmis le major général et dont je vous ai moi-même par1é, que le général Dupont serait suffisamment fort à Cadix; que j'avais tiré 4,000 hommes de 1'armée de Portugal, ce qui maintient deux divisions du général Dupont, les trois divisions du maréchal Moncey, vos cuirassiers, la plus grande partie de la cavalerie de la Garde et quelques régiments de dragons ou hussards, c'est-à-dire près de 35,000 hommes, autour de Madrid.
J'ai renforcé le maréchal Bessières qui fait camper ses troupes. Il a aujourd'hui, indépendamment de la division Merle, la brigade Sabatier, composée des 17e et 18e provisoires, et les 22e et 10e de chasseurs, deux très-beaux régiments. Je lui ai donné ordre d'envoyer tous ses régiments de marche, de cavalerie et infanterie, à Madrid. Faites-moi donc connaître s'ils sont tous arrivés et incorporés. Ce n'est qu'alors que j'aurai confiance dans mon armée, puisque les régiments provisoires auront acquis la force convenable. Cependant le général Verdier a avec lui le 13e et le 14e provisoire, à Vitoria, et le 3e escadron de marche; ce qui est une force suffisante, d'autant plus que j'ai ici du monde à envoyer sur l'un et l'autre point.
La légion de la Vistule, forte de 1,000 hommes à cheval et 7 à 8,000 hommes à pied, qui arrive ici dans peu de jours, pourra se porter également partout où il sera nécessaire.
Je vois avec plaisir qu'on va prendre un parti sur les gardes du corps. Celui qui me parait le plus raisonnable serait celui-ci : qu'ils disent à la junte : "Nous sommes encore militaires; nous n'avons pas fait la guerre longtemps, nous avons été mêlés dans une résolution; nous désirons faire une campagne avec la partie des troupes espagnoles qui est à la Grande Armée, afin de cueillir là de nouveaux lauriers, de nous rendre dignes des bontés de notre souverain et de l'estime de l'Empereur."
La proclamation du prince des Asturies n'est partie d'ici que le 15; vous la recevrez donc le 18; j'attends pour prendre un parti que vous m'ayez annoncé sa réception.
Il ne vous aura pas échappé, par la lettre du général Solano, qu'à l'issue des évènements de Madrid tout était en mouvement dans le pays. Les corps d'observation de l'armée de Portugal, à Almeida et à Elvas, doivent avoir lieu dans tous les cas. Je recevrai avec grand plaisir les papiers d'Afrique que vous m'annoncez. La lettre que vous avez écrite au vice-roi (le vice-roi de Navarre) me parait bien et convenable sous tous les points de vue. L'alerte de Madrid n'est rien. C'est un évènement que toute la prudence du monde ne peut empêcher et qui a l'avantage de tenir tout le monde en alerte.
Vous pouvez annoncer au général Grouchy que j'ai écrit que la Couronne de fer lui soit envoyée. J'accorderai aussi les autres grâces que vous avez demandées, en signe de satisfaction de votre conduite. Demain partiront pour Madrid MM. de Musquiz, Frias et Medina-Celi, et les deux premiers commis des relations extérieures. Labrador est autorisé à aller en Toscane, Fernan Nunez et de Hijar à aller en Flandre. San-Carlos a suivi le prince des Asturies.
Il faut avoir soin, dans chaque camp, de faire établir des tentes horizontales, en manière de ciels de lit, qui soient attachées soit à des arbres, soit à des piquets, et qui donnent beaucoup de frais. Les tentes interceptent le soleil et non le vent. Il faut que le dessous soit arrosé fréquemment par des hommes de corvée. Le soldat peut avoir là-dessous des tables et des chaises, et ne souffrira pas de la chaleur. C'est le moyen de remédier au défaut d'arbres, et c'est ainsi que font les Arabes dans le désert. Faites-en, je vous prie, établir partout.
Sondez le conseil de Castille pour savoir ce qu'on pense du Code Napoléon, et si l'on pourrait l'introduire en Espagne sans inconvénient.
Donnez-moi des renseignements sur don Francisco Xavier Duran, membre de la de la junte, qui s'est prononcé le premier pour le roi d'Espagne, et sur chacun des membres de la junte.
Bayonne, 19 mai 1808
DÉCISION
Le général Clarke, ministre de la guerre, demande les ordres de l'Empereur relativement à l'impression et à la publication de la carte d'Égypte, qui est au moment d'être terminée.. |
J'entends que cette carte soit imprimée , mais qu'elle reste sous les sceaux pour être distribuée dans un évènement extraordinaire, et reste un secret d'État. |